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Venezuela : un cardinal s’oppose au gouvernement

© Tiziana Fabi /AFP
Cardinal Jose Urosa Savino from Venezuela celebrates a mass to commemorate Venezuelan President Hugo Chavez, who died at the age of 58 on March 5, in a church in central Rome, on March 8, 2013. AFP PHOTO / TIZIANA FABI / AFP PHOTO / TIZIANA FABI
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L’archevêque de Caracas, préoccupé par la crise humanitaire au Venezuela, garde l’espoir d'une issue pacifique à la situation du pays.

L’archevêque de Caracas, Mgr Jorge Urosa, exprime sa vive préoccupation face à la crise humanitaire que connaît le Venezuela. Il demande au gouvernement du président Nicolás Maduro de « lever l’État d’exception » et invite tous les Vénézuéliens à travailler pour le bien commun.

Aleteia : Monseigneur, l’Église a lancé des appels récurrents à la paix et au dialogue au Venezuela. Vous sentez-vous écoutés par les parties en conflit ?
Mgr Jorge Urosa : 
En avril dernier, la présidence de la Conférence épiscopale du Venezuela a exprimé la préoccupation des évêques pour la situation du pays qui est certainement très grave et possède un certain nombre de caractéristiques qui, malheureusement n’ont fait qu’empirer cours des dernières semaines. À quoi vient s’ajouter le besoin urgent d’un dialogue entre le gouvernement et l’opposition, ce dialogue ayant été promu fortement par le pape François et l’épiscopat du Venezuela, et nécessite d’avoir lieu sans plus tarder.

Quels aspects de la situation vénézuélienne constituent un sujet de préoccupation pour l’Église ?
Il existe de nombreuses situations qui nous préoccupent, nous évêques et archevêques du pays, mais il en est une qui constitue un sujet de plus grande préoccupation pour ses conséquences sur les gens, en particulier les plus démunis : la crise humanitaire. Elle se traduit par la situation de pénurie croissante de nourriture et de médicaments, mais aussi le manque de pièces de rechange et d’équipement technique pour les véhicules et les machines en général qui sont nécessaires pour faire fonctionner le pays.

L’Église et le pays en général attendent du gouvernement qu’il remplisse son devoir d’assurer le bien – être des Vénézuéliens. En ce sens, je me joins à l’appel lancé par l’Épiscopat au gouvernement afin qu’il remplisse sa responsabilité de garantir les droits fondamentaux des Vénézuéliens, en particulier en matière d’alimentation et de santé.

Êtes-vous toujours préoccupé par l’insécurité publique de l’Église, malgré les mesures prises par le gouvernement ?
En effet, un autre problème grave dont nous souffrons au Venezuela est la sécurité publique. Elle est devenue un problème qui n’est pas près de se résoudre, car il existe une attaque permanente de la délinquance contre les citoyens vénézuéliens et quelques visiteurs étrangers.

Loin d’avoir cessé, l’insécurité augmente de plus en plus malgré les mesures mises en œuvre par le gouvernement; récemment même, un haut fonctionnaire des Forces armées nationales à la retraite a été assassiné, et récemment ont augmenté les assassinats d’officiers de police et de milliers de citoyens. Les crimes sont de plus en plus atroces : mutilations, décapitations et les victimes criblées de multiples coups de feu. Du jamais vu au Venezuela…

À quoi est due cette situation de violence au cours des dernières années ?
Tout d’ abord, il est certain que cette situation d’insécurité qui prévaut au Venezuela est le résultat d’années au cours desquelles le gouvernement a adopté une attitude très faible et permissive à l’égard de la criminalité.

Ensuite, ce qui est très grave et provoque l’indignation, de nombreux gangs criminels possèdent des armes de guerre : fusils, grenades et pistolets de gros calibre, censés être sous le seul pouvoir et contrôle des forces armées nationales. On voit ainsi qu’un marché noir a existé, qui a fourni ces armes à des criminels. Autrement dit, la situation est très grave au Venezuela et le gouvernement doit prendre ses responsabilités et résoudre les problèmes qui existent dans ce domaine.

La guerre politique entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale est donc stérile et contreproductive, puisque la solution de ces problèmes passe par la participation de tous les secteurs de la société, et que les facteurs politiques jouent un rôle capital.

