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Des arrosoirs au Sahara

Sylvain Dorient - Publié le 15/07/16

En employant des techniques empruntées aux traditions paysannes françaises, Caritas et le Secours Catholique viennent en aide aux paysans du Sahel.

La zone sahélienne est soumise à un manque de pluie chronique qui met en danger la subsistance des agriculteurs africains. Face à ce défi, Caritas et le Secours Catholique proposent une aide fondée sur la formation des paysans et à leur organisation. Yves Lefort, responsable adjoint du département Afrique au Secours Catholique, explique : « Ils n’ont pas forcément besoin d’une grosse machinerie, mais de formations et d’outils simples ».

Comment lutter contre la sécheresse

Au Mali, où cet agronome participe à la formation des paysans, il a constaté que l’on pouvait venir efficacement en aide aux paysans en difficulté en leur fournissant des outils comme des charrettes et des arrosoirs. « Mais la majorité de l’aide provient de formations », relève-t-il. Ainsi, la promotion du maraîchage permet à la fois de lutter contre la désertification et d’apporter une source de revenus complémentaires. Pendant la saison sèche, les Maliens des campagnes n’ont plus de travail aux champs et avaient l’habitude de compléter leurs revenus en coupant du bois qu’ils allaient vendre. En leur proposant le maraîchage, qui permet de travailler pendant la saison sèche sans mettre en danger l’écosystème, Caritas Bamako participe à la fois à la sauvegarde de l’écologie et de l’indépendance économique des agriculteurs.

Retenir l’eau du ciel

Aucune des solutions proposées par Caritas ne serait possible sans ressources en eau. Or, l’alternance de périodes de sécheresse et d’inondations empêche les nappes phréatiques de se régénérer. D’où la construction de grandes digues qui retiennent l’eau et la contraignent à entrer dans le sol. Sur les collines, les spécialistes proposent aussi de construire des diguettes de 40 cm qui suivent les courbes à niveau et remplissent la même fonction.

La coopération, clé de la réussite

L’un des fléaux qui touche les paysans du Mali est le conflit entre éleveurs et agriculteurs. Pour éviter qu’il n’éclate, Caritas Bamako participe à l’organisation de couloirs de transhumances. Les agriculteurs sont aussi encouragés à s’organiser pour construire en commun des greniers, qui évitent l’effet d’abondance en automne et la disette du printemps. Yves Lefort explique : « L’automne est la saison des mariages, et il arrive que des familles dépensent plus que de raison. En organisant et en rationalisant leurs économies, on évite la banqueroute ».

© Secours catholique
© Secours catholique

L’agriculture diversifiée de nos pères

Peu de traces d’agriculture industrielle dans les propositions faites par Caritas Bamako. De fait, constate Yves Lefort, elle ne serait pas adaptée aux besoins des personnes. Les Maliens qui cultivaient le coton, par exemple, reviennent vers des cultures plus traditionnelles, comme le mil ou le sorgho, qui demandent moins d’eau et surtout moins d’engrais chimiques, dont les prix augmentent. Les variétés de mil ancien, notamment, sont remis au goût du jour : certes, leur rendement est plus faible, mais ils résistent mieux aux sécheresses qui se succèdent années après année. Les paysans sont aussi encouragés à multiplier les cultures plutôt que de parier sur une vaste monoculture, respectant en cela la sagesse paysanne qui veut que « l’on ne mette pas tous les œufs dans le même panier ».

Augmenter la résilience des paysans

Les raisons des difficultés des paysans sont multiples : les sécheresses qui s’enchaînent, les grandes monocultures qui ont altéré les sols, l’augmentation de la population qui fragilisent le système économique. Pour s’adapter à ces nouvelles conditions, il faut utiliser des recettes qui ont fait leur preuve dans d’autres pays, comme en France, où les paysans n’avaient pas autant de place que les ancêtres des paysans du Sahel. « Le monde des agriculteurs maliens a changé très vite, explique Yves Lefort, ils apprennent à s’y adapter, et nous sommes là pour leur donner un coup de main. » S’ils ne parviennent pas à se maintenir sur leur terre, leur seule alternative sera l’émigration, avec toutes ses conséquences.

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