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La vérité sur l’Église de Chine

© Sean SPRAGUE / CIRIC

Andrea Tornielli - Vatican Insider - Publié le 20/05/16

Un article de la revue "Civiltà Cattolica" démonte l’idée préconçue selon laquelle il y aurait "deux" Églises, une obéissant au Pape et l’autre au gouvernement chinois.

Un article du jésuite chinois Joseph Shih, paru dans la revue italienne La Civiltà Cattolica, dirigée par des pères de la Compagnie de Jésus, clarifie tant de lieux communs véhiculés par la presse qui s’obstine à dire qu’il existe deux Église en Chine : l’une « fidèle », obéissant au Pape ; et l’autre « patriotique », obéissant au gouvernement chinois.

« Mon opinion reflète celle des prêtres en Chine qui font la distinction entre la politique religieuse du gouvernement et la foi chrétienne », souligne le père chinois dans son article entièrement consacré à L’Église en Chine. Et il explique : « Le gouvernement chinois exige que l’Église catholique en Chine soit “indépendante”. Mais nous, on pense que cette indépendance demandée n’est possible que pour le politique et l’économie, mais pas pour le religieux. Alors nous suivons les mesures dictées par la politique religieuse du gouvernement comme n’importe quelle autre loi du pays, c’est-à-dire dans la mesure où notre conscience et notre foi le consentent ». Et sur ce point, le père jésuite a bon espoir que « le Saint-Siège et le gouvernement chinois trouvent un jour un accord ».

Les propos du père Shih, qui vit à Shanghai, tombent à un moment où « plusieurs indiscrétions » font état d’une intensification des rencontres entre les délégations vaticane et chinoise. Un cheminement lent et non privé d’obstacles, même si dans les milieux proches du Vatican on a bon espoir que celles-ci finissent par déboucher sur une normalisation des relations et donc sur un accord commun concernant la nomination des évêques en Chine.

Contrôle sur les religions

Le père Shih est très clair. Pour comprendre l’Église catholique en Chine, « il ne faut pas prendre trop à la lettre les déclarations des autorités chinoises, ne pas trop se fier des informations diffusées par les médias étrangers, et mieux connaître la foi des catholiques qui vivent en Chine ». Le gouvernement de Pékin impose aux cinq grandes religions reconnues sur son territoire – taoïsme, bouddhisme, islam, catholicisme, protestantisme et Confucianisme – « des organes de contrôle spécifiques » pour les diriger et gérer leurs mouvements. Pour l’Église catholique, au plan national, il y a le yihuiytuan, comprenant l’Association patriotique et la Conférence épiscopale, et au niveau local le lianghui, comprenant l’Association patriotique et la Commission pour les affaires religieuses. En réalité, explique l’auteur de l’article, « tant d’évêques et prêtres de l’Église catholique chinoise n’acceptent pas cette imposition. Le gouvernement le sait, les connaît et leur interdit alors tout rôle dans l’Église catholique chinoise, ne les considérant plus que comme les chefs d’une religion populaire non reconnue officiellement ». Ces derniers sont néanmoins autorisés à rester dans le pays sous la stricte condition « qu’ils ne nuisent ni à l’unité nationale ni à la paix sociale ».

Il n’y a pas deux Églises

Deuxièmement, insiste le père chinois, « ne nous fions pas trop aux nouvelles diffusées par les médias étrangers qui, généralement, acceptent les affirmations du gouvernement chinois, mais les expriment dans des termes plus familiers au monde chrétien. En appelant « Église officielle » la partie de l’Église catholique en Chine reconnue par le gouvernement, et « Église clandestine » celle qu’il ne reconnaît pas. En agissant ainsi, ces médias ont l’air de dire qu’il existe en Chine deux Églises catholiques: l’une « fidèle », qui obéit au Pape ; et l’autre « patriotique » qui obéit au gouvernement chinois.

Les évêques sont en communion avec le Pape

Cette question exige une meilleure connaissance de la foi des catholiques qui vivent en Chine. « Celle-ci, explique le père Shih, est décrite dans le catéchisme que les fidèles apprennent; à la messe à laquelle ils participent; et par les évêques auxquels ils obéissent. Le catéchisme est le même que celui qui était utilisé dans tous les diocèses chinois avant la fondation de la république Populaire de Chine. La messe est célébrée selon le Missel romain, déjà adopté dans les diocèses de Taïwan et de Hong Kong. Les évêques auxquels ils obéissent ont été nommés ou acceptés par le Pape ».