Depuis le 16 mai un état d’urgence décrété par le président Nicolas Maduro a paru au Journal officiel. Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous que cela aide à régler les problèmes des Vénézuéliens ?
Je pense que l’état d’urgence ne fait rien pour résoudre les problèmes des Vénézuéliens, mais au contraire, aggrave la situation politique, sociale et économique ; en effet, ce décret confère au président un certain nombre de pouvoirs illimités, sans aucun contrôle de l’Assemblée nationale ; par exemple, réduire le revenu des Vénézuéliens, ce qu’ils appellent « El Corralito », comme il est stipulé à l’article 4 du décret gelant les avoirs des citoyens. Par conséquent, ceci est sans précédent au Venezuela et absolument contraire à la liberté économique, garantie aux Vénézuéliens par la Constitution.

En outre, l’état d’urgence confère à des groupes civils des pouvoirs pour agir de concert avec les forces de l’ordre pour ce qui est du contrôle de la sécurité et de la paix des citoyens. Cela est extrêmement dangereux et négatif parce que c’est donner pouvoir à des militants et des groupes paramilitaires proches du gouvernement, d’utiliser des armes, ce pouvoir que seuls doivent détenir les organismes policiers

Quel appel lancez-vous au président Nicolas Maduro dans ce sens ?
L’état d’urgence est un décret extrêmement négatif et donc doit être levé immédiatement. Rappelons-le, même dans les moments les plus difficiles en avril 2002 et en janvier 2003, le président Chavez n’a pas décrété un état d’urgence dans le pays. Alors, pourquoi maintenant devrait-il être appliqué quand il y a seulement une pénurie de nourriture et de médicaments qui pourrait être résolue d’une autre manière ? Par conséquent, l’état d’urgence doit être abrogé immédiatement.

Alors, si ce n’est par l’état d’urgence, comment résoudre cette crise dans laquelle le pays se trouve ? Que proposez-vous ?
Je ne prétends pas posséder d’autres solutions que celles garanties par la Constitution : sociales, politiques et économiques. Par exemple, d’un point de vue économique, il doit y avoir un consensus entre le secteur public et le secteur privé. Et non ! cette attaque permanente du gouvernement contre le secteur privé, avec la menace d’exproprier entreprises, entrepôts, véhicules de transport, alors que le pays se trouve justement dans une situation difficile en raison du manque de devises étrangères pour acheter des matières premières ou importer l’équipement et les matières premières que ne produit pas le pays. Au lieu de les attaquer, on devrait plutôt soutenir les grands producteurs de nourriture et de médicaments pour venir à bout de la pénurie qui existe au Venezuela.

Sur le plan politique, comment le cardinal Urosa voit-il le fait de consulter le peuple sur la révocation du président ?
En effet, la Constitution, prévoit plusieurs possibilités pour un changement de gouvernement. Notamment le recours à la consultation du peuple à propos d’une révocation présidentielle… La révocation est un instrument absolument démocratique, populaire et électoral qui est mentionnée dans notre Constitution, et a été soumise au Conseil national électoral (CNE). Je comprends que les représentants du gouvernement s’y opposent, mais le CNE est obligé constitutionnellement et légalement d’appliquer le règlement qu’ils ont eux-mêmes élaborée, et de respecter les délais sans tarder davantage le processus de révocation, sinon c’est aller à l’encontre de la volonté du peuple vénézuélien. Ce n’est pas trahir que d’accuser librement les dirigeants de l’Assemblée de cacher la réalité du pays. Il faut apporter une solution aux personnes qui souffrent en pleine crise humanitaire.

Pour finir, quel message donnez-vous aux Vénézuéliens ?
ll est important que tous les Vénézuéliens fassent l’effort d’adopter une attitude positive. Nous allons résoudre les problèmes et réaliser que nous sommes frères. Et demander à Dieu que les Vénézuéliens puissent résoudre nos problèmes de manière pacifique, sans violence. Et cet appel vaut tant pour les représentants du gouvernement que pour les dirigeants de l’opposition et la population en général, parce que chaque habitant qui vit au Venezuela façonne ce pays.

Propos recueillis par Ramón Antonio Pérez

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