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Jean Duchesne : "La liberté humaine n’est pas une conquête c’est une ascèse"

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Camille de Montgolfier - Publié le 07/04/16

L'auteur, exécuteur littéraire du cardinal Lustiger, publie un livre polémique sur le devenir de nos sociétés. 2ème partie.

Le christianisme ne peut pas être tiède. C’est une foi radicale, et Jean Duchesne entend secouer ceux qui ont fait profession de foi au Christ. Au travers de petits billets polémiques, il met l’homme moderne en garde contre la tentation de se tenir lui-même pour Dieu, mais nous confie en même temps son optimisme quant au devenir chrétien de l’occident. La première partie de cet entretien est à retrouver ici.

Aleteia : Vous dîtes que la liberté consiste à accepter sa nature plutôt que de vouloir la changer. N’est-ce pas contraire à l’idée chrétienne de liberté ?

Jean Duchesne : L’idée chrétienne de liberté est le fait de ne pas s’attacher à ce que l’on reçoit, de ne pas être prisonnier des dons de Dieu. C’est cela la révélation suprême du Christ et c’est l’hymne même de l’épître aux Philippiens. L’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et donc sa tentation permanente est de se passer de Dieu en considérant que le Dieu, c’est lui. On confond la liberté et l’autosuffisance, là où, dans le message chrétien, la liberté consiste à transmettre ce que l’on reçoit dans deux sens : d’abord en le remettant à disposition de la source d’origine parce que c’est sa volonté. C’est à cette condition que l’on peut s’associer au mouvement de don reçu, en le partageant.

Nous sommes tous tentés de mésuser de notre liberté. La liberté humaine n’est pas une conquête, c’est une ascèse. Sans le secours de Dieu, il est très difficile de ne pas désirer garder ce que nous recevons. Dieu est venu nous montrer comment, jusque dans la condition humaine, il est possible de ne pas garder ce que l’on reçoit. C’est ce que le Christ a suprêmement montré et donc rendu possible à notre échelle.

Vous accusez les élites de « se préparer allègrement à l’eugénisme » alors que des lois de bioéthique ont été votées en 2004 et 2011 pour en interdire la pratique…

On est déjà en train d’assouplir ces lois dans le domaine de la fin de vie et de la procréation. Le problème est que même si l’on sent qu’il faut résister, nous sortons à peine d’une époque où l’on pensait que tout ce qui était rendu possible par les sciences et les techniques était automatiquement bon. On s’aperçoit que ce n’est plus vrai, malheureusement si la possibilité existe, il y aura toujours quelqu’un pour l’exploiter. La loi essaye alors de s’adapter pour trancher entre celles qu’elle va autoriser et celles qu’elle va réprimer.

L’eugénisme est en place dans ce que l’on appelle le projet trans-humaniste et qui n’a rien de minoritaire, puisque la Silicon Valley investie à fond dans ce domaine. La finalité du trans-humanisme est de transformer l’espèce humaine de manière radicale. Cette transformation, qui a toujours été fantasmée, est en train de devenir possible par les nano-technologies. Et le but est encore et toujours de tenter d’abolir la mort qui terrifie l’homme, surtout l’homme moderne déconnecté de Dieu.

Êtes-vous optimiste quant à la place de la foi dans la société occidentale du XXIe siècle ?

Absolument ! Si le sécularisme est une maladie de la foi, il n’y a pas de maladie qui ne puisse être guérie. C’est l’essence même de la foi chrétienne. Encore une fois, cette maladie est l’appropriation du donné, qui conduit à une illusion d’auto-suffisance. Mais nous savons tous que cette auto-suffisance n’est pas tenable. Il nous faut espérer une prise de conscience du fondement inepte de cette auto-suffisance avant qu’elle ne conduise à des catastrophes. Mais il n’y a pas à douter, car le message chrétien ne dépend pas de sa réception puisque c’est un don qui nous vient de Dieu.

Cet optimisme n’est donc pas une analyse mais une confiance, c’est-à-dire un abandon à la volonté et à la bonté de Dieu, non pas un renoncement.

Propos recueillis par Camille Tronc

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© DDB
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Le catholicisme minoritaire ? Un oxymore à la mode, Jean Duchesne, Editions Desclée de Brouwer, février 2016, 136 pages, 12 euros.                              

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