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Nuit de rien

©Simon Guillemin / Hans Lucas
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Immersion au cœur du mouvement contestataire « Nuit debout ».

Place de la République, au bout des grands boulevards, on flâne, on visite, on musarde. Il est 18 h en ce début de mois de mai et, depuis plusieurs semaines maintenant, une population étrange autogouverne cette parcelle de macadam et tient salon tous les soirs.

On peut s’arrêter par curiosité sur les quelques slogans bien visibles, tagués sur des draps ou à même le parvis. On liste les mots compliqués (un tel est antispéciste, une autre lutte pour les omnisexuels) qui meublent des conversations ralentie (par l’herbe, la bière, la fatigue ou la paresse).

La nuit vient, et un peu plus de monde avec elle. Les conversations lassent, les même rengaines sont répétées à tout va, patrons, politicards, système, capitalisme, décroissance, autogestion, fascisme, etc. Les cartons brandis résument tout : « Devenons ingouvernables ». Bonne idée !

Les anarchistes ne sont pas légion, ils veulent assassiner les monarques de leur temps… L’idée n’est pas neuve, mais les moyens régressent : seulement quelques pétards à faire claquer devant les CRS. Les syndicalistes, les communistes barbus brandissent encore leurs drapeaux rouges, étoffes usées par le poids d’une faucille et d’un marteau devenus anachroniques.

Plus loin, les badauds forment un large cercle au milieu duquel deux ou trois personnes se livrent à une impressionnante chorégraphie de breakdance. À l’heure où les salariés sortent de leur journée de travail, ceux là rampent, se convulsent et s’agitent sur des rythmes binaires crachés par des enceintes agressives.

Pourquoi ne s’arrêter que sur la forme ? Pourquoi dresser le portrait de ce que sont ces nuits, mélange de « fêtes citoyennes » et de « prises de paroles engagées » ? Pourquoi moquer les slogans éculés distribués par des adolescents typés « enfants de profs » qui se rêvent soixante-huitard pour un soir ? Pourquoi ? Car ils oublient qu’ils ont porté, pour la plupart avec joie, pour les autres par abstention, le gouvernement actuel au pouvoir. Ils mesurent à présent le mépris des sociaux-démocrates pour les revendications ou l’avis du peuple… tard, si tard.

Voila bientôt 25 ans qu’Antoine Blondin nous a quittés. Le romancier, auteur de Monsieur Jadis ou l’école du soir, faisait ainsi parler son personnage en 1970, à propos des « événements de mai » – une sorte de Philippe Muray avant l’heure :

Assis par petits paquets sur le bord du trottoir, des adolescents, égarés dans quelle dimension, offraient la gravité lointaine d’un casse-croûte de cantonniers au revers d’un talus : ceux-ci, les coudes sur les genoux, l’œil à l’horizon, semblent soudain s’absenter dans une mastication tragique et immobile où seule la main rituelle improvise une géométrie fascinante sur le pain. Ainsi du geste absorbé des fumeurs : ils font chanvre à part jusqu’à ce qu’une guitare les accorde. Déjà le printemps agitait sur le quartier l’imminence d’un crépuscule hippy.

Crépuscule hippy… Nuit debout n’invente donc rien, après les Indignés, après Occupy Wall Street, après tant d’autres protestations citoyennes et festives, c’est la même indignation sélective qui s’opère : pendant qu’on dort debout place de la République, on se plie en deux, à Alep, pour éviter les balles… mais qui s’en soucie ?

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