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L’indécence à géométrie variable

Jean Duchesne - Publié le 10/03/16

Ce qui était autrefois considéré comme indécent, c’était d’être malpoli ou prétentieux. De même des grossièretés pornographiques ou scatologiques. Les temps ont changé.

Tourner l’autre en ridicule est pratiquement un mérite : celui (ou celle) qui fait rire à forcément raison. L’insolence est tenue pour une preuve de saine ambition et même de vertu. Les pulsions sexuelles les plus sauvages sont considérées comme aussi sainement naturelles que les produits « bio » et la retenue en ce domaine est soupçonnée de trahir quelque honteuse pathologie. Les défécations et autres déjections pimentent les productions de l’art dit contemporain et l’usage négligent du mot de Cambronne ou de métaphores empruntées à la copulation et à ses organes affiche un caractère réaliste et sans complexe, avec de plus une efficace aisance dans l’expression.

Pas de manifestation de piété en public !

Ce qui, en revanche, apparaît désormais choquant, voire insultant, c’est la moindre manifestation de piété. Pas de ça en public ! Il y a des âmes sensibles et délicates qui en seraient gravement offensées. Un certain laïcisme est une vieille fille prude qui crie au viol dès qu’il est question de prendre officiellement en compte une pratique religieuse. Toute inquiétude métaphysique doit être réprimée comme corrompant l’intégrité autosuffisante de la personne. Toute foi en une transcendance qui pourrait changer quelque chose doit rester privée et être soigneusement refoulée avec une discrétion de bon ton, comme il n’y a pas si longtemps les outrages au prochain, aux autorités ou à Dieu et les discours complaisants sur les divers motifs et manières de baisser culotte.

Plusieurs raisons sont invoquées (le plus souvent implicitement) pour justifier ces retournements symétriques des « tabous » en « valeurs » et du surnaturel en obstacle à l’épanouissement personnel. Une première est que tout le monde n’a pas les mêmes convictions et que la cohésion sociale requiert l’escamotage toutes les singularités qui peuvent diviser. À quoi s’ajoute le préjugé que la religiosité est par essence irrationnelle et intolérante, donc engendre des conflits et doit être réprimée, étant entendu que l’abolition de toute croyance non « scientifique » est la condition de la paix et de la liberté et que le sens de l’histoire y veillera de toute façon.

La transgression comme moyen le plus sûr de libération

Dans une telle situation, la tentation est de pleurnicher que notre monde est décidément tombé sur la tête et marche à l’envers. Comment la nouvelle pudibonderie ne voit-elle pas qu’elle se condamne à ne rien comprendre aux fanatismes (et pas seulement islamistes) qui réapparaissent et se développent un peu partout et ainsi à les exciter ? Mais quand la bassesse est tenue pour une supériorité, quand le blasphème est déclaré un droit inaliénable (on n’ose pas encore dire « sacré », mais c’est bien l’idée), quand donc le logos (langage et logique) est de la sorte dévitalisé, il est clair que la dénonciation de l’absurde ne suffira pas à restaurer un minimum de rationalité.

Il est permis de voir là l’échec de la transgression comme moyen le plus sûr de libération. On commence par contester les convenances et commandements ordinaires, ce qui amène à ignorer ou nier le Dieu réputé les avoir édictés ou les cautionner. Mais une fois piétinée toute loi universelle, que reste-t-il à profaner ? De quoi peut-on faire une nouvelle idole à renverser afin de s’affranchir toujours plus ? Eh bien, on s’en prend à la décence, au respect de soi comme d’autrui. Quand on a dévalué Dieu en illusion pour esprits faibles, il n’y a plus que l’être humain à démolir en le réduisant à ses fonctions les plus animales. C’est ainsi qu’au-delà de la sécularisation (qui n’est pas anti-chrétienne puisque Jésus lui-même a interdit de confondre son royaume avec ceux de ce monde), la pornographie et la scatologie sont, d’une certaine manière, des marques du « progrès »…

Vomir cette bien-pensance qu’est devenu l’anticonformisme

Ce qui révèle que ces violations, loin d’être vraiment libératrices, enferment dans un nouveau carcan, c’est qu’elles en viennent à imposer un néo-conformisme qui s’avère au moins aussi arbitraire et contraignant que l’ancien, qu’il se contente d’inverser. On y retrouve du louable et du méprisable. C’est seulement la réserve et la dévotion qui sont déclarées obscènes, tandis que l’impudeur et la vulgarité sont proclamées courageuses. Ce n’est donc pas encore un immoralisme achevé, « par-delà le bien et le mal ». Et ce n’est pas non plus l’incroyance radicale. Demeure en effet une foi inavouée mais d’une confondante naïveté, qui est que la cohésion sociale naît infailliblement de la juxtaposition de minorités aussi hermétiques entre elles que possible dans cet espace commun encore plus vide que neutre qu’est devenue la laïcité.

Il se peut que l’impertinence donnée en modèle dans la culture actuelle inspire aux nouvelles générations de vomir cette bien-pensance qu’est devenu l’anticonformisme. La « modernité » qui conteste tout s’oblige à finir par contester sa propre contestation. Après tout, tant qu’il existe de la moralité et de la foi, même si elles sont salement tordues, rien n’est perdu. Et appeler un chat un chat n’oblige nullement à se laisser obséder par ce qui peut se passer en dessous de la ceinture, mais consiste d’abord, si on ne tient pas à s’enliser, à parler vrai en répondant à la Vérité qui a révélé son Nom.

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