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Mother Angelica (1923-2016), missionnaire de la révolution numérique

© EWTN

Philippe Oswald - Publié le 30/03/16

Fondatrice du réseau de télévision et de médias catholiques EWTN, la très charismatique religieuse américaine s’est éteinte le dimanche de Pâques à l’âge de 92 ans.

Pour nombre d’Américains et d’anglophones, le sigle EWTN, pour Eternal World Television Network, fait partie du paysage médiatique. C’est mieux qu’une chaîne de télévision : un réseau international, devenu le n°1 de l’univers catholique. Outre les quelque 264 millions de foyers qui reçoivent la chaîne qui émet 24 heures sur 24 grâce à son propre satellite, EWTN, établie depuis sa fondation en 1981 à Irondale, en Alabama, voit aujourd’hui son audience considérablement élargie dans 144 pays grâce à sa radio, son site Internet et sa maison d’édition, dont le célèbre journal d’information National Catholic Register (NCR).

Ardente pro-life et vigie de la foi

La fondatrice de cet empire n’est pas moins célèbre : Mother Angelica, qui vient de s’éteindre ce 27 mars, jour de Pâques, à presque 93 ans, avait beau ne plus être aux commandes d’EWTN depuis un accident vasculaire cérébral en 2001, elle continuait d’exercer une vigilance qui, au-delà du fonctionnement d’EWTN, s’étendait sur la marche de la société et de l’Église.

Cette ardente pro-life était aussi viscéralement attachée à la rectitude théologique et liturgique. Non contente d’avoir damé le pion à la Conférence épiscopale américaine en occupant le terrain médiatique au point que les évêques américains durent renoncer à leur propre réseau de télécommunications, elle n’hésitait pas à leur « donner l’heure » en choisissant elle-même qui était digne de s’exprimer sur EWTN.

Elle alla plus loin en s’opposant à certains évêques : en 1997, elle accusa publiquement l’archevêque de Los Angeles, le cardinal Roger Mahony, de remettre en question la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. Celui-ci lui avait demandé des excuses publiques et Mother Angelica avait obtempéré en reconnaissant que ses remarques avaient été « excessives », mais elle n’avait rien concédé à ses critiques quant au fond (depuis le cardinal Mahony a été relevé de ses fonctions par Rome après avoir été soupçonné d’avoir fait obstruction dans les enquêtes concernant 122 prêtres pédophiles de son diocèse).

L’appui de Rome

Mother Angelica a néanmoins reçu l’appui de plusieurs évêques américains et de Rome, au moment opportun. Certains avaient sourcillé au Vatican en apprenant qu’une religieuse cloîtrée sillonnait les États-Unis à la recherche de fonds pour créer un réseau de télévision catholique. Mais elle avait notamment reçu l’appui du cardinal Silvio Oddi, chef de la Congrégation pour le Clergé, et surtout du pape Jean Paul II, séduit par l’audace missionnaire de cette religieuse intrépide, et préoccupé comme elle par les dérives doctrinales que n’hésitaient pas à contrer les émissions d’EWTN. En 2009, le pape Benoît XVI lui avait décerné la médaille « Pro Ecclesia et Pontifice » qui récompense l’apostolat de catholiques, clercs ou laïcs, pour « service et un zèle exceptionnel ». Quant au pape François, il lui avait envoyé sa bénédiction et une demande de prière, le mois dernier, avant de se rendre à Cuba.

« Elle a surmonté toutes sortes d’adversité, et elle a tout fait et continue de tout faire pour Jésus », a dit d’elle le cardinal J. Francis Stafford (ancien archevêque de Denver, puis président du Conseil pontifical pour les laïcs, enfin Grand pénitencier de la pénitencerie apostolique à Rome). En fondant un réseau qui aide les catholiques à vivre leur foi et en leur apportant la nourriture spirituelle dont ils ont besoin, « Mère Angelica a gagné là où les évêques du pays ont échoué », a commenté dimanche 27 mars, à l’annonce de sa mort, Mgr Charles J. Chaput, archevêque de Philadelphie et membre du conseil d’administration d’EWTN.

À l’école de la misère et des infirmités

Cette fille unique d’émigrés italiens avait été à rude école. Rita Antoinette Rizzo avait été marquée dans son enfance par la violence de son père, le divorce de ses parents quand elle avait 6 ans, son difficile tête-à-tête avec une mère dépressive, la misère aggravée par la crise de 1929, et la Grande Dépression, la faim, et de multiples maux physiques. « Ma mère et moi étions désespérées, déménageant sans cesse, pauvres, affamées, survivant difficilement », a-t-elle confié. Enfant de divorcés, elle avait beaucoup souffert du regard qu’on jetait sur elle dans son collège catholique. Chez elle, c’est un couteau à la main que la jeune Rita avait défendu sa mère contre un de ses oncles. « Elle a été adulte tout de suite : elle a été privée d’enfance », dira d’elle l’un de ses cousins.

Frappée par des infirmités dès son enfance, elle avait aussi vécu précocement des épisodes extraordinaires qu’elle considérait comme miraculeux : tel le saut, prodigieux pour une infirme, qui lui avait permis d’échapper au choc avec une voiture au milieu de la rue qu’elle traversait à la nuit tombée quand elle avait 11 ans (c’est le conducteur lui-même qui avait parlé de « miracle »). Ou encore, cette voix qu’elle entendit un jour de sa vingtième année, après une neuvaine à sainte Thérèse de Lisieux, lui disant d’abandonner le corset que les médecins lui faisaient porter depuis son enfance pour apaiser les maux d’estomac qui la torturaient. Elle avait été immédiatement et durablement soulagée. « C’est ce jour-là que j’ai pris conscience de l’amour de Dieu pour moi et que j’ai commencé à avoir soif de lui », a rapporté Mère Angelica. « Tout ce que je voulais faire après ma guérison a été de me donner à Jésus. »

Son pacte avec Dieu

Guérie de ses douleurs abdominales intenses, c’est néanmoins une infirme à demi-paralysée qui entre comme novice dans la congrégation Saint-Paul du Très Saint-Sacrement, à Cleveland, en 1944. Après neuf ans de cloître et ses vœux définitifs, en 1953, elle est envoyée en 1962 à Irondale (Alabama) pour fonder le monastère Notre-Dame des Anges où elle devait créer trente ans plus tard EWTN, grâce notamment au soutien des Chevaliers de Colomb. Entre temps, elle avait fait un pacte avec Dieu : qu’Il lui donne de marcher normalement en échange de la fondation d’une communauté monastique se dévouant auprès des Noirs les plus pauvres à Birmingham, dans le Sud des États-Unis, au début des années 1960, alors que sévissait la ségrégation raciale. Ce qui advint, après qu’elle eut surmonté de nombreuses oppositions (elle essuya le coup de feu d’un ségrégationniste), y compris celle de l’évêque… qui finit par se laisser convaincre.

À la pêche des âmes via les médias

Mother Angelica fut aussi la fondatrice du monastère Notre-Dame des Anges à Irondale. Elle a créé les Frères Franciscains de la Parole éternelle et les Sœurs de la Parole éternelle, pour soutenir l’apostolat d’EWTN. Elle a encore fait édifier le très fréquenté sanctuaire du Très-Saint-Sacrement à Hanceville (Alabama). Cette mystique avait les pieds sur terre : jeune religieuse, en 1959, elle avait déjà manifesté son sens des affaires en fondant avec les religieuses de sa congrégation une prospère entreprise de fabrication de leurres destinés à la pêche dont le succès fut salué par les médias. Un début prometteur pour cette missionnaire de la révolution numérique destinée à la pêche au gros !

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