Recevez la newsletter d'Aleteia chaque jour!
Commencez la journée de la meilleure des manières : recevez la newsletter d'Aleteia
Je m'inscris!
Aleteia

Égypte : « Aucune église ne sera construite ici ! »

AFP
Partager

Une foule en colère s’en est prise aux chrétiens de Qaryat al Bayda, soupçonnés de vouloir construire un lieu de culte.

Vendredi 17 juin, après la prière, une foule de 1 200 musulmans en colère s’en est prise à un bâtiment en construction, appartenant à un chrétien Copte, Naim Aziz, parce qu’elle le soupçonnait de vouloir construire une église, dans ce village de à Qarayat al Bayda, au sud d’Alexandrie. Ils criaient : « Quoi qu’il arrive, il n’y aura pas d’église ici ». Des matériaux de construction ont été détruits et six chrétiens blessés. Le père Karas Naser, curé de l’église copte de la Sainte-Vierge et de Saint-Michel-Archange a lui aussi été attaqué et sa voiture vandalisée.

« Sans l’intervention de musulmans sains, il serait mort »

Ramy Kahwaa, chrétien copte assure que « sans l’intervention de musulmans sains, nos frères, le prêtre serait mort », dans le Daily News Egypt. Les témoins des évènements sont particulièrement choqués par l’attitude de la police. Arrivée sur les lieux, elle n’a pas empêché l’action des casseurs, et a finalement arrêté six musulmans et six chrétiens… Ces derniers ayant été relâchés après leurs agresseurs ! Ils sont accusés d’avoir organisé des prières sans autorisation et de défaut de permis de construire. Naim Aziz avertit que pour les fanatiques, le message est très clair, ils peuvent se livrer à toutes leurs exactions sans conséquences. Il s’attend donc à d’autres attaques.

Il n’y avait pas d’église

Selon Naim Aziz, il n’a jamais été question de construire une église sur le chantier dévasté par les extrémistes. « C’est une maison que je faisais bâtir pour mon fils, assure-t-il. Tout est parti d’une folle rumeur ». Cet incident souligne que la question de la construction des lieux de culte n’est pas réglée, dans un pays surchauffé par la tension que font peser les Frères musulmans sur sa politique. Les Coptes réclament que la construction et la réfection de leurs églises soient strictement encadrées par la loi, car ils savent que tout flou juridique tourne en leur défaveur.

Plus de place pour les fidèles, dont le nombre augmente

Actuellement, la loi prévoit depuis 2001 qu’un particulier peut faire bâtir une mosquée, sur simple autorisation du Ministère des cultes. Les chrétiens, en revanche, doivent obtenir la permission expresse du président de la République. Cette restriction, ajoutée à l’augmentation de la population Copte, contraint une partie des chrétiens à l’illégalité : ils doivent célébrer la messe dans des maisons de particuliers, ce qui est interdit par la loi égyptienne.

Le gouvernement d’Al-Sissi louvoie

Il serait faux d’affirmer que le gouvernement d’Al-Sissi ne défend pas les Coptes. En avril 2015, 71 musulmans ont été emprisonnés à vie pour avoir incendié une église. Mais il s’agissait d’extrémistes clairement affiliés aux Frères musulmans, donc d’opposants politiques. Dans d’autres circonstances, il arrive que les extrémistes ne soient pas inquiétés, comme le prouve l’affaire du 17 juin 2016. Un projet de loi, très attendu par les Coptes pourrait changer la donne. Il encadrerait aussi bien la construction des églises que celle des mosquées, et il est porté par le ministre d’Etat, pour les affaires légales et parlementaires, Magdi al-Agati. Il sera soumis au Parlement fin septembre 2016.