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Tribunes

Contraception : la fin de l’interdit ?

François de la Vega - Publié le 12/04/16

"Amoris Laetitia" remet en avant "Humanæ Vitæ", mais ne pose plus du tout la question des méthodes de régulation des naissances en termes de "permis" et de "défendu".

Que dit le pape François dans l’exhortation apostoliqueAmoris Laetitia sur les méthodes de régulation des naissances ? Les observateurs s’attendaient à ce que cette question suscite autant de débats que celle des divorcés remariés et ce, d’autant plus que la position de l’Église sur la contraception n’a jamais cessé d’être incomprise, encore récemment à propos du virus Zika. Dans ce contexte, il n’a échappé à personne que, par petites touches, le pape François avait relativisé les positions les plus doctrinaires sur le sujet : par exemple à propos du nombre d’enfants idéal par famille, ou bien en évoquant le fait, attribué au pape Paul VI, selon lequel des religieuses ont été autorisées à prendre la pilule contraceptive, pour leur éviter de concevoir en cas de viol.

Dès le début d’Amoris Laetitia, le pape François dévoile, en substance, l’esprit qui inspirait ces petites « piques » :

En même temps, nous devons être humbles et réalistes, pour reconnaître que, parfois, notre manière de présenter les convictions chrétiennes, et la manière de traiter les personnes ont contribué à provoquer ce dont nous nous plaignons aujourd’hui. C’est pourquoi il nous faut une salutaire réaction d’autocritique. D’autre part, nous avons souvent présenté le mariage de telle manière que sa fin unitive, l’appel à grandir dans l’amour et l’idéal de soutien mutuel ont été occultés par un accent quasi exclusif sur le devoir de la procréation (36).

Et le Saint-Père d’ajouter :

Ainsi, au lieu d’offrir la force régénératrice de la grâce et la lumière de l’Évangile, certains veulent en faire une doctrine, le transformer en « pierres mortes à lancer contre les autres » (49).

En premier lieu, revenir à une juste appréciation de l’importance de cette question

La première impression qui s’impose à la lecture de l’exhortation apostolique, c’est que le Saint-Père n’a pas souhaité accorder trop d’importance au sujet des moyens de régulation des naissances.  Ce fait pourrait bien constituer un premier enseignement, il s’agirait de ramener les fidèles, et les pasteurs, à une juste appréciation de l’importance qu’il convient d’accorder à cette question. A cet égard, un message fort d’Amoris Laetitia est inscrit dans le fait, incontestable, que son chapitre cinquième, intitulé : L’amour qui devient fécond, ne dit pas un seul mot sur la régulation des naissances ! Peut-être, pour une part, pouvons-nous y voir une illustration de cet avertissement :

Je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. (3)

En réalité, dans Amoris Laetitia, l’enseignement sur la maîtrise de la fécondité s’inscrit ça et là, à bon escient, dans le déroulement du plan général qu’entend suivre le Pontife, mais sans que cette question ne soit conductrice de ce plan. La construction de foyers solides et féconds selon le plan de Dieu (6), foyers fondés sur l’amour tel que l’Évangile nous en parle, voilà ce qui intéresse le Saint-Père. Dans le cadre de cette construction, la question du choix des méthodes de régulation des naissances ne mérite pas l’importance polémique qu’on lui donne. N’est-ce pas en ce sens que le pape François se réjouit que son exhortation soit publiée en pleine année de la Miséricorde ?

[L’année de la Miséricorde] nous offre un cadre et un climat qui nous empêchent de développer une morale bureaucratique froide en parlant des thèmes les plus délicats, et nous situe plutôt dans le contexte d’un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux, qui tend toujours à comprendre, à pardonner, à accompagner, à attendre, et surtout à intégrer.  (312)

Un rappel fidèle mais « créatif » de l’enseignement traditionnel

François place d’emblée la réception de son enseignement dans le cadre d’une « herméneutique de la continuité » :

Afin d’éviter toute interprétation déviante, je rappelle que d’aucune manière l’Église ne doit renoncer à proposer l’idéal complet du mariage, le projet de Dieu dans toute sa grandeur. (307)

En partant du document final du Synode, qui lui-même reprend les grands textes du Magistère, le Pape consacre le troisième chapitre de son exhortation au rappel de l’enseignement traditionnel de l’Église sur le mariage et la famille. Il le fait avec une certaine créativité, n’hésitant pas, d’abord par la sélection des textes cités, ensuite par des petites mais signifiantes touches personnelles ajoutées, à déployer cet enseignement dans de nouvelles directions.

