Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Lundi 17 mai |
Saint Pascal Baylon
home iconÉglise
line break icon

Chili : un prêtre français sous la dictature de Pinochet

Sylvain Dorient - Publié le 01/07/16

Le père Daniel Houry fut envoyé en mission au Chili de 1973 à 1996. Il y vécut "prêtre pauvre pour les pauvres".

Le père Houry emménageait en 1973 dans un quartier pauvre de Talca, au Chili. Il disposait d’une cellule avec une table, une chaise et un lit. Examinant les lieux, un représentant de la Jeunesse ouvrière chrétienne, venu le visiter lui dit, avec un sifflement admiratif : « Vous êtes drôlement bien installé ! ». Lorsque ce fut le tour du prêtre de se rendre au domicile du jeune homme, il découvrit une famille de cinq enfants vivant dans une pièce de briques crues, avec une simple tôle pour toit, une ficelle au-dessus des « lits » posés à même la terre battue. Pas de goudron dans les rues… Ni de protection imperméable : « Quand il pleuvait, les gens étaient mouillés, tout simplement, et les rues charriaient des torrents de boue », se souvient-il.

« ¡ Bienvenido Padre ! »

Mais la précarité du confort était largement compensée par l’accueil des Chiliens : « Merci mon Père, d’avoir laissé votre famille pour nous ! ». Les jeunes gens qui le voyaient vivre avec eux, et parcourir sa paroisse à vélo, le prenaient pour un prêtre ouvrier. La collaboration avec le clergé chilien s’est opérée naturellement et le travail des prêtres, qui comme le père Houry, officiaient dans les « périphéries », a été salué par l’archevêque de Santiago du Chili, Mgr Raúl Silva Henríquez : « Ce n’est pas la même chose de lire dans le journal qu’un homme a été attaqué par des rats, dans les bidonvilles, et de devoir se battre soi-même contre les rats ». Au presbytère, le père Houry assure modestement qu’il n’y avait pas de rats… mais une invasion de souris ! Le prêtre est devenu un expert dans la lutte contre les rongeurs, maniant habilement sa truelle pour combler les trous où ils se cachaient.

Religiosité à la chilienne

Il lui a fallu aussi apprendre les coutumes chiliennes et la façon exubérante des fidèles d’exprimer leur foi. En certaines occasions, le prêtre voit ses paroissiens revêtir des costumes de fête bigarrés, ornés de miroirs, et exécuter des danses devant les statues de saints au son des violons, sifflets et crécelles. Il leur arrive de danser jusqu’à une heure parfois devant le Saint-Sacrement. Ces cérémonies, empruntes de traditions indigènes, n’effrayèrent pas le prêtre français, plutôt impressionné par la foi et l’engagement de ses paroissiens. « Certains d’entre eux s’organisaient en confréries, se souvient-il. Ils ne devaient plus boire d’alcool, se montrer honnêtes en toutes circonstances, et témoigner de leur respect envers les femmes ». Le premier dimanche après Pâques, le prêtre était emmené en charrette à cheval pour porter la communion aux malades, escorté des hommes de sa paroisse, à cheval et portant le costume traditionnel. « Les Chiliens sont un peuple très religieux, analyse le père Houry. Il y avait une intense vie paroissiale ! » Ils font des vœux, lors de leurs prières : « Si je guéris de cette maladie, je m’habillerai aux couleurs de la Vierge Marie (blanc et bleu, ndlr) pendant un an ».

15 ans de dictature

Une année après son arrivée, le père Houry assista au coup d’État d’Augusto Pinochet. Pendant quinze ans, certains catholiques évitèrent d’aller à la messe, de peur d’être fichés par les services de renseignement chiliens. « Tout était verrouillé, se souvient le père Houry, il y avait des militaires à tous les postes de responsabilité ! » Un jour, dans son église, il remarqua un inconnu et alla le voir après la messe en lui demandant : « Vous venez souvent ici ? » ; l’homme répondit : « Cela dépend, je vais là où on me dit d’aller ». C’était un « Sapo », littéralement un crapaud, c’est-à-dire un agent de renseignements de la police de Pinochet.

  • 1
  • 2
Tags:
chilidictaturemissionnaireparoisseprisonsreferendum
Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
1
Soutane de Jean Paul II/attentat
Marzena Devoud
Qu’est devenue la soutane tachée de sang de Jean Paul II ?
2
Mgr André Joseph Léonard
Que penser des expériences de mort imminente ?
3
Camille Dalmas
Cinq choses à savoir sur le nouveau ministère laïc de Catéchiste
4
The Agonie of the garden
Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op
La dernière prière de Jésus
5
PRAY
Mathilde de Robien
Les cinq étapes indispensables d’une prière réussie
6
Thérèse Puppinck
Velankanni, le Lourdes de l’Orient
7
Hugues Lefèvre
13 mai 1981, 17h17 : « On a tiré sur Jean Paul II »
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement