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L’art de la correspondance, un bonheur vu par un écrivain

© MONGPRO / SHUTTERSTOCK

Louise Alméras - Publié le 14/04/16

Le genre épistolaire, bientôt d’un autre temps, mérite l’éloge qui lui est dû, avant d’en venir à rédiger sa page nécrologique.

Certains d’entre vous se souviennent de cette douce fièvre précédant l’arrivée d’une lettre d’amour, ou ce réconfort d’un ami, d’un parent, quand, parti loin, vous receviez une marque d’attention et parfois des nouvelles. Ou bien, c’était vous qui preniez la plume — ou un stylo ? —pour vous rappeler au bon souvenir d’un proche ou écrire votre cœur. L’attente, le temps, la distance, éprouvaient encore vos relations. Un papier, une carte postale, recevaient vos fautes d’orthographes, la forme de votre écriture, une marque bien personnelle, votre signature tout simplement. À l’heure où la correction automatique, les courriels, les messageries instantanées et les messages écrits des téléphones nous rendent la tâche plus aisée pour échanger. Qui penserait à revenir à la plume ?

Stefan Zweig où l’art de correspondre

Il en existe, heureusement, aujourd’hui qui persévèrent dans l’échange de courriers, par choix, quand le charme d’une lettre ajoute à la beauté d’un lien, ou par nécessité, quand l’un des destinataires est dans un lieu intouché par la modernité. Si vous ne l’avez jamais expérimenté, ou en êtes nostalgiques, voici quelques arguments en sa faveur laissés par Stefan Zweig ( écrivain et journaliste autrichien), qui en parle d’une manière admirable.

À la suite d’une lettre qu’il envoie à l’écrivain allemand, Otto Heuschele, le 27 octobre 1924, Stefan Zweig se lance dans un plaidoyer de l’art de la correspondance et en dévoile sa signification personnelle :

“Il est un art noble et précieux qui semble s’achever vers sa fin : l’art de la correspondance. Ce qui le rendait si merveilleux et lui conférait une vie si universelle, une richesse était que contrairement à tous les autres, cet art ne restait pas lié aux seuls artistes : il était possible à chacun de donner dans ses lettres à ses moments d’élan intérieur et d’animation simplement transitoires. C’est ainsi que sont nées par le passé d’innombrables petites merveilles de vérité dans un monde tranquille où la lettre avait encore une valeur d’engagement, et le message de personne à personne une force tranquillement évocatrice.”

La lettre, un moment de partage et de confidence

Il considère le lieu intime de la correspondance comme une création singulière née du partage entre deux sensibilités. Il y est très attentif et ne cesse d’encourager ses interlocuteurs à continuer à lui écrire, tant l’amitié et ce qui en résulte comptent pour l’écrivain. À cet être solitaire, anxieux, ne supportant que les réunions privées et restreintes, les lettres permettaient de répondre à son besoin de partage sensible, de réceptivité réciproque et de confidence sans être sujet à la rapidité avec laquelle sa carrière le contraignait à tout faire. Peut-être vous reconnaissez-vous en partie ? Ou bien, le téléphone qui « permet aux hommes de tout se dire avec la précipitation qui les caractérise avant même que les faits encore chauds aient pénétré à l’intérieur d’eux-mêmes, dans leur sang vivant ? »

Nul besoin d’être artiste, écrivain ou sujet à l’impression d’être né un siècle trop tard pour « réveiller ce talent perdu, rendre aux choses de l’esprit le ton de dialogue propre à l’intimité des âmes ». C’est aussi d’avoir le « courage et la droite patience d’accorder à une lettre de hasard autant d’amour et de respect que Goethe ou Nietzsche leur accordaient. »

À vos plumes, ou claviers, pourvu que des mots vous révèlent.

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