Pour bien situer ces textes, on doit dire un mot rapide de la doctrine de l’Église sur les « fins » (finalités) du mariage. Pour faire simple, rappelons que traditionnellement, on disait que le mariage, et a fortiori les relations sexuelles, sont ordonnés en premier lieu à la procréation et, secondairement, à être « un remède à la concupiscence ». « L’aide mutuelle » était aussi une fin secondaire. On voit bien pourquoi, dans le cadre strict de cette doctrine, une dissociation quelconque entre l’acte conjugal et la procréation était difficilement envisageable. Le concile Vatican II et dans son sillage le Catéchisme de l’Église catholique ont ensuite enrichi cette doctrine, notamment en donnant une place éminente à une notion nouvelle (nouvelle dans la doctrine, pas dans la vie des époux !), celle de « l’amour conjugal », sans toutefois en faire une « fin » du mariage. Ce bref rappel fait, voici donc l’essentiel de ce qui concerne la fécondité et la régulation des naissances :

Le mariage est en premier lieu une « communauté profonde de vie et d’amour » quiconstitue un bien pour les époux eux-mêmes, et la sexualité « est ordonnée à l’amour conjugal de l’homme et de la femme ». […] Cependant, cette union est ordonnée à la procréation « par sa nature même ». (80)

On notera le « en premier lieu » ajouté par le Pape à la citation conciliaire. La sexualité est d’abord ordonnée à l’amour conjugal, lequel est donc, de fait, placé au-dessus, ou au-delà, des « fins » du mariage. La procréation, première fin du mariage, est relative à l’amour conjugal, comme l’exprime sa place seconde et l’adverbe « cependant ». Ensuite, reprenant Humanae Vitae, le pape François n’en insiste pas moins sur l’acte sexuel ordonné à la procréation :

« Donc, aucun acte génital des époux ne peut nier ce sens », même si pour diverses raisons il ne peut pas toujours de fait engendrer une nouvelle vie. (80)

La dernière partie de la phrase est de François lui-même, lequel précise encore que :

Les Pères synodaux ont souligné qu’ « il n’est pas difficile de constater la diffusion d’une mentalité qui réduit l’engendrement de la vie à une variable du projet individuel ou de couple ». (81)

Auparavant, il avait déjà été rappelé l’importance d’Humanae vitae, en référence toujours à l’amour conjugal :

« Le bienheureux Paul VI, dans le sillage du Concile Vatican II, a approfondi la doctrine sur le mariage et sur la famille. En particulier, par l’Encyclique Humanae vitae, il a mis en lumière le lien intrinsèque entre l’amour conjugal et l’engendrement de la vie [suit une citation du n° 10 de HV] » (68)

Le devoir pour les époux d’évaluer la moralité des différentes méthodes de régulation des naissances est confirmé, mais le seul critère qui est mentionné est celui du respect de la dignité des personnes :

L’enseignement de l’Église aide « à vivre d’une manière harmonieuse et consciente la communion entre les époux, sous toutes ses dimensions, y compris la responsabilité d’engendrer. Il faut redécouvrir le message de l’Encyclique Humanae vitae de Paul VI, qui souligne le besoin de respecter la dignité de la personne dans l’évaluation morale des méthodes de régulation des naissances ». (90)

Enfin, citant saint Jean-Paul II, François situe la responsabilité première des époux dans la gestion de leur fécondité :

La paternité responsable n’est pas une « procréation illimitée ou un manque de conscience de ce qui est engagé dans l’éducation des enfants, mais plutôt la possibilité donnée aux couples d’user de leur liberté inviolable de manière sage et responsable, en prenant en compte les réalités sociales et démographiques aussi bien que leur propre situation et leurs désirs légitimes ». (167, note visant la Lettre au Secrétaire général de la Conférence internationale de l’Organisation des Nations Unies sur la population et le développementdu18 mars 1994 : Insegnamenti 17/1 (1994), pp. 750-751.)

