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Dans l’impasse idéologique : Quand la gauche intellectuelle ne veut pas voir la religion

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Jean Birnbaum fait tomber les écailles de ses yeux aveuglés et publie « Un silence religieux » aux éditions du Seuil.

Jean Birnbaum, directeur du Monde des livres, s’en prend, dans son dernier livre, aux cécités de la gauche intellectuelle à l’égard de la religion. En faisant des rappels historiques judicieux il montre que cet aveuglement lui vient de son héritage marxiste qui disqualifie la religion en tant que telle. Marx en fait l’opium du peuple et une force d’aliénation. Gramsci l’envisage comme l’un des piliers les plus solides de l’idéologie dominante et « la plus gigantesque utopie » produite par l’histoire.  Il faut donc, vue de gauche, la critiquer, toujours et encore, pour ce qu’elle dissimule. Soit elle a des vertus d’anesthésie sociale, soit elle consolide des injustices économiques, soit elle est un refuge trompeur contre les malheurs du monde. Dans tous les cas, elle n’a pas de consistance propre, de réalité spécifique. Tout en elle est fantomatique. Rien en elle n’est politique. Et puis, de toutes les manières, la Révolution viendra prendre la place de la religion. La gauche est, avec plus ou moins d’évidence, une « religion séculière » – selon l’expression de Raymond Aron.

Que faire de ceux qui refusent de « quitter » la religion ?

Pour toutes ces raisons, la Gauche a fait l’impasse sur la Religion. Demain elle aura disparue. Aujourd’hui elle est une alliée objective des forces réactionnaires. Elle appartient donc au passé qui doit passer. L’Histoire en train d’accoucher d’elle-même et donc de révéler son potentiel émancipateur finira par la dissoudre. La Gauche pense avoir pour mission d’accompagner l’Histoire en train d’accoucher – et même parfois d’y aller au forceps. Pierre Birnbaum montre bien que cette occultation du religieux était de mise pour l’analyse de la guerre d’Algérie ou pour celle de la  révolution iranienne – quand elle est appréhendée par Michel Foucault.

Or, que faire de ceux qui refusent de « quitter » la religion ? Le silence a tenu lieu de mépris pendant longtemps. Aujourd’hui il est impossible quand la violence islamique est de mise et que certains préfèrent la mort au nom d’Allah plutôt que la vie-selon-la-gauche. Tous les lendemains qui devaient chanter déchantent. Jean Birnbaum cite cette belle prophétie de Daniel Bensaid, tête pensant de la ligue communiste révolutionnaire et péguyste devant l’Éternel : « Quand la politique est à la baisse, la théologie est à la hausse. Quand le profane recule, le sacré prend sa revanche. Quand l’histoire piétine, l’Éternité s’envole ». Si, depuis le 13 novembre, ce silence face aux religions est devenu intenable, n’oublions pas qu’il perdure. En Janvier 2015, François Hollande, président de la république, nous a expliqué que ces crimes « n’avaient rien à voir avec la religion musulmane ». Rien ? Comment tenir de telles positions sans passer pour complaisant, aveugle ou ignorant ? Alors oui, si  la gauche est désarmée (et elle l’est), si elle est incapable de comprendre l’actuelle violence islamique (et elle l’est), si elle n’entend rien à un certain antisémitisme islamique (qu’elle excuse ou « comprend » en raison des conditions des populations opprimées) alors il faut sortir la gauche de cette ignorance revendiquée, de ce mépris assumé, de cette impasse idéologique. Jean Birnbaum souhaite mettre fin à cet aveuglement théorique. Que n’a-t-il raison ! Ne faut-il pas que la gauche finisse par voir la réalité comme elle est et non comme elle voudrait qu’elle soit. Cette violence qui explose un peu partout dans le monde, ces attentats en France au long de l’année 2015 ont partie liés avec l’Islam. Des assassins se revendiquent de cette religion. Il serait temps d’en prendre conscience et de faire de la religion une motivation réelle. La violence islamique est islamique avant que d’être radicale, désespérée ou sociale.

Une critique tardive et peureuse

On ne peut qu’être d’accord avec les analyses de Jean Birnbaum. Et en même temps, elles semblent bien tardives, bien peureuses, bien peu engageantes. Jean Birnbaum est un peu l’ouvrier de la dernière heure du « fait religieux ». Que n’a-t-il fait siennes plus tôt les analyses de Marcel Gauchet ou Régis Debray ou Gilles Kepel ! Et donc, en 2016, il nous dit, comme s’il y avait du courage à le dire, que la religion est une chose sérieuse ! Ah oui ! Vous m’en direz tant ! Il faut attendre les 130 morts du 13 novembre pour se rendre à cette évidence ! Si ces analyses sont bien tardives, sans le moindre mea culpa, le moindre regret, la moindre critique à l’égard de ces intellectuels aveugles (et Dieu sait qu’ils ne manquent pas dans les colonnes du Monde depuis des lustres !), elles sont aussi bien peureuses. Quelles conclusions l’auteur en tire-t-il ? Aucune. Qu’il faut revoir l’analyse « sociale » des « opprimés » ? Non. Qu’il faut proscrire des journaux de gauche tous ceux, et ils abondent, qui, à Gauche,  sont toujours et encore aveuglés par cette ignorance des religions et ce mépris des religieux ? Non. La vertu du livre est ailleurs.

Cette dénonciation de gauche d’une cécité de gauche est la seule acceptée et la seule acceptable par l’intelligentsia de gauche ! L’important dans le livre de Jean Birnbaum est moins son contenu que son auteur – ou plutôt ce contenu dit par le directeur du monde des livres ! Les critiques externes à la gauche sont irrecevables par la gauche. Que cette cécité soit dénoncée depuis des lustres par des « adversaires », vilipendée dans les colonnes du Figaro ne compte pas le moins du monde – ne compte pas pour Le Monde. Il fallait que ces choses-là soient dites par un homme du sérail. La gauche parle à la gauche pour lui faire comprendre que des évidences venues d’ailleurs sont justes. Le Monde a dit. Si le « journal de référence » de gauche a finit par le reconnaitre, c’est sans doute qu’il était impossible de tenir plus longtemps encore ce « silence » absurde ! La messe de gauche est dite. L’essentiel reste à faire.

Un silence religieux : la gauche face au djihadisme
Un silence religieux : la gauche face au djihadisme

Un silence religieux : la gauche face au djihadisme de Jean Birnbaum, éditions du Seuil, janvier 2016 233p. 17 €