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« Les Malheurs de Sophie » : le pari d’une adaptation réussie

Jean-Louis Fernandez

Maëlys Delvolvé - Publié le 26/04/16

Réveillez la Sophie ou la petite fille modèle qui sommeille en vous…

On ne présente plus la petite Sophie de Réan. Petite fille espiègle et indomptable, Sophie enchaîne les bêtises, toutes plus inventives et infernales les unes que les autres. Tour à tour, elle laisse sa jolie poupée de cire fondre au soleil et la rend ainsi aveugle, lui coupe les cheveux, l’ampute de ses deux pieds, lui offre en guise de déjeuner les poissons rouges de sa maman soigneusement découpés, recueille un petit écureuil auquel elle inflige les pires traitements… Malgré les punitions, Sophie semble ne jamais apprendre de ses bêtises, laissant sa maman désemparée et fatiguée d’avoir une petite fille si peu docile.

Pourtant, la vie de Sophie bascule lors de son voyage aux États-Unis, où son père a prévu de vivre deux ans. En quelques mois, elle devient orpheline, et se retrouve sous la tutelle de sa grotesque et sadique belle-mère, Madame Fichini. Lorsque celle-ci décide de rentrer en France avec Sophie, cette dernière retrouve ses amies Camille et Madeleine de Fleurville, chez qui elle finira par trouver refuge.

L’histoire d’une petite fille qui grandit trop vite

Christophe Honoré a choisi de réunir deux romans de la Comtesse de Ségur dans son film : Les Malheurs de Sophie (1858), où l’on voit Sophie mener une vie heureuse et insouciante lors de ses vacances au château de Réan, et Les Petites filles modèles (1858 également), marqué par le retour en France de Sophie, qui doit subir les maltraitances de Madame Fichini interprétée par Muriel Robin.

Cela explique la césure dans le film qui est nettement séparé en deux parties aux teintes très différentes. D’un côté, Sophie, accompagnée de Paul, son cousin chéri, et de ses deux amies de Fleurville, coule des jours heureux dans le parc de Réan, véritable monde que Sophie explore et qui lui appartient. De l’autre, l’hiver a glacé le domaine, et Sophie retrouve un univers où tout lui est devenu hostile.

« On a commencé par tourner la seconde partie du film », nous explique Benoît Herlin, accessoiriste du film. Une manière d’avoir bien en tête ce destin inévitable de Sophie que nous dévoile Les Petites filles modèles, avant de tourner les scènes plus légères de l’été. Face à cet enchaînement d’évènements tragiques, la petite Sophie voit sa vie bouleversée et son enfance trop vite dérobée.

Une ode moderne à la Rostopchine

C’est bien un film d’époque que nous propose Christophe Honoré. Mais le réalisateur a décidé d’inscrire l’histoire au cœur de l’époque napoléonienne, et non pas au milieu du XIXe siècle, comme dans le roman d’origine. La raison de cette petite prise de liberté ? Christophe Honoré a voulu évoquer l’enfance de la Comtesse de Ségur, née Sophie Rostopchine, dont on sait qu’elle s’est inspirée de sa personne pour dresser le portrait de Sophie.

Et cette transposition fonctionne. Sans doute parce l’histoire de Sophie aborde des thèmes qui dépassent parfois le cadre temporel dans lequel elle se déroule : l’éducation bien sûr, mais aussi le manque de l’autorité d’un père toujours absent, la mélancolie de la maman qui désespère de voir sa petite fille arrêter ses frasques, la curiosité des enfants et le goût pour l’interdit… Christophe Honoré signe là un beau film sur les joies et les drames de l’enfance, qui dépasse le film pour enfants à proprement parler.

Tout en restant très respectueux du texte original de la Comtesse de Ségur, dont on retrouve le délicieux parfum tout au long du film, Christophe Honoré apporte une dimension très personnelle à cette adaptation. Les éclairages et les plans sont d’une grande finesse, et si l’on peut parfois trouver maniérés certains choix, comme les adresses-caméra, l’ajout de petites figures d’animation, ou les notes de synthé de la bande-originale signée Alex Beaupain, on est tout de même emporté par l’originalité du film.

La spontanéité de l’enfance

Mais la plus grande force du film est sans doute la manière dont le réalisateur sublime les enfants avec qui il tourne. Benoît Herlin nous révèle que Caroline Grant, qui incarne Sophie, n’avait que cinq ans et demi au début du tournage. Ses grands yeux noirs, ses boucles brunes et son sourire taquin font littéralement fondre le spectateur. Les petites Céleste Carrale et Justine Morin, respectivement Camille et Madeleine de Fleurville, ainsi qu’Aélys Le Nevé, qui joue Marguerite de Rosbourg (véritable « électron libre » sur le plateau selon Benoît Herlin) sont tout aussi attachantes.

On imagine aisément la difficulté de diriger ces enfants qui oscillent toujours entre le jeu et la réalité. Christophe Honoré a su capter la spontanéité et la sincérité de ces enfants qu’il filme souvent en gros plans. « Caroline était vraiment impressionnée par Muriel Robin. Lorsque celle-ci la gronde, Caroline n’est pas que dans le jeu, elle est vraiment terrifiée, et Christophe a utilisé cela. », raconte l’accessoiriste. Et c’est très efficace… Le réalisateur transmet très justement les émotions de ces enfants.

Mention spéciale pour tous les « grands » acteurs : Anaïs Demoustier, délicieuse en Madame de Fleurville, Muriel Robin, aussi ridicule que monstrueuse, et Michel Fau, qui fait une apparition hilarante et loufoque, à son image…

Vous l’aurez compris, il faut aller voir Les Malheurs de Sophie, qui présage encore de beaux jours aux romans de la Comtesse de Ségur… Pour le plaisir des grands et des petits.

Les_Malheurs_de_Sophie
"Les Malheurs de Sophie" de Christophe Honoré © Gaumont
Christophe Honoré revisite Les Malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur © Gaumont

Les Malheurs de Sophie, en salle depuis le mercredi 20 avril 2016. À partir de 6 ans.

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