Ainsi, le Saint-Père dans son rappel de l’enseignement de l’Église sur la régulation des naissances fait-il une synthèse à la fois totalement catholique et ouverte à un développement nouveau. De fait, cette synthèse induit un point de vue inédit sur le jugement moral à porter sur les méthodes de régulation des naissances. On verra que sur le plan pastoral au moins, cela va conduire à un changement de perspective. Ce constat est d’autant plus avéré que nombre d’affirmations du contexte vont dans le même sens, par exemple :

De fait, la grâce du sacrement du mariage est destinée avant tout à « perfectionner l’amour des conjoints » (89)

Au point que la signification « amoureuse », et même « érotique » des relations sexuelles est valorisée à plusieurs reprises :

Saint Jean-Paul II a rejeté l’idée que l’enseignement de l’Église conduit à « une négation de la valeur du sexe humain », ou que simplement il le tolère en raison des  « exigences d’une  nécessaire procréation » (150)
La dimension érotique de l’amour [est] un don de Dieu qui embellit la rencontre des époux. Étant une passion sublimée par un amour qui admire la dignité de l’autre, elle conduit à être « une pleine et authentique affirmation de l’amour » qui nous montre de quelle merveille est capable le cœur humain, et ainsi pour un moment, « on sent que l’existence humaine a été un succès » (152)

Au chapitre cinquième sur l’amour qui devient fécond, nous l’avons dit, le Saint-Père ne parle pas directement de la régulation des naissances. Cependant, dans une veine plus personnelle, il propose une belle méditation sur l’accueil de la vie, avec en particulier une mise en garde contre le concept de « l’enfant désiré » qui, absolutisé, peut conduire à considérer un enfant, non comme un don de Dieu toujours bienvenu, mais comme un indésirable.

Le choix de devenir parents présuppose la formation de la conscience

Après ces rappels magistériels, le pape François répond à l’invitation du Synode de chercher de nouveaux chemins pastoraux (199). Il consacre alors une page (sur les deux cents soixante du livre !) à la question de la maîtrise de la fécondité. Dans cette page (que nous citons presque in extenso), il emprunte d’abord la voie traditionnelle, pour mieux ouvrir une nouvelle perspective pastorale. Il commence par reprendre le document final du synode :

L’accompagnement [pastoral] doit encourager les époux à être généreux dans la communication de la vie : « Conformément au caractère personnel et humainement complet de l’amour conjugal, la bonne voie pour la planification familiale est celle d’un dialogue consensuel entre les époux, du respect des rythmes et de la considération de la dignité du partenaire. En ce sens, l’Encyclique Humanae vitae et l’Exhortation Apostolique Familiaris consortio doivent être redécouvertes afin de [combattre] une mentalité souvent hostile à la vie. […]. Le choix responsable de devenir parents présuppose la formation de la conscience, qui est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre(Gaudium et spes, n. 16). Plus les époux cherchent à écouter Dieu et ses commandements dans leur conscience (cf. Rm 2,15) et se font accompagner spirituellement, plus leur décision sera intimement libre vis-à-vis d’un choix subjectif et de l’alignement sur les comportements de leur environnement ». (222)

Puis le Pontife entend redonner pleine force à l’enseignement du Concile Vatican II :

Ce que le Concile Vatican II a exprimé avec clarté est encore valable : « D’un commun accord et d’un commun effort, [les époux] se formeront un jugement droit : ils prendront en considération à la fois et leur bien et celui des enfants déjà nés ou à naître ; ils discerneront les conditions aussi bien matérielles que spirituelles de leur époque et de leur situation ; ils tiendront compte enfin du bien de la communauté familiale, des besoins de la société temporelle et de l’Église elle-même. Ce jugement, ce sont en dernier ressort les époux eux-mêmes qui doivent l’arrêter devant Dieu ». (222)

Il est donc réaffirmé que, conformément au dessein du Créateur, le magistère sur la « domination » de leur fécondité (cf. Gn 1, 28) appartient en dernier ressort aux époux, ensemble, en tant que couple et, dans la nouvelle Alliance, en tant que ministres du sacrement de leur mariage. Cela induit que les pasteurs ont certes à informer le jugement des époux, mais en aucune manière à tenter de lui substituer leurs directives.

Le choix des méthodes à employer

En introduisant la question du choix des méthodes par l’expression « d’autre part » et en la traitant en six lignes en tout et pour tout, le Saint Père en fait une question subsidiaire. La réponse à cette question qui a suscité tant de débats est toute simple : le jugement arrêté par les époux en dernier ressort, doit être éclairé par un « encouragement » pastoral à recourir aux méthodes « naturelles » :

D’autre part, « le recours aux méthodes fondées sur les rythmes naturels de fécondité(Humanae vitae, n. 11) devra être encouragé. On mettra en lumière que ces méthodes respectent le corps des époux, encouragent la tendresse entre eux et favorisent l’éducation d’une liberté authentique(Catéchisme de l’Église catholique, Const. past. Gaudium et spes). (222)

Pour notre part, nous comprenons que cet « encouragement » pastoral en faveur des méthodes dites « naturelles » est d’une nature aussi élevée que l’encouragement que le Seigneur adressa au jeune homme riche : « Si tu veux être parfait… » (Lc 19, 21). Mais peut-être faisons nous trop dire au texte.

