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Les « katanas de Dieu » retrouvés au Japon ?

Angélique Provost - Alexandre Meyer - Publié le 06/06/16

48 sabres de samouraïs chrétiens datant de l'époque féodale auraient été mis au jour dans l'archipel.

L’orient possède un passé chrétien bien méconnu de notre vieille Europe, encore persuadée d’être la seule terre où fleurissent les saints du calendrier romain. Pourtant, au pays du soleil levant et des cerisiers en fleur, la foi chrétienne a longtemps persisté (et persiste encore) en dépit des persécutions, rendant toujours plus véridique l’adage de nos anciens sanguis martyrum semen christianorum : le sang des martyrs est semence de chrétiens.

Les martyrs chrétiens au Japon

Pour mieux connaître ces héros de la foi, l’année 2016 s’est ouverte en janvier par la béatification de Juste Takayama Ukon (1552-1615). Oui, un « Samouraï du Christ », c’est peu commun et pourtant cela existe.
Le martyre du bienheureux Juste Takayama Ukon n’est pas le seul en son genre. On compte aussi les belles âmes tombées à Nagasaki, tuées en 1597 et canonisées en 1862, ou des chrétiens assassinés pour leur foi en 1617 et 1632, béatifiés en 1867. On dénombre 395 d’entre eux au martyrologe romain.

« Nombreux sont les catholiques japonais d’aujourd’hui à penser que le martyre n’a rien à voir avec leur vie, car ils ne risquent pas d’être mis à mort au nom de leur foi en Christ, explique Mgr Kikuchi, évêque de Niigata. Mais une vie de martyr, c’est aussi une vie par laquelle on donne tout à Dieu, on renonce à tout pour l’amour de Dieu. »

Les dessous des katanas

Et pour témoignage de la chrétienté au quotidien d’un samouraï, le musée Sawada Miki Kinenkandans, dans la préfecture de Kanagawa, expose fièrement une cinquantaine de katanas (arme chérie de ces guerriers redoutables) qui dissimulaient dans leurs gardes des symboles chrétiens ! Des croix se dessinent alors sur ces morceaux de fer usés, des croix sous toutes les formes imaginables, plus ou moins épurées, certaines portant même un Christ souffrant.

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Les tsubas sont les gardes des sabres japonais (longs : katanas ou courts : wakizashi) des samouraïs chrétiens. Ici une tsuba tardive, probablement du XIXe siècle de l'entre-deux guerres, en métal embouti et sa croix rivetée côté manche, la tsuka © Nobuyuki Watanabe

Le journal japonais Asahi Shimbun rapporte les faits suivants : les recherches des scientifiques apprennent que ces armes ont été faites entre les années 1467 et 1598. Tout comme les croisés portaient, sur l’épaule gauche où le Christ lui-même porta le « Dulce lignum », la poutre horizontale de la sainte Croix, un tatouage bien visible, ces chevaliers du levant armaient le bras qui défend l’opprimé d’un memento de la Passion.

En 1587, le Shogun Toyotomi Hideyoshi, fort d’une armée de 150 000 hommes, défait tous ses adversaires, unit le Japon et en devient l’homme fort immédiatement sous l’empereur. La même année, il expulse les missionnaires jésuites tout en confisquant le port florissant de Nagasaki qui leur avait été attribué. En 1597, poursuivant la persécution antichrétienne, Il fait crucifier les vingt-six Martyrs de Nagasaki, presque tous Japonais, pour décourager les conversions.

En 1614, le christianisme, perçu comme une religion séditieuse, venue de l’extérieur est interdit par le son successeur au shogunat (gouvernement), Ieyasu Tokugawa. Le gouvernement japonais répand l’emploi du fumi-e pour démasquer les chrétiens : une image représentant la Vierge Marie et le Christ devait être piétinée devant des représentants de l’ordre. Toute personne qui s’y refusait était arrêtée sur le champ.

Dans la peau d’un samouraï

Un samouraï de la société féodale japonaise, c’est avant tout un chevalier. La vie de ces guerriers s’apparentait à celle de nos chevaliers chrétiens : les Samouraï, possédaient parfois des terres que leur offrait leur seigneur – le Daimyo – en remerciement de leur fidélité. Ces terres étaient cultivées par des paysans. Ils se craignaient et se respectaient mutuellement, mais n’obéissaient qu’à un seul homme, le Shogun, le commandant en chef de l’armée nationale. Mais ils étaient bien plus que des guerriers, ils avaient de vrais principes (bravoure, fidélité et loyauté etc.) et un code de l’honneur : le Bushido, emprunt de stoïcisme (aux nombreuses variantes, comme le Hagakuré). On naissait samouraï, on ne le devenait pas quoiqu’exceptionnellement, l’adoption d’un chevalier méritant par l’une de leurs familles était possible.

L’Église n’a donc pas hésité à canoniser les martyrs chrétiens qui se cachaient parmi eux, puisque ces hommes, outre le sacrifice de leur propre vie pour Dieu, s’étaient apprêtés à vivre et mourir parés des vertus, de la droiture et de la probité qu’impose un ordre de chevalerie.

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