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Si l’on chantait (la gloire de Dieu) ? Épisode 1. Le chant grégorien

© BERND THISSEN / AFP
Austrian Cistercian monks of 'Heiligenkreuz' monastery in the 'Wienerwald' perform Gregorian chants in a chapel of Bochum-Steipel Monastery, Bochum, Germany, 2 July 2008. The monks have so far sold 200,000 CDs. They are currently No1 of Austrian album charts, and reached No7 in the UK. Photo: BERND THISSEN
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Comment chante l'Église d'aujourd'hui ? Explication.

Tandis que les vieux carnets de chant paroissiaux à la couverture de cuir jaunissent tranquillement sous les bancs des églises, Ecclesia Cantic rassemblait, fin mai, près de 500 jeunes à Grenoble. Membres d’une chorale ou non, ces jeunes aiment chanter et surtout chanter la gloire de Dieu par le chant polyphonique (c’est-à-dire à quatre « voix » : soprane, alto, ténor, basse). Ils témoignent du renouvellement du chant liturgique à l’œuvre dans l’Église de France. Un chant qui ne fait pas table rase du passé, mais s’enrichit de sa longue histoire. Du chant grégorien aux chants charismatiques, comment chante l’Église d’aujourd’hui ? Retour (non exhaustif) sur les sensibilités musicales et vocales de ses fidèles…

Épisode 1. Le chant grégorien

Chant par excellence de l’Église universelle, le grégorien est cultivé comme un précieux joyau par les moines et moniales dans l’enceinte de leurs abbayes. Chant propre de la liturgie romaine, il accompagne la prière de l’Église catholique depuis des siècles. Le concile Vatican II l’a d’ailleurs qualifié de « trésor d’une inestimable valeur » (Constitution Sacrosanctum Concilium).

La particularité de ce chant réside dans son caractère « monodique », c’est-à-dire qu’il ne comporte qu’une seule voix. Autre caractéristique : le grégorien met en musique un texte sacré, issu de la Bible ou bien d’hymnes écrites plus tardivement (en latin).

« C’est une mélodie qui est extraordinairement fluide », explique Olivier Bardot, professeur au Conservatoire supérieur de région de Paris et professeur de chant grégorien et de polyphonie au séminaire de la Communauté Saint-Martin. « Elle n’est pas mesurée, ce qui veut dire qu’elle n’a pas de pulsation. Elle a simplement des appuis et elle se développe sur des tensions – arsis – et des détentes – thesis –, tout comme quand on récite une phrase parlée : on monte et on baisse le ton. »

L’Exultet – hymne chanté au début de la Vigile pascale pour proclamer la victoire de la lumière sur les ténèbres et annoncer la Résurrection du Christ – est ici interprété magistralement par un carme colombien, le père Alejandro Tobón :

Un chant pour tous

« Ce chant peut aussi bien être chanté par des hommes que par des femmes », note Pema Suter, maître de chœur à la schola Saint-Grégoire, qui forme religieux comme laïcs au chant grégorien. Elle reconnaît cependant que « la couleur n’est pas la même ». « Comme les femmes chantent plus haut, il ne faudrait pas tomber dans quelque chose de trop angélique ».

Celle qui est venue tardivement au grégorien, et qui avoue n’avoir jamais aimé écouter de disques de grégorien (!), a découvert ce répertoire car elle était passionnée par la liturgie de l’Église. « Il n’est pas difficile de se former au grégorien », assure-t-elle. « N’importe qui, avec un minimum de science musicale et d’oreille peut apprendre à le chanter. » Cela demande néanmoins « de la persévérance et du travail. » Pourquoi ? « Parce que ce chant est très différent des musiques modernes, et donc il faut un peu de temps pour s’habituer. »

Pour les plus réticents, sachez que « ce chant n’est pas réservé aux ‘tradis' », comme le dit Pema Suter. « Je leur suis reconnaissante de l’avoir fait survivre, mais il ne faudrait pas qu’ils se l’accaparent », précise-t-elle.