Le nombre des fidèles en hausse

Les catholiques qui vivent en Chine sont généralement « conscients de la présence des organes de contrôle, comme l’Association patriotique, dans les églises qu’ils fréquentent ». Ils voient ces organes comme « une ingérence indue du gouvernement » mais la « tolère dans la mesure où cela ne nuit pas à l’intégrité de leur foi catholique ». L’auteur chinois tient à préciser que même si Pékin est « déterminé à contrôler et diriger l’Église catholique dans le pays », la vie de cette dernière ne « correspond en fait pas aux désirs du gouvernement ». À Shanghai, par exemple, « le nombre des fidèles qui fréquentent les églises continuent à monter. On compte beaucoup plus de convertis, parmi lesquels divers jeunes intellectuels ». Pour le père Shih, « ces faits sont à attribuer non pas aux contrôles et mesures dictés par le gouvernement, mais à la vie même des fidèles, à l’intérieur de l’Église ».

L’Église et le gouvernement, deux entités bien distinctes

Il apparaît donc clairement que « malgré les contrôles sévères des autorités, l’Église et le gouvernement restent en Chine deux entités bien distinctes qui ne se mélangent pas. Motif pour le père jésuite de trouver « incorrect » que le gouvernement chinois fasse l’objet d’accusations dès que se vérifie quelque chose de négatif envers l’Église.

À propos de « lavage de cerveau »

Le père Shih révèle ensuite une anecdote liée au fait que les prêtres sont parfois conviés par les autorités gouvernementales à participer à un « cours de formation ». Pas de « lavage de cerveau », assure-t-il, « les prêtres n’ont pas peur d’y aller et en reviennent aussi calmes que lorsqu’ils sont partis ». Un jour, raconte-t-il, au réfectoire, je suis tombé sur un livre intitulé Lettres choisies des règles de la politique religieuse. Le nom de son propriétaire, un prêtre, était écrit sur la couverture. Je lui ai demandé s’il me le prêtait. Il m’a répondu : « Oui, prends-le. Je m’en suis servi pendant la formation ; maintenant ça ne me sert plus. Il y a dedans tout ce qu’ils nous disent ».

Et puis, « un autre jour, à la télévision, une nouvelle a attiré mon attention car je connaissais la personne qui l’annonçait ». Elle parlait de « cinq avancées et cinq changements dans l’Église chrétienne » et faisait état d’un cours de formation du personnel religieux dans la province de Sichuan, où était enseignée une nouvelle interprétation des dogmes chrétiens. Selon le journaliste, « cette nouvelle interprétation était nécessaire, pour permettre à l’Église chrétienne de s’adapter à la société socialiste chinoise ».

Les prêtres ne partagent pas les contenus

Après la découverte du livre au réfectoire et la nouvelle à la télévision, le père jésuite, auteur de l’article sur Civiltà Cattolica, dit avoir compris le comportement de ses confrères à Shanghai : « Ils ont accepté la convocation du gouvernement et sont allés aux cours de formation sans peur, car ils ont un concept de ces cours qui n’est pas celui du gouvernement. Pour ce dernier, ces cours doivent former les prêtres aux pratiques de sa politique religieuse. Le gouvernement veut que l’Église chrétienne se conforme à la société socialiste. Si bien que l’Église doit changer, en modifiant aussi l’interprétation des dogmes. Mais pour les prêtres, même si cette formation est obligatoire et qu’ils ne peuvent y déroger, ils n’en partagent pas pour autant les buts et les contenus ».

Situation pas idéale, mais…

« L’Église et le gouvernement restent donc en Chine deux entités bien distinctes, tient à insister le père chinois. Leurs relations sont délicates, parfois confuses, et il est difficile de les cataloguer de manière claire, comme on aime souvent faire en occident ». Le père Shih reconnaît que la situation de l’Église catholique en Chine n’est pas une situation idéale et que les décisions du Saint-Siège la concernant n’ont pas toujours fait l’unanimité parmi les fidèles en Chine. Mais, affirme-t-il, il est impératif que celui qui parle de l’Église en Chine « tienne compte des circonstances réelles des faits ». La critiquer en n’indiquant que ses défauts « serait une erreur », estime-t-il. Pour le père jésuite, sont plus à critiquer ceux qui essaient d’insinuer que l’Église en Chine n’est pas loyale, induisant ainsi les fidèles à ne plus lui faire confiance à l’Église.

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