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Les réflexions d’un jeune prêtre sur l’exhortation apostolique « Amoris Laetitia »

© Antoine Mekary / ALETEIA
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L’enjeu pour le Pape et les évêques était de sortir de d'un dualisme stérile et de proposer un "chemin ensemble" (syn-odos) à la suite du Christ.

Le Synode sur la famille, qui s’est déroulé à Rome en deux temps, entre 2014 et 2015, a été comme un mini-Vatican II : riche d’échanges, de communion et d’attentes, traversé aussi par des tensions et quelques procès d’intention. Certains, plus par facilité que par malveillance, ont voulu y voir se cristalliser une opposition entre progressistes et conservateurs, entre partisans de l’ouverture au monde et gardiens de la tradition, entre doctrine et pastorale.

L’enjeu pour le Pape et les évêques était de sortir de ce dualisme stérile, de revenir à la source de l’Évangile et de proposer un « chemin ensemble » (syn-odos) à la suite du Christ.

La publication de l’exhortation Amoris Laetitia démontre que le pari est largement tenu : reste maintenant à recevoir ce texte dans la foi et l’intelligence. C’est l’objectif de ces quelques réflexions.

Accepter et assumer le paradoxe de la foi

« Le diable est dans les détails », disait Nietzsche. Pour éviter une lecture trop hâtive, pour ne par chercher dans le texte uniquement ce que l’on veut y trouver, le meilleur réflexe est de prendre de la hauteur. Pour lire notre exhortation sans tomber dans des interprétations politiques, il est bon de revenir à une dimension fondamentale de notre foi : le paradoxe. Les deux dogmes fondamentaux, la Trinité et la nature divine du Christ, ne sont que des paradoxes assumés. Comment en effet accepter qu’un seul Dieu puisse être trois Personnes ? Qu’un vrai homme soit en même temps vrai Dieu ? Il en est de même pour l’articulation impossible de la nature et de la grâce : qui de l’homme ou de Dieu a l’initiative de la conversion ? Est-ce le libre arbitre de l’homme, ou la toute-puissance de Dieu ? L’un et l’autre sont également engagés et nécessaires. Là encore, il nous faut accepter et assumer le paradoxe entre deux contraires apparemment irréconciliables, et comprendre la vraie nature de notre foi : une ligne de crête entre deux versants glissants, souvent inconfortable, mais tellement plus respectueuse de la transcendance divine et de la complexité du cœur de l’homme.

Dans la réflexion du Pape, nous retrouvons ce paradoxe appliqué à la doctrine et à la pastorale. Lequel des deux doit-il prendre le dessus ? Nous comprenons maintenant que la question ne peut se poser en ces termes ; il faut tenir les deux, accepter de ne pas se faciliter la tâche en choisissant l’un plutôt que l’autre. Appliquer la doctrine sans discernement revient parfois à « lancer des pierres à la vie des personnes », fait remarquer le Pape, mais renoncer à l’enseignement exigeant de l’Évangile est aussi un « manque d’amour ».

Le Pape ne s’adresse pas tant aux personnes en situation irrégulière, mais avant tout à chaque chrétien

Accueillir dans la foi le paradoxe est une première étape ; la suivante consiste à tracer un chemin concret : non pas sortir du paradoxe, mais le dépasser par en haut. Il faut reconnaître qu’à cause du péché de l’homme, amour et vérité ont souvent bien du mal à se rencontrer. L’intuition de l’exhortation est d’inviter les chrétiens et leurs pasteurs à être d’abord attentifs à leur chemin de croissance, à la dynamique dans laquelle ils s’inscrivent. Croire à Jésus-Christ, c’est croire qu’il est la Vérité : il rassemble en sa personne l’enseignement moral et le chemin de miséricorde. Jésus n’est pas une formulation dogmatique, il n’est pas non plus un homme comme les autres : il est la Vérité parce qu’il est le Chemin à suivre. L’accompagnement des personnes doit donc être un chemin, patient et exigeant. La question n’est plus tellement de savoir si la situation est « régulière », mais si la dynamique de conversion est engagée.

On comprend alors que le Pape et les évêques ne s’adressent pas d’abord aux personnes en situation irrégulière, mais à chaque chrétien, à chacun d’entre nous : où en êtes-vous de votre démarche de conversion, de votre chemin à la suite du Christ ? Cherchez vous à mieux le connaître chaque jour, à mieux l’aimer et à changer votre vie ? Ou bien êtes vous simplement satisfait d’être « dans les clous », tout en étant perclus d’immobilisme ? La plus grande maladie que semble pointer l’exhortation est un « rhumatisme baptismal », qui pousse le chrétien à se satisfaire confortablement de sa situation, sans relancer chaque jour le dynamisme de sa conversion. Il n’est pas question de dire que les personnes en situation irrégulière sont plus saintes que les autres, mais simplement rappeler qu’au dernier jour, nous serons jugés sur le chemin accompli plus que sur la comptabilité numérique des fautes. C’est tout un changement de mentalité et de regard sur les personnes dans lequel doivent maintenant s’engager nos communautés.

Avant de juger l’autre, demandons-nous si nous avons engagé un processus de conversion dans notre propre vie

C’est l’une des intuitions fondatrices du pontificat de François, qu’il développe dans sa première exhortation Evangelii gaudium, et qu’il cite en introduction d’Amoris laetitia : le temps est supérieur à l’espace. « Donner la priorité au temps c’est s’occuper d’initier des processus plutôt que de posséder des espaces. » Consciemment ou inconsciemment, nous faisons des exigences morales de l’Évangile une sorte de frontière, et nous nous situons dedans, ou dehors ; d’où cette tentation de « jouer avec la ligne ».

Ce qui est vrai au niveau personnel, est aussi vrai au niveau communautaire : nous considérons que certains sont à l’intérieur, parce que leur situation est régulière, parce que les cases sont cochées, et que certains sont à l’extérieur, parce que leur situation est irrégulière, parce que les blessures de la vie les ont placés là. Pourtant, la première question n’est pas de savoir d’abord leur degré de responsabilité, mais de les accompagner là où ils en sont. Le confesseur sait bien qu’en donnant sa pénitence, il ne cherche pas tant à punir ou à réparer, qu’à initier un processus de conversion, qui aura souvent besoin d’accompagnement. « L’Église ne doit pas renoncer au bien possible, même si elle court le risque de se salir avec la boue de la route. »

En bref, le chrétien n’a pas à demander s’il est en dedans ou en dehors, mais s’il a engagé un processus joyeux de conversion dans sa propre vie à la suite de Jésus-Christ. Ce dynamisme a besoin d’être soutenu, et c’est le rôle des sacrements. Décloisonnant les espaces du régulier et de l’irrégulier pour s’inscrire dans le temps, le Pape explique que dans certains situations, l’aide des sacrements doit être envisagée : « L’Eucharistie n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ». Nous voyons qu’un tel positionnement suppose une forme de conversion eucharistique, qu’il serait trop long de déployer ici, mais qu’il faudra approfondir. Rappelons simplement cette évidence : chaque assemblée eucharistique n’est pas un rassemblement de purs, mais une assemblée de pécheurs, qui se tourne humblement vers le Christ pour recevoir de Lui la force de la conversion. « Vous n’en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin ! » disait le Curé d’Ars.

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