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Bangladesh : « L’islam des enfants trahit celui des pères »

Muslims are going to celebrate the Eid-ul-Fitr in Dhaka, Bangladesh, on 7 July 2016 this year as the nation grapples to come to terms with the massacre at a Dhaka cafe on the holiest day of the holiest month in the Islamic calendar (Photo by Sony Ramany/NurPhoto)
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Entretien avec l’évêque de Rajshahi, Mgr Gervas Rozario, qui appelle à un meilleur contrôle des écoles coraniques.

Mgr Gervas Rozario prêche la Miséricorde mais invite à intervenir fermement sur le système d’instruction au Bangladesh. L’évêque de Rajshahi est encore très secoué par le massacre barbare survenu à Dacca, le 1er juillet dernier, ayant fait vingt morts, pour la plupart des étrangers, dans l’attaque d’un restaurant du quartier diplomatique de la ville, revendiquée par sept membres du groupe terroriste Daesh. Au cours de la prise d’otages, qui a duré plusieurs heures jusqu’à l’assaut final, les terroristes ont mutilé et torturé un groupe d’Italiens avant de leur ôter la vie.

L’évêque souhaite une intervention décisive surtout dans les écoles coraniques où les jeunes générations sont incitées à la haine religieuse. « L’islam de ces jeunes a trahi celui de leurs pères », a-t-il confié à Vatican Insider qui a recueilli sa réaction au lendemain de l’attaque :

« Ma première réaction a été de m’accrocher à ma foi. Les catholiques (nous sommes 400 000, soit 0,2% d’une population de 160 millions d’habitants) condamnent la violence et les barbaries inhumaines du terrorisme. En cette Année sainte, nous invitons tout le monde à se laisser toucher et transformer par des valeurs comme la miséricorde et le pardon, qui caractérisent un être humain. Nous, citoyens du Bengladesh, participons pleinement au deuil que porte notre pays et nous prions pour l’âme des victimes et pour leurs familles. Nous leur exprimons notre profonde solidarité, avec cette certitude que les ténèbres ne prendront pas le dessus ».

Vatican Insider : Comment se poursuivra votre mission au Bangladesh ?
Mgr Gervas Rozario : 
Notre petite Église a célébré des messes et continuera à prier pour notre nation, frappée en plein coeur, en participant spirituellement à cette souffrance et en offrant à Dieu le moment de cette terrible tragédie. Nous ici, les catholiques, notre travail consiste à faire du bien à la nation, à travers l’apostolat social, les écoles, les hôpitaux, la Caritas. Notre mission continue, sans aucune discrimination à l’égard des citoyens, indépendamment des religions, des ethnie, des cultures, ou des couches sociales, avec une préférence néanmoins pour les plus pauvres et les marginalisés. Et dans un pays à majorité musulmane, nous soignons et assistons surtout des musulmans.

L’identité des terroristes a laissé tout le monde sans voix : des jeunes de « bonne famille », instruits. Comment ceux-ci ont-ils ainsi pu se transformer en tueurs sans scrupules ?
Je tiens à dire que derrière la radicalisation de ces jeunes, il y a un échec familial. Les parents ne s’occupent pas assez de leurs enfants : ils leur donnent de l’argent sans compter et une vie aisée sans se préoccuper de leur formation, de ce qu’ils pensent, de leur mentalité. Ils les ont exposés à la propagande idéologique qui leur a promis de faire d’eux des héros ou d’arriver au Paradis, en tuant. D’autre part, au sein de la communauté islamique, il y a un grand écart entre les générations, un fossé. L’islam des jeunes trahit celui des pères : les adolescents obnubilés par la propagande djihadiste de Daesh ou d’Al-Qaïda, méprisent la vision des musulmans soufis – une branche ouverte, tolérante, accueillante, mystique – que leurs parents ont vécue, respirée et apprise.

Mais comment sont-ils arrivés à une telle mutation ?
En passant par une colonisation idéologique dont nous sentons les conséquences aujourd’hui. Ces dernières années, sont nées des milliers d’écoles coraniques gratuites, appelées « madrasas », qui ont propagé un islam dur et intolérant, en contradiction totale avec la mentalité qui prévalait dans le golfe du Bengale, dès le XIIIe siècle, influencée par le soufisme, une des courants mystiques de l’islam, mais également par des croyances et traditions hindouistes et bouddhistes. Dans ces madrasas, les jeunes subissent un vrai lavage de cerveau. On leur transmet le radicalisme. C’est un vrai problème national que le gouvernement devrait affronter, en contrôlant et réformant le système d’instruction.

C’est la grande priorité aujourd’hui, selon vous ?
À mon avis, la question des écoles coraniques est décisive. Il y en a de deux sortes : les madrasas reconnues et contrôlées par l’État, et les privées, qui ne reçoivent aucune subvention publique, sont indépendantes. Beaucoup de ces écoles, financées par l’Arabie saoudite, véhiculent une interprétation restrictive de l’Islam. Et puis il y a tout cet éventail d’écoles islamiques non professionnelles, et non recensées, chez l’habitant, dans les petites mosquées et dans les quartiers périphériques. Dénicher l’extrémisme devient alors très difficile. Un bon contrôle du système d’instruction permettrait de venir à bout du terrorisme, qui a beaucoup augmenté ces dernières années.

Que diriez-vous aux chefs musulmans de votre pays ?
Beaucoup de chefs musulmans ont condamné la violence et spécifié que celle-ci n’appartient pas à l’islam. Mais les paroles ne suffisent pas. Il faut faire beaucoup plus et ensemble. Toutes les forces saines, toutes les communautés religieuses, doivent s’unir, à commencer par les institutions, pour ramener les valeurs de la paix et la tolérance au centre de l’agenda politique et combattre la menace terroriste ensemble. La communauté musulmane peut avoir cette grande responsabilité, le rôle de guider cette renaissance.

Article de Vatican Insider traduit et adapté par Isabelle Cousturié

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