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Qui sont les pèlerins de Medjugorje ?

Catholic pilgrims kneel around a statue of Virgin Mary, overseeing the area around a pilgrimage site near the Southern-Bosnian town of Medjugorje on June 25, 2012. The Virgin Mary is said to have appeared the first time here on June 25, 1981, to youths and is since then a magnet for Christians. Medjugorje is located in the Hercegovina region that is mostly populated by Bosnian Catholic Croats. For 31 years, the alleged phenomenon was ignored by Roman Catholic authorities until 2010, when Pope Benedict XVI issued an order to form an investigation team to search for the truth in case of Medjugorje sightings. AFP PHOTO/ ELVIS BARUKCIC / AFP PHOTO / ELVIS BARUKCIC
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Pour la première fois, un sociologue italien a étudié leur profil...

À Medjugorje, le pèlerin est généralement une personne instruite et exerce une profession d’un rang plus ou moins élevé. Il n’est pas attiré par un catholicisme morose avec des tentations millénaristes ni, à l’inverse, par un syncrétisme religieux post-moderne, et les solutions-miracles, avec un arrière-goût vaguement magique. Il va en pèlerinage, y retourne volontiers et affirme que ces visites ont changé sa vie.

À Medjugorje, en Bosnie-Herzégovine, où la Vierge serait apparue à de très nombreuses reprises après une première apparition à six enfants du coin, en 1981, le va-et-vient des pèlerins est continu. En un peu plus de trente ans, leur nombre frôlerait les 40 millions, selon différentes sources. On en parle beaucoup mais pratiquement personne n’a jamais pensé à étudier son profil. On sait seulement qu’outre les Bosniaques, les visiteurs les plus nombreux sont les Italiens. C’est donc un professeur italien, sociologue à l’université catholique de Milan, Luca Pesenti, qui a décidé de le faire. Sa recherche est publiée dans La mia vita è cambiata a Medjugorje (paru aux Éditions Ares), du journaliste et écrivain Gerolamo Fazzini, fasciné par les témoignages qui lui sont rapportés

 L’échantillon  

Luca Pesenti, lui, reste plutôt « froid » devant le phénomène, et il ne s’en cache pas. Il s’est concentré sur son échantillon de 1 049 questionnaires, remplis par des pèlerins lors de pèlerinages effectués entre avril et octobre 2015. Premier constat, le plus gros pourcentage de pèlerins italiens vient de localités de petite taille, avec une densité inférieure à 20 000 habitants. Et ces pèlerins sont majoritairement des femmes (68,8%), dont l’âge, pour 34% d’entre elles, dépasse les 65 ans. Les pèlerins de moins de 50 ans ne dépassent pas les 28%.

Selon cette étude, 44% des personnes interrogées sont des retraités. Parmi ceux qui exercent une profession (483 individus, 46% de l’échantillon, après avoir écarté religieux étudiants, femmes au foyer et chômeurs), on trouve un bon nombre d’entrepreneurs, dirigeants, travailleurs indépendants ou professeurs universitaires. Auxquels il faut ajouter, dans les mêmes proportions, les représentants d’une couche sociale moyenne : enseignants, petits commerçants, employés et artisans.

Un aperçu sui generis dû également au coût du pèlerinage, mais qui brise la vieille image que l’on se faisait jusqu’ici du pèlerin, dans l’imaginaire collectif. Selon l’échantillon étudié, 75% sont pratiquants, soit plus du double de la moyenne italienne. Peu sont séparés ou divorcés (seulement 49 cas) ou vivent en ménage (15 cas).

Les motivations 

Concernant leurs motivations : pour 38% d’entre eux c’est la recherche d’un confort spirituel qui les pousse à entreprendre le pèlerinage ; 23% souhaite y aller pour demander une grâce précise pour lui-même ou pour quelqu’un d’autre ; 11,7 % y vont pour remercier après avoir reçu des grâces ; jusqu’à 17% y vont pour répondre à un besoin de contact avec le sacré ; 15% suite à une invitation. Les simples curieux ne représentent que 5,6% de tous les pèlerins.

Les pèlerins sont des croyants qui mettent au sommet de leurs priorités idéales le souci des autres (53,3%), la défense et le respect de la vie sous toutes ses formes (51,4%). Le sens communautaire est par contre moins diffus : participer à la vie paroissiale (22%), faire partie d’associations ou groupes (10,9%) et s’engager en politique pour défendre le bien commun (4,5%) sont minoritaires.

Environ la moitié des pèlerins interrogés (48,8%) a déjà été à Medjugorje, et pour les deux tiers d’entre eux, le pèlerinage est devenu un rendez-vous presque « régulier ». Pour 39% des personnes, ce pèlerinage était leur tout premier, et pour 8% d’entre eux leur premier pèlerinage marial.

Les jugements

Entre avant et après le voyage, leur jugement sur les apparitions a changé : l’assurance relative qu’ils affichent au départ, soulignée par 70% des personnes, se transforme en certitude « absolue » pour 59% des personnes interrogées, faisant descendre le seuil du doute et du scepticisme en dessous des 9% contre les 22% au départ ; 5% des personnes interrogées seulement sont rentrées chez elles en se disant déçues.

La grande majorité des personnes qui retournent à Medjugorje affirment que leur vie a changé ; 48% disent que « quelque chose » a changé après leur première visite, 30,4% que leur vie a « beaucoup » changé et 14,5% qu’elle a radicalement changé. L’effet Medjugorje provoque une augmentation de la fréquence dans la pratique religieuse, les sacrements et la prière.

Depuis 1981, une centaine d’évêques et plusieurs cardinaux se sont rendus à Medjugorje. Plus d’un million de personnes avec parmi eux plus de 40 000 prêtres s’y rendent chaque année, dont 30 000 Français.

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