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Du sous-commandant Marcos au pape François, le long combat des Amérindiens pour leur survie

© Marko Vombergar / Aleteia

Alexandre Meyer - Signis - Publié le 06/03/16

Marginalisés sur le marché de l’emploi et dans la société sur l'ensemble du continent américain, ils attendaient un nouveau héros.

Le monde découvrait il y a plus de vingt ans le douloureux combat des indiens du sud du Mexique pour leur survie, en apprenant le soulèvement de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) un 1er janvier 1994 au Chiapas, le jour de l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain (l’Alena). La lutte pour l’autonomie des communautés indiennes et contre le néolibéralisme avait un profil : celui d’un passe montagne noir coiffé d’une casquette cousue de trois étoiles rouges et d’une paire d’écouteurs de radiotélégraphiste, une pipe vissée au bec. Le sous-commandant Marcos s’était rapidement attiré le soutien de nombreux intellectuels : les Français Régis Debray et Alain Touraine ou les Américains Noam Chomsky et Oliver Stone. En 1996, les rebelles zapatistes du ténébreux guérilléro anonyme signaient avec le gouvernement fédéral les accords de San Andres, un pacte social reconnaissant la culture, le système de production et l’autogestion des communautés indiennes.

« Marcos cesse d’exister »

En mai dernier, le charismatique porte-parole de la rébellion, est sorti d’une relative retraite médiatique entamée en 2009, pour annoncer laconiquement son départ de la direction d’un mouvement dans lequel il ne se reconnaît plus depuis qu’il s’est tourné vers l’accompagnement politique à l’autogestion de quelques villages : « ma voix ne portera plus celle de l’EZLN, Marcos cesse d’exister ». Pourtant, les difficultés des indiens du Mexique, notamment chiapanèques et plus largement, de l’ensemble des communautés indigènes d’Amérique latine demeurent : les populations amérindiennes sont les plus touchées par la pauvreté et l’extrême pauvreté.

Les populations autochtones sont pauvres, quel que soit le pays

Selon une étude publiée il y a peu par la Banque mondiale, dans des pays tels que le Mexique, la pauvreté des communautés autochtones est presque deux fois plus élevée que la moyenne nationale. Le taux de pauvreté moyen au Mexique, par exemple, est de 47% alors qu’il s’élève à 72% chez les Amérindiens.

L’étude intitulée « L’Amérique latine amérindienne au XXIe siècle » montre que les populations autochtones représentent 8% des habitants en Amérique latine, soit environ 42 millions de personnes. Cependant, 14% d’entre eux vivent dans des conditions de pauvreté et 17% dans des conditions d’extrême pauvreté.

Contrairement à la croyance populaire, presque la moitié d’entre eux résident dans des zones urbaines, mais même dans ce cas, ils vivent généralement dans des conditions moins sûres, plus insalubres, plus susceptibles d’être frappées par des catastrophes naturelles et leurs salaires sont moins élevés que ceux des citoyens non-amérindiens pour un même niveau de scolarité.

Malgré les situations précaires auxquelles les Amérindiens doivent faire face dans les grandes villes, ceux qui vivent dans les métropoles bénéficient de plus grands avantages que ceux qui habitent dans les zones rurales : l’étude souligne que les populations autochtones urbaines ont 1,5 fois plus accès à l’électricité et 1,7 fois plus accès à l’eau du robinet. En matière scolaire, ils ont 1,6 fois plus de chances de terminer l’école primaire, 3,6 fois plus de chances d’aller au bout du collège et 7,7 fois plus de chances d’achever une formation professionnelle.

Les femmes sont les plus touchées

Sur le marché du travail, le rapport met en évidence que les Amérindiens ont de plus grands risques d’avoir un emploi précaire et mal rémunéré. Dans le cas de l’Équateur et du Guatemala, le taux d’emploi dans le secteur informel augmente de 12 et 18% respectivement pour les communautés autochtones.

En ce qui concerne les femmes, la différence salariale est bien supérieure à celle des hommes : en Bolivie, les Amérindiennes gagnent environ 60% de moins que les femmes non-amérindiennes pour un travail similaire.

Le rapport s’inquiète de constater que les populations autochtones « sont tenues à l’écart des nouvelles technologies. En effet, même si l’Amérique latine est devenue le deuxième marché à la plus forte croissance dans le monde en matière de téléphonie mobile, les Amérindiens ont 50% de chances en moins de posséder un téléphone portable. »

L’étude de la Banque mondiale indique que « le fossé numérique renforce des formes préexistantes d’exclusion, car l’accès aux nouvelles technologies est devenu un aspect fondamental du capital social dans les sociétés de plus en plus mondialisées d’Amérique latine ».

Une extrême pauvreté dénoncée avec force par le pape François

Le pape François a rendu une visite exceptionnelle aux fidèles mexicains en février dernier. En consacrant une journée entière de son périple aux peuples indigènes du Mexique, dans l’État du Chiapas, terre natale de l’énigmatique sous-commandant Marcos, le Saint-Père entendait rappeler au monde l’urgence qu’il y a à sauver l’environnement ainsi que la dignité des peuples indigènes de la région, si discriminés.

Célébrant une messe avec les communautés autochtones à San Cristóbal de las Casas, pour une large part dans leur langue maternelle, le Pape a demandé pardon, au nom du « monde d’aujourd’hui, dépouillé par la culture du déchet ». « Souvent, de manière systématique et structurelle, vos peuples ont été incompris et exclus de la société, a ajouté François. Certains ont jugé inférieures vos valeurs, votre culture et vos traditions. D’autres, étourdis par le pouvoir, l’argent et les lois du marché, vous ont dépossédés de vos terres ou ont posé des actes qui les polluent ». Ses paroles ont obtenu un large écho sur tout le continent, mais peu de changements se distinguent à court terme. Les Amérindiens continuent à espérer que leurs droits leur soient reconnus. Pour enfin transmettre leur sagesse ancestrale et contribuer au bon développement de la planète, ils peuvent compter sur un nouveau guérilléro, vêtu de blanc et pacifique, lui.

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