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Quand se lève de Corée du Nord « une critique vivante du totalitarisme »

Portrait de Pierre Rigoulot, historien, directeur de l’Institut d’histoire sociale et spécialiste de la Corée du Nord © Violaine Plagnol
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À l’occasion de la publication de l'œuvre du dissident Bandi en France, rencontre avec Pierre Rigoulot, historien et spécialiste de la Corée du Nord.

Aleteia : Dans quel contexte ce recueil de nouvelles a-t-il été publié ?
Pierre Rigoulot : Ces textes bien qu’écrits il y a plus de vingt ans, entre 1989 et 1995, sont sortis récemment de Corée du Nord de façon clandestine. Ils ont été publiés en 2014 en Corée du Sud mais étonnamment, ils n’y ont été que très peu remarqués. Ils ont selon moi un intérêt tout particulier car c’est la première fois qu’une œuvre littéraire nord-coréenne a une telle portée politique. Ces contes sont en effet une critique vivante du totalitarisme. Leur authenticité est pourtant questionnée notamment par certains intellectuels de gauche sud-coréens. Mais si l’hypothèse d’un faux ne peut être niée, elle reste néanmoins très improbable. La meilleure réponse que l’on puisse apporter à ces doutes serait, selon moi, d’obtenir de nouveaux textes de Bandi…

Peut-on comparer Bandi à Soljenitsyne ?
Bandi et Soljenitsyne ont un point commun, ils ont fait passer clandestinement hors de leur pays des textes littéraires critiquant de façon féroce le communisme. En revanche, il est difficile de comparer les trois tomes de L’Archipel du Goulag où Soljenitsyne dresse un vaste panorama du goulag aux sept nouvelles de fiction de Bandi.

De plus, Bandi manie beaucoup l’humour, ce qui le rapprocherait davantage d’un auteur comme Alexandre Zinoviev qui se moquait allègrement du régime communiste.

Enfin, les textes de Bandi restent assez sombres. Soljenitsyne me paraît d’une certaine façon plus optimiste, notamment dans son roman Une journée d’Ivan Denissovitch. On a l’impression qu’en lisant Bandi, la situation des gens simples est plus triste. Et si l’on veut poursuivre dans les comparaisons, on pourrait dire que Bandi se rapproche aussi d’un auteur comme Chalamov, en ce sens où il rapporte l’horreur de la vie des gens simples et la déshumanisation des camps.

Pourquoi cet ouvrage a-t-il reçu un accueil mitigé en Corée du Sud ?
C’est effectivement très étonnant. On a l’impression que la population sud-coréenne ne veut pas savoir ce qui se passe en Corée du Nord. Les jeunes en particulier n’en ont aucune envie. Pour eux, la Corée du Nord, c’est la planète Mars. Je pense aussi que pour les Coréens du Sud, il ne doit pas être si facile de critiquer d’autres Coréens. D’autre part, les autorités du Sud dénoncent l’agressivité et les atteintes aux droits de l’Homme du Nord mais pas le communisme. La population sud-coréenne ne connait pas vraiment le fonctionnement d’un régime communiste totalitaire. Peut-être que Bandi n’est pas si facile à comprendre pour eux ?

Mais nous observons heureusement des signes très encourageants. Alors que la France a été le premier pays étranger à publier ces textes, les droits de traduction ont déjà été achetés par une quinzaine d’éditeurs notamment au Japon, à Taïwan et aux États-Unis…

En vidéo, pour mieux connaître le combat contre les atteintes aux droits de l’homme en Corée du Nord de Pierre Rigoulot :

Propos recueillis par Violaine Plagnol

 

 

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