Un pied dans l’éternité

Quel est le secret de ce chant et de la force spirituelle qui s’en dégage ? « Ces mélodies ont été priées avant d’être mises en musique, elles sont le fruit de la lectio divina (la méditation prolongée d’un texte biblique, Ndlr). Leur composition s’étend parfois sur plusieurs siècles. Par ailleurs, beaucoup ont été composées par des moines, qui ont un pied dans l’éternité », indique Olivier Bardot.

Autre atout : les racines du grégorien rattachent ceux qui le chantent à des temps très anciens. Il vient de la « cantillation » des psaumes – la récitation avec différentes hauteurs de voix – qui existait déjà chez les Hébreux avant notre ère et qui est présente dans les premières communautés chrétiennes. « L’objectif était que la personne qui récite soit audible par le plus grand nombre et mette en valeur les différentes parties du texte sacré », raconte Olivier Bardot, qui est aussi professeur d’histoire. Ce répertoire se transmettait par voie orale jusqu’au IXe siècle.

Subtilité de l’histoire, son nom vient – à tort – du pape Grégoire le Grand, grand réformateur de la liturgie à la fin du VIe siècle. « Les appellations d’un phénomène ont souvent lieu longtemps après », explique-t-il. « Au Moyen Age, on a choisi la figure prestigieuse de ce pape pour donner du poids à ce chant face au chant « ambrosien » venu de Milan, un autre type de chant. » Habile.

Le grégorien à proprement parler naîtra durant les années 750. À cette époque, les Lombards envahissent Rome. Le Pape Étienne II vient trouver refuge à Saint-Denis, en Gaule franque. Il découvre alors un nouveau répertoire, chanté par les chantres dyonisiens. Avec l’aide de Pépin Le Bref, il fait fusionner les répertoires vieux-romain et gallican, donnant ainsi naissance au chant grégorien. Un peu plus tard, Charlemagne, en accord avec le pape, imposera ce chant comme répertoire unique à tout l’empire.

Les émotions du texte sacré

Mais ce qui fait le génie du grégorien c’est sans doute sa capacité à nous transmettre les émotions produites par le texte sacré. Selon Olivier Bardot, « les formules ont été choisies car elles mettent en valeur le texte ou un affect produit par le texte ».

« Elles nous touchent car on sent de manière très corporelle qu’il y a quelque chose qui nous dépasse, de l’ordre du mystère », ajoute-t-il. « C’est un chant très empirique, qui répond à des émotions très profondément ancrées en nous, indépendamment de toute culture. »

L’abbaye bénédictine de Solesmes (Sarthe) est considérée comme la Mecque du chant grégorien. C’est là que, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, sous l’impulsion de son père abbé, Dom Guéranger, les moines ressuscitèrent le répertoire, tombé dans l’oubli depuis la fin du Moyen Âge. Pour Dom Jacques-Marie Guilmard, ancien maître de chœur (retrouvez intégralement l’entretien avec Dom Jacques-Marie Guilmard), ce chant n’est pas un moyen de prier, il est une prière, inspirée de l’Esprit Saint. Cet Esprit qui nous fait crier « Abba » (« Père ») pour nous adresser à Dieu, comme le dit Saint Paul (Rm 8, 15).

Et quelle prière ! Selon ce moine dont le cœur a été façonné par ces cantiques sacrés, « le grégorien est un chant de méditation qui prend la forme de toutes les formes de prières possibles : adoration, louange, imploration, déprécation (demande de pardon), etc. »

Cette prière n’est pas « folklorique », met-il en garde. C’est « une prière complète », qui nous rattache à toute l’Église, dans l’espace et dans le temps.

Fondée par des moines de Solesmes, l’abbaye de Keur Moussa au Sénégal a adapté le chant grégorien aux rythmes africains :

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