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L’Utopie 500 ans après

Louise Alméras - Publié le 02/05/16

Cinq siècles les séparent, mais l’événement "Nuit debout" rappelle étrangement l'ouvrage de l'anglais Thomas More.

Nuit debout fille de l’Utopie ?

« Malheur au pays où l’avarice et les affections privées siègent sur le banc des magistrats ! » Ce cri date de l’année 1516. Un signal aux accents si modernes qu’il aurait pu être lancé sur la célèbre esplanade parisienne, symbole de ce vestige dont Thomas More dénonçait la trahison en s’inspirant de la République d’Aristote : la place de la République. Le plus illustre humaniste anglais a été canonisé par l’Église catholique romaine en 1935, et l’Institut Thomas More permet de perpétuer sa pensée et de vivifier son œuvre si moderne.

Les revendications du mouvement français sont assez floues et disparates, mais elles révèlent en tout cas une volonté commune de changement par l’échange et l’usage, sinon de la raison, au moins de la parole.

Juriste au service de la couronne anglaise alors coiffée par Henri VIII, Thomas More ne se plaçait pourtant pas du côté du peuple. Mais les abus, les corruptions, le racket, les injustices, l’iniquité des lois, la richesse ne profitant qu’aux riches ne le laissaient pas indifférent.

Il se lança dans ce rêve d’un autre monde pour échapper à la réalité, mais aussi pour trouver un moyen de s’exprimer en échappant à la censure. La fiction est reine de toutes les folies, puisque c’est ainsi qu’on résume généralement une réalité appelée de ses vœux. Thomas More réagissait surtout en humaniste à la violence révoltante d’une société féodale, matérialiste et infidèle à sa vocation de Cité chrétienne. Réaliste intransigeant, il était attentif à l’inacceptable.

Commander à des hommes libres

Le chancelier anglais écrit par exemple :

« Un roi qui aurait soulevé la haine et le mépris des citoyens, et dont le gouvernement ne pourrait se maintenir que par la vexation, le pillage, la confiscation et la mendicité universelle, devrait descendre du trône et déposer le pouvoir suprême ». En employant ces moyens tyranniques, peut-être conservera-t-il le nom de roi, mais il en perdra le courage et la majesté. « La dignité royale ne consiste pas à régner sur des mendiants, mais sur des hommes riches et heureux. (…) Ô vous qui ne savez gouverner qu’en enlevant aux citoyens la subsistance et les commodités de la vie, avouez que vous êtes indignes et incapables de commander à des hommes libres. »

Ses idées sont précises et complètes, allant du nombre d’habitants, de familles à la largeur des routes, de la relation entre les citoyens à l’organisation des repas. Il accorde surtout une place non négligeable aux « Arts et métiers ». Si Nuit debout s’est monté en réaction à la loi travail El Kohmri, More exprime des siècles plus tôt son rejet de l’esclavage — qu’il réserve toutefois aux condamnés ! —, mesure la quantité du travail matériel à fournir ou à interrompre en cas d’abondance des produits, pour laisser la population cultiver son intelligence par l’étude des sciences et des lettres. Une autre de ses préoccupations était de donner la priorité à l’apprentissage de l’agriculture. Avec le « potager debout » sous les dalles de granit de la place de la République nous y sommes presque.

L’homme politique chez Thomas More, cède la place au philosophe, qui conseille et raisonne plus qu’il n’impose, nous offrant ainsi une réflexion attachante sur la possibilité de développement édifiante d’un pays équilibré. More comme ses Utopiens, les habitants de l’île Utopie, à l’instar des mouvements spontanés actuels appellent de leurs vœux une République exemplaire où la propriété individuelle et l’argent seraient abolis, une république de citoyens vertueux, amoureux de sagesse et de paix. Mais, prudent, saint Thomas More termine son œuvre dans un sursaut de lucidité : « Je le souhaite plus que je ne l’espère. »

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FranceNuit debout
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