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Le Coran récité à Sainte-Sophie de Constantinople

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Le Premier ministre turc a autorisé la lecture du Coran dans la basilique-musée pendant ramadan : un camouflet pour l’Occident.

Dès le début de ramadan 2016, les sourates du Coran ont été récitées dans la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. Pour rappel, il y a une semaine, des nationalistes turcs se pressaient sur le parvis de la basilique-musée, réclamant sa reconversion en mosquée. Les Turcs fêtaient alors en grande pompe le 563e anniversaire de la prise de la ville. Immédiatement après leur victoire, ils transformèrent la basilique millénaire de Sainte-Sophie en mosquée. Puis Mustafa Kemal Atatürk en fit un musée en 1934, afin d’apaiser les tensions avec les minorités chrétiennes et les pays européens.

Erdogan flirte avec les nationalistes

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, ne fait pas mystère de son admiration pour l’Empire ottoman, et a donné des signes ambigus concernant la question symbolique de Sainte-Sophie. En 2013, son vice-Premier ministre, Bülent Arinc, avait provoqué un scandale en exprimant son « espoir de voir la basilique Sainte-Sophie redevenir une mosquée ». Recep Erdoğan soutient aussi la construction d’une « mosquée Sainte-Sophie », réplique de la Sainte-Sophie de Constantinople, à Amsterdam, comme pour graver dans les esprits, qu’à ses yeux, la basilique est une mosquée.

Le Coran résonne dans la basilique

Déjà, le vendredi 10 avril 2014, soit le Vendredi saint pour les chrétiens orthodoxes, des sourates du Coran ont été lues solennellement, en la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, et ce pour la première fois depuis 85 ans. Avec la lecture de 2016, les nationalistes franchissent une nouvelle étape. Il est de coutume, pendant le mois de ramadan, que l’intégralité du Coran soit lue dans les mosquées : en permettant cette pratique à Sainte-Sophie, on l’a virtuellement « transformée en mosquée », pour reprendre les termes de Dora Bakoyannis, l’ancien ministre des Affaires étrangères grec.

Protestations grecques

Dora Bakoyannis s’est insurgé contre un acte « incompréhensible », « incompatible avec une société moderne et démocratique ». Sa compatriote Elissavet Vozemberg-Vrionidi, députée européenne du groupe des Partis des peuples européens (EPP, chrétiens démocrates), a interrogé la Commission européenne quant à la conversion d’un symbole du christianisme en mosquée. Elle a demandé s’il ne fallait pas considérer cette pratique comme un manque de respect à l’égard des chrétiens, et si des initiatives ne pouvaient pas être prises pour préserver le monument. Pour l’heure, aucune protestation n’est venue d’autres pays européens.

La prière comme arme diplomatique

Ce grand silence contraste avec les réjouissances de la presse pro-gouvernementale turque qui s’est empressée d’applaudir cette décision. Sami Tayyar, député du parti d’Erdogan AKP (Justice et développement), y voit un camouflet fait à l’Occident. La Turquie, explique-t-il, doit exercer des représailles à l’égard des États-Unis, coupables de soutenir le PKK, le parti des travailleurs kurdes. Elle doit aussi se venger de l’Allemagne, coupable d’avoir reconnu le génocide arménien. Il a affirmé sans ambiguïté que Sainte-Sophie « devait redevenir une mosquée », confirmant l’importance de ce symbole, brandi comme une arme de guerre plutôt que comme un lieu de prière.