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Comment et pourquoi avoir une gueule de ressuscité ?

Louis Charles - Publié le 10/06/16

Nietzsche disait qu'il croirait en Dieu le jour où les chrétiens auront "des gueules de ressuscités".

Cette remarque est pleine de bon sens : quand on est heureux, quand on est habité par une flamme, une espérance ça se se voit et, à l’inverse, quand on vit dans l’ennui, l’inquiétude, la frustration, l’angoisse ou le malheur ça se voit aussi.

Pourtant quand on fait remarquer cela certains chrétiens ont tendance à répondre : « Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? », comme dans la chanson éponyme de Johnny Hallyday.

« Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? »

C’est la tentation de l’identitarisme chrétien. Chez nos frères orthodoxes c’est la tentation de se claquemurer à l’intérieur d’Eglises autocéphales. Chez nos frères réformés c’est la tentation de se scinder en petites sectes protestantes toujours plus exclusives. Chez les catholiques de France, aujourd’hui, c’est la tentation du repli identitaire avec la perspective – espérée ou redoutée – de l’affrontement communautaire : « Quoi, ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Si tu veux te la payer, viens je rends la monnaie. T’as rien dit tu l’as déjà dit, On n’va pas y passer la nuit ».

Confrontés à l’hostilité, bien réelle, de la société médiatique et des institutions publiques qui ne perdent pas une occasion de nier l’existence et la légitimité de la commuauté catholique en France, la tentation est grande pour certains de réagir comme une forteresse assiégée et de défendre une logique de l’honneur : « Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Quelque chose qui ne va pas ? Elle ne te revient pas ? ».

Cette logique de l’honneur est héritée de l’aristocratie et du monde féodal, pas de l’évangile. C’est parce que saint Vincent de Paul a fini par en convaincre son bienfaiteur, monsieur de Gondi, que celui-ci a renoncé à se se battre en duel pour laver son honneur. Mais cette mentalité est également celle qui prévaut encore très largement parmi nos frères musulmans et la tentation identitaire, pour les chrétiens, c’est d’adopter une mentalité de musulmans plutôt qu’une mentalité de chrétiens. D’où la surenchère victimaire à laquelle se livrent certains chrétiens en traquant sytématiquement les manifestations de cathophobie, néologisme mimétique de celui d’islamophobie.

Plus profondément encore – et plus gravement – c’est donner tort au Christ quand il dit à saint Pierre qui voulait prendre sa défense : « Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prendront l’épée mourront par l’épée » (Matthieu 26, 52).

C’est la tentation d’oublier que les disciples ne sont pas plus grands que leur maître et que si le Fils de Dieu en personne, l’Amour fait homme n’a pas été aimé et reconnu par les hommes, ses disciples ne doivent pas s’attendre à être mieux traités.

Les persécutions sont le lot des disciples du Christ depuis le début du christianisme et elles ont été annoncées par le Christ lui-même : « Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande au ciel. En effet, c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés » (Matthieu 5, 11-12).

C’est aussi vouloir substituer la logique des hommes à la logique de Dieu : Dieu se manifeste de manière paradoxale en choisissant ce qu’il y a de plus petit et de plus faible et c’est pour cela que les périodes au cours desquelles les chrétiens sont persécutés sont suivies de périodes de conversions. Comme le disait Tertullien dans sa célèbre formule : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens ».

La tentation identitaire c’est la tentation de détourner notre attention de la vie éternelle et de ce qu’il nous faut faire ici bas pour accéder au paradis : « Recherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné en plus » (Matthieu 6, 33).

La tentation identitaire, c’est aussi donner tort à saint Paul quand il déclare : « J’estime que les souffrances du moment présent ne sont pas dignes d’être comparées à la gloire qui va être révélée pour nous » (Romains 8, 18). C’est vivre en athée tout en se proclamant catholique.

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