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Le Pape à Lesbos, un voyage œcuménique et géopolitique

La pape François, entouré de Bartholomée Ier, le patriarche de Constantinople qui exerce une primauté honorifique au sein des patriarches orthodoxes, et Ieronymos, l'archevêque orthodoxe d'Athènes et de toute la Grèce, observent une minute de silence à Lesbos en hommage aux migrants décédés en mer en tentant de rejoindre l'Europe © LOUISA GOULIAMAKI / AFP
Pape François, patriarche Bartholomée et l’archevêque Hiéronyme - Lesbos (avril 2016) / AFP PHOTO / LOUISA GOULIAMAKI
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Beaucoup se sont arrêtés sur l’image des douze réfugiés musulmans, mais bien peu ont lu son discours.

Pourtant, le bref discours prononcé dans le camp de Lesbos, et surtout la déclaration conjointe du Pape et des Patriarches d’Athènes et de Constantinople, permettent d’approfondir le sens d’une visite qui est beaucoup plus politique qu’il n’y paraît.

Un voyage œcuménique

Le Bureau de presse du Saint-Siège avait prévenu avant le départ du Pape que ce voyage était œcuménique et humanitaire. L’œcuménisme est le fil rouge de la diplomatie de François, lui qui aime à rappeler ce tragique « œcuménisme du sang » que vivent les chrétiens d’Orient. Il y a eu la rencontre fondamentale à Cuba avec le patriarche de Moscou, il y aura, au mois de juin, la rencontre de Crète entre toutes les Églises orthodoxes, et il y a eu cette rencontre de Lesbos. C’est la deuxième fois qu’un Pape se rendait en Grèce, la première étant Jean Paul II à Athènes, en 2001. Quand on connaît la prévention et l’inimitié que les orthodoxes grecs ont pour les catholiques, cette rencontre n’est nullement anodine.

N’est pas anodin non plus le fait d’avoir fait se rencontrer le patriarche de Constantinople et celui d’Athènes alors que, là aussi, les antipathies ont pu être très fortes dans le passé. Cette rencontre cimente l’œcuménisme au sens propre, c’est-à-dire la réunification de l’oekoumène, l’unité de tous les chrétiens. C’est là un geste religieux et également politique. Il s’agit de dire que seule l’unité des chrétiens permettra de résoudre les défis posés par le monde multipolaire qui est le nôtre.

L’accueil des douze migrants fut un autre geste politique de grande ampleur. Si l’irénisme est parfois de mise dans les communautés ecclésiales, voire un aveuglement volontaire face aux réalités de la crise migratoire, cela ne semble pas être le cas du Pape qui a abordé les vraies raisons de cette crise.

Regarder face à face la réalité

La déclaration conjointe est une véritable leçon de géopolitique qui ose regarder la réalité en face. Elle rappelle que l’origine de ces migrations se trouve dans les conflits et les violences que subissent les populations civiles « L’opinion mondiale ne peut pas ignorer la gigantesque crise humanitaire créée par la propagation de la violence et du conflit armé, par la persécution et le déplacement de minorités religieuses et ethniques ainsi que par le déracinement des familles de leurs maisons. »

Lors de la conférence de presse donnée dans l’avion du retour, le Pape a été plus explicite, en évoquant les trafics humains et les ventes d’armes qui alimentent ces guerres.

La déclaration rappelle la nécessité de lutter contre les « causes sous-jacentes » de ces déplacements forcés de population. Il ne s’agit donc pas de traiter uniquement les effets (par exemple par l’accueil des migrants), mais surtout d’aller résoudre les causes de la déstabilisation du Moyen-Orient.

Le passage suivant est probablement un des plus importants de la déclaration :

Nous appelons tous les dirigeants politiques à utiliser tous les moyens afin d’assurer que les individus et les communautés, y compris les chrétiens, restent dans leurs pays et jouissent du droit fondamental à vivre en paix et en sécurité. Un large consensus international et un programme d’assistance sont d’une nécessité urgente pour soutenir le droit, pour défendre les droits humains fondamentaux dans cette situation insoutenable, pour protéger les minorités, pour combattre la traite et le trafic humains, pour éliminer les routes qui ne sont pas sûres, telles que celles à travers la mer Égée et toute la Méditerranée, et pour développer des procédures de réinstallation sûre.

