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Laetitia Strauch-Bonart : « On refuse au conservateur toute légitimité historique en France » (1/2)

Laetitia Strauch-Bonart, Éditions du Cerf © Thomas Renaud
Laetitia Strauch-Bonart, Éditions du Cerf © Thomas Renaud
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L'essayiste française nous parle d'une philosophie qui n'a pas bonne presse.

À la sortie de son premier livre Vous avez dit conservateur ?, Aleteia a Rencontré Laetitia Strauch-Bonart pour parler du conservatisme, une philosophie souvent mal comprise dans notre société moderne.

Aleteia : Si vous constatez l’absence de représentation politique du conservatisme, vous soulignez qu’il demeure très vivant dans le corps social. Sous quelles formes ?
Laetitia Strauch-Bonart : La société française a conservé un fonctionnement fait d’ordres et de classes : notre région d’origine, l’école où nous avons étudié, le quartier où nous vivons…. autant de « petites sections », pour reprendre l’expression d’Edmund Burke, qui marquent qui nous sommes. On peut l’interpréter comme le pendant de la Révolution française : en faisant de nous des êtres abstraits aux droits universels, elle nous a privés de notre existence charnelle, que nous avons retrouvée dans le tissu social.

Ce conservatisme social est ambivalent. D’une part, il est inclusif : nous tissons des liens indispensables à la vie humaine. D’un autre côté, poussé à l’extrême, il peut devenir exclusif et perdre sa légitimité. Exemple : les grandes écoles ont permis de constituer un haut fonctionnariat d’une qualité exceptionnelle ; mais aujourd’hui, ce statut n’est-il pas devenu un simple instrument de reconnaissance sociale ? Je crois à la nécessité des « ordres » pour contrebalancer le caractère universel de la démocratie, mais les ordres doivent faire leur preuve.

La Manif pour tous et sa défense de la famille traditionnelle ne fut-elle pas une belle démonstration de conservatisme réfléchi et incarné ? Vous n’y consacrez que trois rapides lignes…
Je consacre peu de place à la Manif pour tous car je n’écris pas tant sur le conservatisme aujourd’hui que sur son absence de généalogie intellectuelle et politique. Je m’intéresse ainsi à l’entrelacement entre politique et idéologie, et je ne pense pas que la Manif pour tous possède un corps de doctrine en tant que tel. Cela ne veut pas dire qu’elle n’ait pas eu de motivation idéologique, ni que certains de ses participants n’aient pas produit des réflexions intéressantes, qui se poursuivent aujourd’hui.

Le conservatisme n’est-il pas mort lorsqu’il s’est soumis à l’économisme et au modèle turbo-capitaliste ? L’acceptation des limites, la défense de l’enracinement ne sont-elles pas des notions totalement étrangères à l’idéologie de l’argent-roi …
Je suppose que vous vous référez au concept d’Edward Luttwak, qui décrivait dans les années 2000 le turbo-capitalisme comme le règne des entreprises libérées de la régulation publique et des contraintes fiscales. Or le turbo-capitalisme est loin d’être la règle en France ! Ceux qui parlent aujourd’hui d’une « finance mondialisée » sans foi, ni loi n’ont aucune idée du niveau énorme de régulation auquel les banques et les fonds sont soumis depuis la crise. Bien sûr, on peut toujours faire mieux pour obliger les entreprises à prendre la responsabilité de leurs actes, sociaux ou environnementaux, ou encore à ne pas verser à leurs dirigeants des salaires mirobolants, sans lien avec leur performance.

Mais si vous faites allusion au fait que pour certains, l’argent est devenu une valeur en soi, ce qui est bien autre chose, je suis d’accord avec vous et le déplore. La rupture date des années 1950 et du déploiement d’outils technologiques et de communication qui ont permis de désirer et d’acquérir des objets comme jamais. On peut aussi regretter, que la frontière entre les personnes et les objets semble si floue, et que certains pensent que le corps puisse se vendre dès lors qu’on y consent.

Mais le marché est-il seul en cause ?
À mon sens, nous avons baissé notre garde parce que nous avons perdu nos garde-fous moraux, à commencer par celui qu’apportait la religion. Je ne suis pas marxiste : je ne pense pas que le capitalisme soit par nature délétère. Tout dépend des limites que nous lui opposons.

La plupart des représentants politiques préfèrent accepter voire se prêter à une politique de la table rase au nom d’une course en avant progressiste, plutôt que d’assumer leur fierté de préserver et de transmettre. N’y a t-il pas un grand tabou ? Le camp du Progrès n’est-il pas devenu l’unique camp du Bien ?
Au XIXe siècle, les scientifiques comme les politiques pensaient sincèrement pouvoir améliorer la condition humaine, et pour une grande part, ils y sont parvenus : le progrès dans nos conditions de vie, depuis le XIXe siècle, a été exceptionnel ! Mais ces premiers « progressistes » ne promouvaient pas la table rase – voyez Auguste Comte et sa formule, devenue la devise du Brésil, « Ordre et Progrès ». Par la suite, le Progrès est devenu une fin en soi, comme si nous n’avions plus de fins précises à servir et que la technique pouvait en prendre la place. Les politiques d’aujourd’hui semblent dénués de toute culture historique à ce sujet, sans comprendre qu’ils sont l’objet de conditionnements intellectuels.

 

Propos recueillis par Thomas Renaud

Retrouvez la seconde partie de cet entretien dès demain sur Aleteia 

Vous avez dit conservateur ? de Laetitia Strauch-Bonart © Éditions du Cerf
Vous avez dit conservateur ? de Laetitia Strauch-Bonart © Éditions du Cerf
Vous avez dit conservateur ? de Laetitia Strauch-Bonart © Éditions du Cerf

Vous avez dit conservateur ? de Laetitia Strauch-Bonart. Éditions du Cerf, 317 pages, 22 euros.

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