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Le grand entretien (1/2). Martin Steffens : « L’amour, c’est continuer d’aimer même quand on n’y trouve plus son compte »

© Stéphane OUZOUNOFF / CIRIC
08 octobre 2011 : Martin STEFFENS, philosophe. Les Etats généraux du Christianisme, Université catholique de Lille (59), Lille, France
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Première partie de la rencontre avec l'auteur de "Rien que l'amour", Prix 2016 de la littérature religieuse.

L’auteur du très remarqué Petit traité de la joie, Prix humanisme chrétien 2013, revient cette année avec un nouvel essai, récompensé par le Prix 2016 de la littérature religieuse. Il s’est confié à Aleteia sur sa vision du mal, de la souffrance et de la mission du chrétien à l’ère moderne.

Aleteia : Notre société rejette volontiers la figure du diable. Il est pourtant bien parmi nous ?
Martin Steffens : Oui, et savoir cela nous permet de ne pas accuser tel ou tel homme nommément. Cela nous permet donc d’entrer nous-même, comme je le fais dans Rien que l’amour, dans le combat spirituel. On diabolise son ennemi pour ne pas avoir à traverser soi-même ce combat. Or il n’y a qu’un seul ennemi, celui que saint Ignace nommait « l’ennemi de la nature humaine », celui qui a définitivement perdu au terme de la Passion.

Le christianisme est une religion de l’absolu. Comment réinventer à l’ère moderne l’héroïsme nécessaire pour vivre le Christ ?
« Absolu », étymologiquement, veut dire « délié ». Le christianisme n’est pas une « religion de l’absolu » au sens où, par lui, on sacrifierait tout lien aux autres. Ce sont les sectes qui s’occupent de cela. Et les États totalitaires, comme Daesh. Au contraire, le christianisme est une religion du lien, et peut-être même du relatif : rien ici-bas ne vaut absolument, mais seulement comme relié à Dieu, qui est Lui-même, en Son sein, relation amoureuse, Trinité. La France, par exemple, ne vaut pas absolument, mais relativement à la nourriture qu’elle apporte aux âmes de celles et ceux qui la peuplent. De même la santé ne vaut pas absolument, mais comme moyen de plus grand qu’elle, comme aventure de la sainteté. Comprendre cela ouvre sur le véritable héroïsme : abandonner nos sécurités si elles nous coupent de l’aventure que Dieu propose à l’homme en révélant qui Il est. Et vous avez raison: c’est une aventure. Il faut tout risquer… pour tout gagner. Il faut ainsi apprendre à lire dans l’épreuve qui nous enlève à notre confort une occasion de devenir toujours plus un disciple de Jésus. Vous me demandez comment susciter cet héroïsme… Peut-être en montrant la pauvreté de ces idoles qu’on érige en absolu et la vanité de ces soucis qui nous occupent. Non, on ne s’ouvre pas à la vie éternelle comme on gagne des points-retraite. Mais en donnant tout. Rien que l’amour est un livre difficile, car il dit la fragilité de nos sécurités, de toutes ces sécurités qui, au final, nous protègent plus de Dieu que du mal.

Finalement, notre société hédoniste a en fait peur de l’Amour vrai qui ne souffre aucune compromission ?
Le plaisir, fondement et but de l’hédonisme, c’est aimer l’autre à travers l’effet positif qu’il a sur moi. C’est plus généralement aimer la vie tant qu’elle est agréable. L’amour, au contraire, c’est continuer d’aimer, quand bien même l’on n’y trouve plus son propre compte. L’amour est mieux qu’hédoniste, il est fidèle et inventif: il ne commence vraiment que quand on croit qu’il finit. Car si je quitte ma femme parce qu’elle ne me fait plus d’effet, n’est-ce pas que je n’ai jamais aimé d’elle que l’effet qu’elle avait sur moi ? Et donc que je n’aimais que moi-même ? Alors peut commencer l’ouverture du cœur à cet autre qui est plus que l’effet agréable qu’il a sur moi.

Propos recueillis par Camille Tronc

COUV1re_steffens_rienquelamour_HD - copie
© Salvator

Rien que l’Amour : Repère pour le martyre qui vient de Martin Steffens. Éditions Salvator, octobre 2015, 90 pages, 10 euros.

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