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Après le Brexit : le présent et l’avenir de l’Europe en dix points.

© Leon NEAL / AFP
Le reflet de la Tour Queen Elizabeth (Big Ben) dans une flaque d’eau, au passage d’un homme, le 27 juin 2016, à Londres.
Photo de Leon NEAL / AFP
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Le Brexit provoque une profonde remise en question de l'avenir et du sens de l'Europe.

Deuxièmement, le Brexit est une déclaration d’indépendance de la Grande-Bretagne par rapport à Washington. Londres était le plus ancien, naturel, solide et fidèle allié de Washington en Europe. Washington se l’est aliéné. Conséquences ? Washington, on le sait, a les moyens militaires de tout faire tout seul, mais n’a pas une liberté d’action politique complète. Il ne peut rien entreprendre sans l’appui diplomatique et militaire de Londres, et secondairement de Paris. Même si les accords militaires ne changeront probablement pas, le Brexit signifie l’affaiblissement de l’OTAN en Europe, en tout cas, sa moindre capacité à organiser à engager des actions au Moyen-Orient et contre la Russie.

Tout cela s’est produit à cause de la démesure napoléonienne de la politique de Washington, qui a maltraité son meilleur allié en Europe et se l’est durablement aliéné. Le Brexit n’est pas seulement le commencement de la fin du libéralisme, c’est aussi le commencement de la fin d’un monde dominé par l’Empire américain. Paradoxalement, c’est peut-être le salut de l’influence anglo-saxonne dans le monde.

Troisièmement, sous les vagues d’une campagne électorale assez pitoyable, et au-delà des débats faibles sur l’immigration, qui ont occupé le devant de la scène, le Brexit pourrait marquer la sortie de la place financière londonienne hors de la sphère d’influence américaine. Cela signifierait le retour de l’Angleterre au premier rang des puissances mondiales.

Il s’agit là d’une conjecture, et en aucun cas d’une certitude. Pour bien comprendre, il faudrait savoir quel fut le degré de collusion entre Wall-Street et Francfort dans les récentes tentatives de prise d’autorité de la BCE sur la City. Ni le sentiment du riche londonien ni les prises de position des grandes banques américaines, françaises ou allemandes ne nous disent quelle fut sur le Brexit l’appréciation profonde et discrète des Britanniques les plus influents de la City. Londres acceptait la relation privilégiée avec Washington, tant qu’elle favorisait son industrie majeure. Il est possible que le trop fort rapprochement entre Washington et Berlin ait poussé Londres à un acte d’auto-défense au moins aussi prévisible que ne l’était par ailleurs la réaction populaire au libéralisme sauvage. Ainsi, dans un monde où les régimes non démocratiques inquiètent leurs citoyens fortunés, mais aussi où Washington se permet d’infliger des sanctions financières (Russie) ou d’immenses amendes aux entreprises (Volkswagen) et banques (BNPP) des pays qui hésitent à suivre ses consignes, Londres est en train de devenir l’endroit du monde le plus sûr pour y déposer son argent. Le Brexit pourrait ainsi marquer un choix de la City voulant devenir la place de marché pour les monnaies des pays en froid avec les Etats-Unis, à commencer par la Chine, dont le Yuan aspire à devenir la future monnaie mondiale. Un tel positionnement hostile au Dollar, est impossible pour un satellite des États-Unis. D’où le Brexit, vu du point de vue de l’élite britannique – les débats sur l’immigration servant à mettre la rupture sur le compte des « populistes ».

 

Quatrièmement, les relations intra-européennes font en un sens retour à la situation d’avant le Traité de Rome. Le Brexit est en effet aussi un acte anglais d’indépendance hostile par rapport à Berlin. La Grande-Bretagne reprend à son compte dans un puissant acte symbolique les fortes paroles prononcées jadis à l’intention de l’Empire allemand par Clemenceau à l’Assemblée Nationale : « Nous ne consentons pas à l’acte d’abdication souscrit pour nous par nos voisins. Nous sommes une grande nation et nous entendons le rester ». Washington avait peu à peu substitué à Londres Berlin via Bruxelles, dans le rôle d’allié privilégié, chargé de contrôler l’Europe en son nom et à son service. Les Anglais ne l’ont pas admis. Le Brexit laisse donc l’Allemagne seule au contrôle de l’Europe, avec une France totalement passive sous un président impuissant. Il est probable que dans les mois qui viennent, l’avenir de l’UE va s’identifier avec l’intérêt de l’Allemagne, notamment en raison de l’effacement de la France. C’est un grave facteur de trouble pour l’Europe qui verrait alors se reconstituer l’impérialisme allemand, sous une forme paradoxale il est vrai.

Il est vrai que, dans la perspective d’un Brexit effectif, les destinées de l’Allemagne sont plutôt sombres. Le retour envisageable des Etats-Unis à l’isolationnisme la laisserait isolée en Europe et dans le monde. L’indépendance européenne par rapport à Washington et la décomposition de Bruxelles ne lui laisseront plus en propre que son identité nationale difficile à gérer et des créances envers des pays insolvables.

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