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Le tatouage (2/3). Un rituel sans le sacré ?

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Analyse sociologique d'un véritable phénomène de société par un prêtre spécialiste en la matière...


Lire le 1er article : Le tatouage (1/3). Aux origines du phénomène


Bien plus qu’une simple mode, au fil du temps et des époques, le tatouage est devenu une sorte de rite contemporain. Pour une union, une naissance, une mort, un accident, bref, pour chaque grande étape marquante de la vie, on a un besoin d’expression rituelle. Il y a bien les rites chrétiens, mais de plus en plus de personnes n’ont pas l’enracinement culturel (ni spirituel) pour les apprécier à leur juste valeur. Le tatouage intervient ici comme une nouvelle mode d’expression. Ainsi, telle jeune femme devenue mère ne demandera pas le baptême de son enfant pour marquer ce changement définitif dans sa vie, mais ira chez le tatoueur, généralement pour inscrire le prénom de son enfant sur son corps. Quelques points à souligner à ce propos :

La réflexion : bien souvent, le tatouage est réfléchi, car il est individuel et unique. Un travail de réflexion sur les symboles afin qu’il soit une véritable expression personnelle se déploie entre le tatoueur et le tatoué (et aussi, bien souvent, l’entourage du tatoué). Certains tatouages sont alors de véritables œuvres d’art. A l’inverse, certaines personnes se font tatouer sans réfléchir, généralement parce qu’ils ont vu tel tatouage sur une star (chanson, sport…). Cela renforce l’idée d’une expression fusionnelle, une dynamique très viscérale, sensible et sentimentale, dépourvue de toute raison. Il faut noter ici que les tatoueurs préfèrent (et de loin) ceux qui viennent pour une démarche personnelle et réfléchie, plutôt que les « beaufs » qui veulent montrer qu’ils font partie de la tribu de telle chanteuse ou tel footballeur…

La douleur : le tatouage est douloureux, en particulier sur certaines parties du corps où la peau est plus fine. Cette douleur est acceptée, et bien vécue comme faisant partie intégrante de la démarche du tatouage. Il faut s’en souvenir. La peau est marquée, mais l’esprit aussi. Et, élément très important, malgré la douleur, il n’est pas rare de constater une certaine accoutumance à l’aiguille. Même si cela prend beaucoup de temps, une personne tatouée réfléchit toujours à son prochain tatouage.

Le caractère définitif : comme un sacrement, il est très difficile, voire impossible, de revenir en arrière. Il y a un « avant » et un « après ». Le tatouage n’est pas seulement un trait de coquetterie : le corps vieillit, mais le tatouage reste. Le tatoué n’est pas dans une dynamique apollonienne de beauté, mais plutôt dans une dynamique dionysiaque de vécu. Même vieux, le corps se souviendra de tel moment dans la vie du tatoué, qui sera gravé dans sa peau.

L’extimité : c’est l’idée que quelque chose d’intime soit exprimé. Bien souvent, les tatouages montrent quelque chose de personnel et d’intime dans une logique d’expression épidermique. Le déclin culturel a engendré une atrophie du « logos » : l’expression personnelle se déploie donc ainsi de manière épidermique.

Aujourd’hui, le tatouage répond, au fond, à un simple besoin d’expression. Ne pouvant pas, et peut-être même ne voulant pas s’exprimer avec une parole raisonnée, l’homme contemporain utilise sa peau. Dans une dynamique fusionnelle, réactive et viscérale, engendrée par une herméneutique de la rupture, le tatouage montre dans quelle direction l’humanité évolue, à savoir une sorte de concentration sur le temps présent. Ignorance volontaire de l’histoire et de la culture, refus du « logos », c’est une convenance sociale pour exprimer sa liberté envers toute institution qui, paradoxalement, est en train de s’instituer. Dans les années 60, il était interdit d’interdire. Cette pousse a bien grandi, et un demi siècle plus tard, sans même s’en rendre compte, les petits-enfants de cette génération instituent le refus de l’institution. Il serait bon que l’Église puisse, pour la première fois dans son histoire, dire une parole à propos des tatouages, ne fût-ce que pour montrer qu’elle comprend le phénomène. De fait, le tatouage est un des nombreux signes de la crise d’adolescence de la société humaine, et il est bon que cette adolescence soit accompagnée de manière appropriée.


Lire aussi : Le tatouage (3/3). L’Église face au tatouage


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