Alors, la contraception est-elle permise ou défendue ?

Nous l’avons vu, l’Exhortation fait une vraie promotion des « méthodes naturelles » de régulation des naissances. Et plus généralement, elle renvoie au moins cinq fois à Humanae Vitae. Cependant, quand on analyse bien les textes et leurs contextes, on constate que cette promotion et ces références sont toujours précisément qualifiées, dans un sens précis. Et ce n’est jamais pour dire le « permis » et le « défendu ». En tous cas, pas plus dans la partie doctrinale que dans la partie pastorale, l’Exhortation ne présente « les méthodes naturelles » comme les seules méthodes « autorisées ». Et, de surcroît, elle sélectionne soigneusement les critères qui doivent conduire à les privilégier. En outre, on ne trouve dans l’Exhortation aucune mise en garde, condamnation ou interdiction, visant les méthodes autres que celles dites « naturelles ». Ces faits ne peuvent certainement pas être attribués à de l’inadvertance. Et encore moins à un glissement vers un quelconque relativisme moral, position que le pape François condamne expressément :

Il est facile aujourd’hui de confondre la liberté authentique avec l’idée selon laquelle chacun juge comme bon lui semble ; comme si, au-delà des individus il n’y avait pas de vérité, de valeurs ni de principes qui nous orientent, comme si tout était égal, et que n’importe quoi devait être permis. (34)

Non, le Saint-Père n’entretient aucune sorte de connivence avec le slogan « il est interdit d’interdire ». Pour s’en convaincre,  il suffit de lire la condamnation de l’avortement (et des méthodes de contraception abortives), aussi émouvante que ferme, qui figure dans l’Exhortation. François sait mettre les points sur les i, ne pas transiger, condamner et interdire, quand il le faut :

La valeur d’une vie humaine est si grande, et le droit à la vie de l’enfant innocent qui grandit dans le sein maternel est si inaliénable qu’on ne peut d’aucune manière envisager comme un droit sur son propre corps la possibilité de prendre des décisions concernant cette vie qui est une fin en elle-même et qui ne peut jamais être l’objet de domination de la part d’un autre être humain. […] Voilà pourquoi « à ceux qui travaillent dans les structures de santé, on rappelle leur obligation morale à l’objection de conscience ». (83)

On notera la fermeté du rappel de l’obligation morale à l’objection de conscience. De cela, il n’est pas question à propos de la contraception.

On notera encore que sur les sujets « difficiles », où les médias l’attendaient au tournant, le Pape n’hésite pas, tout en prônant une grande ouverture pastorale, à confirmer sur le fond les positions fermes de l’Église. Voici quelques exemples, brièvement cités, auxquels ont pourra se reporter. Sur les mariages mixtes : […] le partage eucharistique ne peut être qu’exceptionnel et l’on doit, en chaque cas, observer les normes indiqués. Sur les unions homosexuelles : […] il n’y a pas de fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, « entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille. Il est inacceptable que les Églises locales subissent des pressions en ce domaine… » Sur le divorce : « Le divorce est un mal », etc. Sur la peine de mort : « L’Église rejette fermement la peine de mort », etc.

Si le Saint-Père avait souhaité condamner formellement, ou simplement déconseiller le recours à la contraception, il l’aurait fait. Or il ne l’a pas fait. D’un autre côté, il n’a pas dit formellement que le recours à la contraception n’était plus interdit. Mais on comprend bien les raisons pour lesquelles, sur cette question, François a clairement refusé de se laisser enfermer dans la logique du « permis » et du « défendu ». Les thomistes diront avec justesse que le pape François veut promouvoir une « morale de la vertu », celle de la croissance de la grâce, à la place d’une « morale de la loi », ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’y a plus de loi.

C’est pourquoi, en toute honnêteté intellectuelle et croyante, il semble légitime de conclure ce bref examen critique en constatant que l’Exhortation apostoliqueAmoris Laetitia marque, non pas l’abrogation, mais l’extinction, implicite mais réelle, de l’interdiction absolue du recours à la contraception pour les couples catholiques.

