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Le Hellfest, enfer ou paradis ?

AFP

Père Guillaume Petit - Publié le 21/06/16

La croisade religieuse contre le metal n’est certainement pas une bonne réaction, quoique...

« Même au-delà de ses expressions les plus typiquement religieuses, l’art, quand il est authentique, a une profonde affinité avec le monde de la foi, à tel point que, même lorsque la culture s’éloigne considérablement de l’Église, il continue à constituer une sorte de pont jeté vers l’expérience religieuse »[1].

L’article Tous au Hellfest a suscité de nombreuses réactions contradictoires, mettant aux prises les pro et anti heavy metal. Au-delà de cet événement, qui a fait couler beaucoup d’encre, il est opportun, comme l’abbé Monnier nous y invite, de regarder cet engouement pour le metal à la lumière de la foi.

Désirs de plénitude et de communion

Partant du principe que les métalleux sont des êtres humains comme les autres, doués de raison et d’équilibre psychologique, nous pouvons discerner dans l’attrait pour ce genre de musique et de rassemblement des éléments qui montrent les désir profonds du cœur humain. De manière un peu approximative, on pourrait en distinguer trois : désir de plénitude, de communion, de transcendance.

Désir de plénitude : l’intensité, la riche complexité et la puissance du metal permettent de vibrer, de se sentir vivre et exister pour de bon. C’est aussi l’occasion d’exprimer son mal-être et de s’affirmer, quitte à transgresser les codes d’une société qui anesthésie et aseptise tout. Pouvoir être soi et faire l’expérience brute d’un élan vital.

Désir de communion : le monde du metal, avec sa grande variété, a ses codes propres et originaux qui façonnent une famille dont on se reconnaît membre. Alors que notre société est si divisée, au Hellfest, il n’y a pas eu de débordement violent – l’ambiance est même, paraît-il, bon enfant.

Désir de transcendance : les nombreuses références religieuses disent de l’homme qu’il est un être religieux, fait pour entrer en relation avec ce qui le transcende. Qu’ils soient athées ou pas, les métalleux rencontrent dans le metal la présence d’un monde autre, surnaturel et mystérieux, inquiétant même, qui brise la monotonie du quotidien désenchanté.

Pas de réponses satisfaisantes aux désirs du cœur

Cela posé, le metal n’apporte pas de réponses pleinement satisfaisantes aux désirs du cœur humain. En effet, cette même puissance musicale qui permet de se sentir vivant projette l’auditeur hors de lui-même en saturant ces sens. Au Hellfest, on s’éclate – presque littéralement ; on est en transe, hors de soi, alors que l’être humain a besoin de rentrer en soi-même pour se retrouver.

L’esthétique noire et effrayante du metal est le contraire direct de la lumineuse et paisible présence divine qui dévoile l’homme à lui-même dans le silence du cœur.

Les nombreuses références au satanisme ou au monde occulte, même si elles ne sont qu’ « un registre iconographique déployé pour exprimer un mal-être et dénoncer les niaiseries manipulatrices diffusées par la télévision », sont réellement dangereuses : invoquer le démon n’est jamais sans danger et c’est un des traits de Satan de se déguiser en ange de lumière pour séduire et tromper. J’aurais beau croire que le feu ne brûle pas, si j’y plonge la main, je me brûlerai. Sans doute, pour beaucoup, le satanisme du Hellfest n’est-il qu’anti-convenances. Il n’en reste pas moins qu’il se place du côté du diable et non de celui du Christ.

Un appel à entendre 

Comme l’abbé Monnier, je crois que « la croisade religieuse contre le metal n’est certainement pas une bonne réaction ». En réalité, l’existence même de la musique metal doit nous pousser à faire notre examen de conscience. Si beaucoup se tournent vers le metal (mais le metal n’est pas seul en question ici : entre autres, il y a aussi le football et ses « grand-Messes »), c’est sans doute parce nous n’avons pas su transmettre une foi qui soit réellement structurée et porteuse de sens. L’abbé Monnier le dit très bien : « Trois décennies de catéchèse “rose bonbon” ont bel et bien contribué au fait que j’écoute du metal tous les jours ». À l’évidence, nous avons abaissé la qualité, la densité et la beauté du message chrétien. Nous l’avons abêti sous des flots de coloriages et de bons sentiments niais. Alors qu’elles devraient saisir toute notre humanité pour la tourner vers Dieu, en qui seul nous pouvons pleinement nous sentir vivre, nos Messes sont plates, sans saveur et sans transcendance. Certes, le Seigneur y est présent, comme toujours, parce qu’Il est fidèle. Mais que nos catéchismes, que nos liturgies soient si peu à la hauteur pour Le manifester, voilà ce que nous devons changer.

Enfin, je crois qu’il y a, dans l’engouement pour le metal, un appel à entendre : l’Église a besoin des artistes. Oui, elle a besoin d’artistes épris de beauté, épris du Christ, capables de manifester la présence du Dieu transcendant. Capables d’éduquer le sens et le goût de l’homme. Capables de provoquer des épiphanies de la beauté qui saisissent et émerveillent notre nature humaine pour la tourner vers Dieu, qui est la source de la beauté. C’est en ce sens que Simone Weil écrit : « Dans tout ce qui suscite en nous le sentiment pur et authentique de la beauté, il y a réellement la présence de Dieu. Il y a presque une incarnation de Dieu dans le monde, dont la beauté est le signe. La beauté est la preuve expérimentale que l’incarnation est possible. C’est pourquoi chaque art de premier ordre est, par essence, religieux » [2].

En guise de conclusion, je laisse la parole à saint Jean Paul II :

La beauté est la clé du mystère et elle renvoie à la transcendance. Elle est une invitation à savourer la vie et à rêver de l’avenir. C’est pourquoi la beauté des choses créées ne peut satisfaire, et elle suscite cette secrète nostalgie de Dieu qu’un amoureux du beau comme saint Augustin a su interpréter par des mots sans pareil : « Bien tard, je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si neuve, bien tard, je t’ai aimée ! » Puissent vos multiples chemins, artistes du monde, vous conduire tous à l’Océan infini de beauté où l’émerveillement devient admiration, ivresse, joie indicible ! [3]

Père Guillaume+

[1] Jean Paul II, Lettre aux artistes, 4 avril 1999, n°10

[2] Cité par Benoît XVI, Discours aux artistes, 21 novembre 2009

[3] Jean Paul II, Lettre aux artistes, 4 avril 1999, n°16

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