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Comment dire à ma fille que j’ai avorté ?

Katrina Fernandez - Publié le 10/05/16

Ayant élevé mon aînée dans les principes de défense de la vie, elle doit savoir de quoi il en retourne.

Une lectrice nous a écrit :

« J’ai avorté à 23 ans. C’était il y a vingt ans et j’ai aujourd’hui trois merveilleux enfants que j’élève avec mon mari. L’aînée a 15 ans et commence à sortir avec des garçons. Nous nous préoccupons de ses fréquentations et même si nous prônons l’abstinence jusqu’au mariage, nous voulons qu’elle sache que si elle ou l’une de ses amies tombaient enceintes, elle pourrait se tourner vers nous. Elle sait que nous sommes fermement opposés à l’avortement. Dois-je parler à ma fille de l’avortement que j’ai subi quand j’étais jeune ? J’ai peur en le lui cachant de garder pour moi des informations qui pourraient lui éviter pas mal de problèmes. J’ai peur en le lui disant qu’elle se mette en colère, soit déçue ou pire, qu’elle me trouve hypocrite. Je ne voudrais certainement pas qu’elle pense que c’est un geste facile d’avorter. J’ai connu ensuite une grosse dépression et il m’a fallu des années pour me pardonner et trouver la paix. Je pense qu’elle doit savoir combien les conséquences d’un tel acte sont durables et dévastatrices. Qu’en pensez-vous ? N. »

Chère N.,

C’est un bien lourd fardeau que vous portez, je l’ai porté moi aussi. Je suis heureuse d’entendre que vous avez trouvé la paix. Le sujet que vous évoquez est si important que désormais les anonymes, les célébrités et les médecins sortent du silence. Il devrait, je pense, être abordé plus souvent dans les médias.

Votre fille mérite de savoir que l’avortement a des conséquences souvent dévastatrices et toujours durables. En tant que parent, vous avez la responsabilité d’en parler avec vos enfants. Il est difficile d’admettre nos erreurs, surtout devant nos enfants. J’ai moi-même eu honte pendant des années jusqu’à ce que je réalise qu’il y a une différence entre avoir honte de ce que l’on a fait et avoir honte de qui nous sommes. J’ai honte d’avoir subi deux avortements mais ces erreurs ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui – une femme et une mère engagée qui prône la vie parce qu’elle en connaît le prix.

Votre passé vous donne un point de vue unique et spécial sur ce sujet. Votre fille a entendu le refrain « Mon corps, mon choix » depuis la petite école mais vous savez personnellement que l’enjeu est bien plus grand : l’avortement entraîne des années de culpabilité et, dans son cas, l’absence d’un grand frère ou d’une grande sœur.

Votre fille n’a pas à vous juger mais les enfants voient les problèmes de façon simple et claire. Avorter c’est supprimer une vie. Supprimer une vie c’est mal. Préparez-vous à lui expliquer les tourments qui furent les vôtres, la vie que vous viviez lorsque vous avez pris cette décision et les raisons qui vous ont poussée à la prendre. Peut-être êtes-vous en mesure de lui offrir une aide précieuse dont vous avez manqué à l’époque.

Peut-être que les années ont dissipé la peur d’accueillir un enfant seule ou trop jeune, sans carrière ni argent, car vous avez compris que cette quête du « moment parfait » était illusoire. Peut-être avez-vous compris que la maturité qui vous faisant tant défaut à l’époque n’était qu’un prétexte. Peut-être avez-vous beaucoup d’autres choses à lui dire.

Vous avez aujourd’hui la sagesse et l’expérience que vous n’aviez pas à son âge pour discerner le bien du mal, les « accidents » de la vie des véritables drames. N’oubliez pas d’en parler à votre mari. Prenez soin d’inclure Dieu dans ce travail de vérité : Il sait déjà tout de vous et ne retient que vos qualités et non la somme de vos défauts. Exactement comme vous et votre fille ! Préparez-vous spirituellement et émotionnellement, car raviver le passé est parfois douloureux…

Katrina Fernandez est contributrice de l’édition américaine d’Aleteia. Elle écrit sur la monoparentalité, le célibat ou l’autodépréciation des femmes depuis plus d’une décennie.

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