Usage de la force militaire et éradication des mafias

Appel d’une part aux dirigeants politique à « utiliser tous les moyens » pour résoudre les causes de la crise. C’est-à-dire moyens diplomatiques et humanitaires, mais aussi moyens militaires. Cela rappelle la déclaration du Pape dans l’avion à son retour de Corée, où il avait légitimé l’emploi de la force armée pour rétablir la paix (ce que font les Russes en ce moment). Quand on parle de « tous les moyens » on est très loin de l’irénisme et de l’aveuglement géopolitique, de même que lorsqu’on évoque le combat contre « la traite et le trafic humains ». Tous les connaisseurs du dossier comprennent qu’il s’agit là des mafias, et notamment de la mafia albanaise, qui a infiltré la Libye et qui est en train d’infiltrer les côtes françaises de la Manche. Le trafic de migrants leur rapporte plus d’argent que le trafic de drogue.

Rester chez soi ou y revenir

Autre élément de ce passage, le droit pour les migrants de rester chez eux, et de pouvoir y revenir : « [Que les chrétiens] restent dans leurs pays et jouissent du droit fondamental à vivre en paix et en sécurité » et « développer des procédures de réinstallation sûre ». Dans les propos du Pape, présents dans cette déclaration et réaffirmés dans la conférence de presse, l’accueil est provisoire. Il ne s’agit donc pas d’effectuer un vaste transfert de population du Moyen-Orient vers l’Europe, mais d’accueillir provisoirement ceux qui fuient la mort, de résoudre les causes de leur fuite, et de leur permettre de revenir. Nous sommes là trois loin de la politique prônée par l’UE qui fait appel aux flux migratoires pour que les populations restent définitivement en Europe.

Plus loin dans la déclaration il est dit ceci :

[Il faut œuvrer] pour le retour honorable de ceux qui ont été contraints à abandonner leurs maisons. (…) Car, tant que le besoin perdure, nous exhortons tous les pays à étendre l’asile temporaire, à offrir le statut de réfugié à ceux qui sont éligibles, à accroître leurs efforts d’assistance et à travailler avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté en vue d’une fin rapide des conflits en cours.

Si le statut de réfugié offre l’accueil et prépare le retour sur sa terre. Il est bien fait cas ici « d’un asile temporaire ».

Abattre le rideau de fer de l’Orient

Le geste d’accueil des familles musulmanes est lui aussi un geste éminemment géopolitique ; un de ces coups de boutoir qui peuvent faire tomber le rideau de fer oriental. On constate que celui-ci est ordonné : les personnes accueillies ont des papiers en règle et ce sont des familles, non des faux réfugiés ou des travailleurs clandestins. Du reste, beaucoup de personnes ont obtenu de faux passeports syriens fabriqués par la Turquie pour essayer de se faire passer pour réfugiés. L’accueil est également proportionné aux capacités d’accueil et d’intégration.

Enfin, c’est un geste qui ne peut manquer d’ébranler un monde musulman qui est en pleine effervescence et, à bien des égards, au bord d’un effondrement. La notion de l’oumma, la communauté des croyants, est une notion essentielle du monde musulman. Or, que constate-t-on ? Des musulmans djihadistes bombardent et tuent des populations musulmanes, qui sont rejetées par des pays musulmans pourtant très riches (Arabie saoudite, Qatar). Sur le terrain, l’oumma est donc inexistante.

Les seuls qui les aident sont ceux qui sont censés être leurs ennemis, c’est-à-dire les chrétiens maudits. L’allié se révèle être un ennemi, et l’ennemi, un allié. Il y a là quelque chose de troublant. Face à la violence de l’islam djihadiste, la réponse du Pape est d’y opposer la force du droit et de la charité, c’est-à-dire la force de la lucidité, quand certains chrétiens sont parfois tentés par l’irénisme, qui est une autre forme de violence. Il rompt ainsi la montée aux extrêmes, que René Girard a très bien théorisée.

Libre à chacun d’interpréter ce voyage et ce geste comme il le voudra. Le rôle de l’historien est d’abord d’essayer de comprendre les motivations et les pensées de l’homme qui l’a commis. Et, en rajoutant les paroles aux images, d’essayer de sortir d’un film en noir et blanc.

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