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« L’Occident est complice du génocide qui se déroule en Syrie »

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Entretien exclusif avec le primat de l’Église catholique syriaque, Mar Ignace Youssef III Younan.

Aleteia a rencontré à Rome Sa Béatitude Ignace Youssef III Younan, patriarche d’Antioche, primat de l’Église syriaque catholique.

Aleteia : Que dire de la situation en Syrie ?
Mar Ignace Youssef III Younan : Le conflit continue ; les deux côtés ont des armes, des partisans. J’ai vu les destructions à Al-Qaryatain et Palmyre. La communauté internationale s’est davantage  préoccupée des monuments archéologiques de Palmyre que des victimes innocentes. Les chrétiens sont une minorité persécutée ; nous ne sommes pas d’accord avec ceux qui détruisent le pays, mais ceux qui ont incité les terroristes et les rebelles à commettre des meurtres sont coupables, tout comme ceux qui restent indifférents devraient être punis.

À Turin, j’ai dénoncé la complicité des dirigeants occidentaux qui savaient certainement qu’ils incitaient à la violence et que la vente d’armes pourrait détruire le pays. Si vos lecteurs en Occident considèrent vivre dans des démocraties, ils doivent dire à leurs gouvernements qu’ils participent au génocide des minorités, notamment chrétiennes. On ne peut plus accepter les dires des médias et des politiques, ni fermer les yeux sur les atrocités au XXIe siècle.

Les Russes ont fait en un mois plus que l’Occident en deux ans. Pour l’Amérique et l’Occident, la Syrie avance vers la démocratie. Pourquoi ne pas exterminer l’État islamique et Daesh ? L’opportunisme rampant est évident.

En ramenant douze musulmans, le Pape a voulu montrer que le christianisme ne fait pas de discrimination. Il a rencontré le vice-président américain, Joe Biden. Il doit clairement dire que les politiques occidentales sont contraires aux principes de charité et de justice. Les démocraties occidentales ne peuvent s’exporter là où religion et État ne font qu’un.

Tous les musulmans ne sont pas des terroristes, mais les terroristes du XXIe siècle sont jusqu’à présent tous musulmans. Les mosquées devraient appeler à la coexistence et à la paix et non s’attaquer aux « infidèles ». J’ai vécu le conflit syrien. Outre les déracinés d’Irak, 140 000 personnes ont dû fuir le Kurdistan. Les églises apportent toute l’aide possible, mais ne peuvent répondre à tous les besoins des migrants.

Il y aura toujours des mécontents ; ceux qui voudront que nous les aidions à être mieux accueillis par les pays européens. Nous ne le pouvons pas ; cela signifierait vider nos terres des communautés chrétiennes qui y vivent depuis des milliers d’années ;  mais je comprends leurs préoccupations. Nous essayons de proposer une formation aux jeunes. Beaucoup ont perdu foi en l’avenir. Comment les aider à rester ?

Les patriarches d’Orient peuvent-ils faire pression pour aider la minorité chrétienne à quitter les camps de réfugiés ? Et pour arrêter la guerre ?
Beaucoup sont au Kurdistan, dans des tentes, des bâtiments abandonnés ou des appartements en partie payés par l’Église. Nous essayons d’aider ceux qui sont hors d’Irak, au Liban ou en Jordanie, sans demander aux consulats des visas pour quitter le pays pour ne pas donner l’impression d’encourager l’émigration, sans nous ingérer dans les actions du clergé local qui connaît mieux la situation que nous.

Nous devons être des pasteurs et dire la vérité à tout le monde. La communauté internationale doit demander à ces pays de ne pas mélanger religion et gouvernement. Pourquoi n’est-elle pas intervenue pour demander à l’Arabie saoudite qui a l’espace, l’argent et du pétrole, d’héberger ces gens ? Difficile à comprendre…

L’Arabie saoudite a peut-être d’autres intérêts ?
Si les Occidentaux sont sincères, ils devraient le dire, au lieu de nous faire croire que le système de gouvernement saoudien est meilleur que celui de la Syrie.

Dick Black, sénateur de Virginie, est le premier élu américain à dire la vérité : « Ce qui s’est passé en Syrie n’est pas un mouvement de l’intérieur ; il est dicté de l’extérieur ». Espérons qu’il sera entendu dans son pays : les centaines de milliers de morts, de blessés et les millions de réfugiés fuyant leur pays constituent un crime dont sont complices ceux qui tuent, comme ceux qui ont financé et encouragé cela, car ils ne sont pas honnêtes.