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Trop d’info tue l’info ?

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Sans doute jamais l’homme n’a-t-il été aussi bien informé qu’aujourd’hui – du moins dans les pays riches.

Ce n’est pas que nous sachions tout. Mais nous avons au moins théoriquement à portée de main une somme sans précédent d’informations en tous genres.

Ce n’est pas uniquement que tout le savoir accumulé est désormais numérisé et accessible par internet, bien plus facilement que du temps des bibliothèques et des encyclopédies. Ce n’est pas simplement que les connaissances autrefois transcrites pour rester disponibles n’ont plus besoin de support matériel, que les sons peuvent être enregistrés et restitués, que les images peuvent être des vidéos et que tout cela peut être combiné. Ce n’est pas seulement que la duplication en trois dimensions commence et que l’on arrivera bien à emmagasiner et reproduire des odeurs et des sensations tactiles. C’est que la collecte de données se poursuit implacablement.

Il n’y a pas que tous les événements qui surviennent, car tout ce que nous faisons et même pensons, fût-ce en privé, est observé, étudié, noté pour être intégré dans des statistiques, puis épluché, décortiqué, disséqué pour être finalement mouliné, classé et synthétisé par des cohortes d’enquêteurs, chercheurs et autres analystes : sociologues, économistes, psychologues, politologues, démographes, climatologues, sexologues, sondeurs, futurologues, etc., en plus des experts de plus en plus « pointus » dans les sciences « dures », les techniques, les arts et les lettres – toutes spécialisations classiques elles-mêmes en train de se subdiviser en une multitude de branches qui se perdent de vue entre elles.

La totalité du savoir humain est aujourd’hui inassimilable… grâce au numérique 

Le premier résultat n’est pas une meilleure instruction, mais l’accablement : personne ne serait capable d’assimiler tout ça ! On se console en se disant qu’on trouvera vite le renseignement qui fait défaut avec le moteur de recherche toujours prêt de son inséparable portable. Il s’ensuit que le statut de l’ignorance a changé. Avant, ce qu’on ne savait pas était hors de portée. On ne savait même pas qu’on ne savait pas et on ne culpabilisait donc pas. Maintenant, on sait que la totalité du savoir humain est inassimilable parce qu’on n’a pas assez de gigabits dans le cerveau, mais qu’on peut trouver ce dont on a besoin. Alors, est-on plus libre et plus responsable ? Eh bien, ce n’est pas évident du tout, parce qu’une mémoire artificielle aux capacités de stockage illimitées n’est pas une intelligence capable d’évaluer l’intérêt ou l’utilité de ce qu’elle sauvegarde.

Ce qui amène à considérer un deuxième résultat de l’accumulation exponentielle d’informations : c’est la façon dont elles sont exploitées. Ce qui est décisif, ce sont les relais, les reprises, les échos. Autrement dit, ce qui est conservé n’est partagé qu’à la mesure où ça alimente les moyens de transmission qui sont aussi peu ou prou ceux de l’enregistrement. Pour reprendre le vocabulaire (déjà vieux d’un bon demi-siècle) de Marshall McLuhan, « le médium est le message ». Plus exactement peut-être, le support détermine ce qu’il véhicule, le contenant conditionne, contrôle et consomme le contenu avant de l’archiver dans la jungle proliférante de zillions d’autre données d’où plus rien ne ressort que de façon aléatoire.

Quand on est branché sur l’actualité en direct, on ne se rappelle plus rien et on ne sait plus rien

Ce qui marche le mieux est en effet ce qui, lancé quelque part, est répété sur le plus grand nombre possible de médias à la fois du même genre et de genres différents (audio-visuel, presse écrite, réseaux sociaux) : Machin a dit ça sur telle chaîne, rapportent les autres puis les journaux, et on apprendra que la vidéo a été vue tant de centaines de milliers de fois sur Touiteur ou Fesse-Bouc… Ça peut aussi tourbillonner dans l’autre sens, à partir d’un clip amateur, devenir « niouze » dans les médias professionnels et être commenté jusqu’à ce que le système glouton s’empare d’un autre truc qui s’effilochera dans sa propagation virale avant d’être remplacé par un nouveau buzz, lequel n’aura lui-même qu’un temps, etc. C’est ainsi que tout a la même importance (ou inimportance) et que l’info surabondante tue l’info. Quand on est branché sur l’actualité en direct, on ne se rappelle plus rien et on ne sait plus rien.

Alors que faire ? Se boucher les yeux et les oreilles pour échapper à cette mécanique où les moyens imposent leurs lois à ceux qu’ils sont censés servir ? Mais l’isolement n’est pas la liberté ! Les forteresses sont aussi des prisons. Sans compter que, si beaucoup d’infos sont oubliables, certaines changent le paysage où l’on évolue, de sorte qu’on ne peut les ignorer qu’à ses dépens et que, si l’on ne vit pas délibérément en ermite, le savoir partagé du passé aussi bien ancien que récent est indispensable à la relation avec les autres – c’est ce qu’on appelle la culture.

La solution est assurément un recul critique qui ne soit pas fondé sur les préjugés de l’idéologie portant à nier ou minimiser ce dont elle ne parvient pas à rendre compte. À cet égard, n’ayons pas peur d’avouer que la foi inspire une véritable sagesse. Elle ne juge pas tout, mais situe chaque chose dans une histoire qui commence avec la création du monde et donne l’espérance sans occulter le mal ni la sottise. Et le calendrier liturgique aide à saisir que le temps n’est pas purement linéaire (comme l’imagine la naïve croyance au Progrès), ni indifférent et négligeable (comme le prétendent les « postmodernistes »), mais cyclique en attendant son accomplissement. La Révélation que Dieu nous aime n’est pas une vérité immobile, mais le mouvement qui met en perspective tout ce que nous savons et donne son rythme à tout ce qui survient. C’est ça l’info qui donne leur sens à toutes les autres.

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