Bien comprendre ce qui est en jeu

Pour discerner la portée mais aussi les limites de ce qui n’est, au fond, qu’un changement dans la continuité, il convient de prendre en compte le fait qu’Amoris Laetitia s’adresse d’abord aux pasteurs. Le Saint-Père leur donne des orientations et des directives. Et même, bien souvent, il emploie le « nous », quand il dit ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Sur la régulation des naissances ses directives pastorales sont aussi brèves que claires : la régulation des naissances n’est pas une question en elle-même : il convient d’accompagner les époux globalement, en respectant et favorisant l’unité de leur vie, « afin qu’ils forment des foyers solides et féconds selon le plan de Dieu » (6). Dans le cadre de cette mission auprès des couples mariés, les pasteurs doivent veiller à « ne pas tirer des conclusions excessives de certaines réflexions théologiques » (2) et à ne jamais oublier qu’en dernier ressort, c’est aux époux, ensemble, de faire leurs choix et de les assumer devant Dieu, avec en vue, en premier lieu, le bien de leur communauté de vie et d’amour. Ce dernier point est nouveau et essentiel : il implique que, dans certaines circonstances, il est légitime que le bien de la communauté de vie et d’amour passe avant les conclusions théologiques excessives qui mettent un accent quasi exclusif sur le devoir de la procréation. (36)

Et dans cette ligne, l’exhortation met en garde contre les dévoiements dus à un certain cléricalisme :

« Il nous coûte aussi de laisser de la place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Évangile avec leurs limites et peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles. » (37)

Bref, quand dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia le pape François aborde la question des méthodes de régulation des naissances, ce n’est jamais en terme de « permis » ou de « défendu », mais en terme d’encouragements, de « jugement des époux en conscience » et, si nécessaire, de chemin à parcourir, « en gardant les pieds sur terre », vers la perfection évangélique, par le moyen de « l’amour conjugal » :

Cela ouvre la porte à une pastorale positive, accueillante, qui rend possible un approfondissement progressif des exigences de l’Évangile. (38)

Un enseignement courageux, qui va dans le sens prophétique de l’œcuménisme

A propos d’Humanae Vitae, le patriarche de Constantinople Athénagoras Ier, ami de Paul VI, a déclaré qu’il comprenait et approuvait pleinement l’intention profonde de l’encyclique mais trouvait « détails et recettes » inutilement invasifs dans l’intimité sacrée des époux. De fait, en ce qui concerne la régulation des naissances, très majoritairement les Églises Orthodoxes se contentent de rappeler le sens de l’amour vrai, sa naturelle et surnaturelle fécondité, mais laisse le choix des méthodes (non abortives, évidemment) au consensus des époux. Pour illustrer cette saine pudeur pastorale, un adage traditionnel est rappelé dans la formation des prêtres : « Quand les époux se retirent dans leur chambre nuptiale, tout ce qu’il y font dans le respect et l’amour mutuels est saint, et cela ne regarde pas les clercs. »

Au long de son exhortation apostolique, le pape François se réjouit de ce que ses réflexions théologiques et pastorales sur le mariage et la famille puissent favoriser un rapprochement réel avec les positions de nos frères séparés de l’Orthodoxie (par ex. 75, 202), et certes, il est vital qu’en cette matière fondamentale où son enseignement est étouffé par l’esprit du monde, l’Église respire bien avec ses deux poumons. Ce n’est pas malheureusement pas encore totalement le cas, mais on peut désormais espérer qu’un jour, la prière du Christ Jésus « Ut unum sint ! » soit exaucée sur un point important de la doctrine du mariage. Les chrétiens de bonne volonté ne peuvent que s’en réjouir.

Et il s’agit bien de se réjouir ! Pour conclure sur cette question de la procréation responsable, l’exhortation apostolique met en exergue la priorité pastorale qui consiste à n’être pas rabat-joie ! Car la fécondité de l’amour n’est pas un problème, c’est une grâce et une chance ! C’est pourquoi :

Il faut toujours mettre en évidence le fait que les enfants sont un don merveilleux de Dieu, une joie pour les parents et pour l’Église. À travers eux, le Seigneur renouvelle le monde (221).

Et en fin de compte :

« Il s’agit de faire en sorte que les personnes puissent expérimenter que l’Évangile de la famille est une joie qui  remplit le cœur et la vie tout entière ». (200, citation d’Evangelii gaudium)

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