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Il y a 100 ans, c’était Verdun

Collection DocAnciens / docpix.fr

Soldats français à l'assaut sortent de leur tranchée pendant la bataille de Verdun, 1916.

Sylvain Dorient - Publié le 21/02/16

Le 21 février 1916, les canons allemands sonnaient le début de la bataille de Verdun.

Les Français s’étaient ressaisis sur la Marne, plus d’un an auparavant, mais la situation sur le front semblait sans issue, explique Le père Michel Koch, aumônier du camp de Bitche, et historien. L’infanterie payait au prix fort les progrès de l’artillerie, et les offensives devenaient impraticables, chaque mètre de terrain se gagnait à un prix invraisemblable, le front n’était pas rompu. Le statu quo, les soldats enterrés dans les tranchées les uns en face des autres, aurait pu – aurait dû, précise le père Koch – susciter un compromis entre les adversaires, déjà saignés.

La France de Clémenceau a voulu la poursuite de la guerre

Ainsi, le pape Benoît XV, horrifié de voir des chrétiens s’entretuer à une telle échelle, fit des propositions de paix aux camps en présence. En 1915, alors que le rêve de la « promenade militaire » s’était éloigné au profit de l’épouvantable guerre des tranchées, les puissances centrales et en particulier l’Autriche-Hongrie, avaient accueilli plutôt favorablement ses propositions, assure le père Koch. Avec La Russie en guerre sur leurs arrières et la domination britannique sur mer, elles avaient le sentiment d’être encerclées. Mais Clémenceau ne voulait pas en entendre parler et envoya au diable celui qu’il appelait « le pape boche ».

Une offensive « psychologique »

Devant l’impossibilité de rompre le front, les Allemands élaborèrent une stratégie alternative : saigner l’armée française pour provoquer un effondrement psychologique de l’arrière, susciter des manifestations populaires et contraindre le gouvernement à demander la paix. Pour se faire, ils préparèrent un barrage d’artillerie inédit. Des obusiers de 88 à 420 mm furent acheminés par voie ferrée pendant des mois sans que le renseignement français ne s’en aperçoive.

Premier obus à 7 h 13

Le 21 février à 7 h 13, le barrage d’artillerie commençait, il aura duré 36 heures ! Les Allemands étaient tellement persuadés qu’ils ne rencontreraient aucune résistance après lui, que l’ordre était donné à l’infanterie de marcher l’arme à la bretelle. Ils furent pourtant arrêtés par des spectres hagards et boueux… Le bataillon de chasseurs d’Émile Driant, notamment, dont il ne restait plus que 135 hommes sur 1 800, reprit les armes pour arrêter l’ennemi.

« À Verdun, on a voulu démolir l’homme »

La résistance acharnée des Français, puis des Allemands, les offensives absurdes menées de part et d’autre firent de la bataille de Verdun le résumé et le paroxysme de la Première Guerre mondiale. Les douilles des munitions tirées là, par les deux camps, recouvriraient d’une couche de 95 cm tout le champ de bataille ! Le père Koch conclut : « Selon Jean-Paul II, l’homme est le chemin de Dieu… À Verdun, on a voulu démolir l’homme ». La bataille a coûté la vie à 300 000 d’entre eux.

Le retour des religieux sous l’uniforme

Beaucoup de religieux expulsés sont revenus en France pour monter au front. Le commandement ne s’est pas trompé sur leur valeur, et leur a le plus souvent demandé de tenir une Bible plutôt qu’un fusil, conscient du secours moral qu’ils pouvaient apporter aux poilus. Beaucoup de soldats ont redécouvert leur foi dans la boue des tranchées : « Quand les balles sifflent, les slogans athéistes s’envolent », assure le père Koch. On ne fait plus le malin ! À l’inverse, les prêtres ont réalisé que la France n’était plus aussi chrétienne que beaucoup l’imaginaient. C’est en réaction à ce constat que l’Action catholique se monte, définissant la France comme une « Terre de mission ».

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