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Le cardinal Reinhard Marx réclame une réduction du nombre de réfugiés en Allemagne

ROLF VENNENBERND/dpa

GERMANY, Muenster : Newly elected chairman of the German Bishops' Conference, Bishop, Reinhard Cardinal Marx, archbishop of Munich and Freising smiles after his election during the spring general asselmbly of the German Bishops' Conference in Muenster, Germany, 12 March 2014. The spring general asselmbly of the German Bishops' Conference will last until 13 March. Photo: ROLF VENNENBERND/dpa

Jules Germain - Publié le 17/02/16

L'archevêque de Munich et président de la Conférence épiscopale allemande a pour la première fois réclamé une limitation dans l’accueil des réfugiés dans son pays.

L’Église catholique en Allemagne qui soutient fermement la politique d’accueil des réfugiés conduite par Angela Merkel a ainsi en la personne de son plus haut responsable fait retentir un appel à la raison. Il a également rappelé la nécessité de traiter décemment les réfugiés sur le sol allemand et critiqué ceux qui profitent de la situation pour faire prospérer la xénophobie et le racisme, notamment le parti eurosceptique AFD.

Voici l’interview dans son intégralité comme on peut la trouver sur le site de la Conférence épiscopale allemande :

Passauer Neuen PresseCardinal Marx, combien de temps l’Allemagne va-t-elle pouvoir exercer sa charité auprès des Réfugiés ?
Cardinal Reinhard Marx : Il ne s’agit pas simplement de charité, il faut également prendre en compte la raison. La politique doit être bâtie sur le principe de réalité et cela signifie qu’il existe des limites à notre action. L’Allemagne ne peut accueillir tous les nécessiteux du monde. Nous devons reprendre en main la situation et agir de manière juste avec toutes les parties prenantes en gardant à l’esprit la responsabilité propre à l’Europe. Dans ce domaine, la détermination et l’unité sont très importantes. Naturellement, on peut avoir ici et là des positions qui varient. Il va falloir effectuer dans cette direction quelques mises au points indispensables. Mais ce que j’attends tout particulièrement de notre gouvernement, c’est qu’il reste solide et agisse de manière concertée et qu’il ait de la sorte la capacité à convaincre la population allemande.

Quelles sont les limites à poser à la charité ?
La charité ne connait pas de limite. Et notre droit d’asile ne doit d’ailleurs pas non plus être affaiblit : toute personne qui entre sur le sol européen doit être traitée de manière décente. Les frontières de l’Europe ne peuvent être des frontières de mort. C’est une honte que des milliers de réfugiés aient trouvé la mort dans la méditerranée : ils sont d’ailleurs peut-être bien plus à être morts ainsi.

L’Europe des frontières ouvertes fera-t-elle bientôt partie du passé ?
Il y a 25 ans, beaucoup ont pensé qu’un nouvel ordre du monde était advenu et que la fin de l’Histoire était atteinte. Il s’est passé autre chose. Dans les pays voisins de l’Europe, la situation est devenue extrêmement précaire – que ce soit au Proche Orient ou en Afrique du Nord.

Les inégalités, la violence et le désespoir ont augmenté et la pression migratoire a augmenté avec eux. Cela fait déjà des années que beaucoup insistent là-dessus. Le problème ne disparaitra pas quand bien même nous fermerions les frontières. J’étais l’année dernière à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis et j’ai vu cet immense clôture et tous ces barrages. J’ai pensé alors : cela ne peut pas être le futur des frontières en Europe.

Que proposez vous ?
Nous aussi au sein de l’Eglise nous disons : il faut réduire le nombre de réfugiés. Mais il ne faut pas agir simplement une fois que les hommes se trouvent à nos frontières. Il s’agit d’aider dans leurs pays ceux qui risquent de s’enfuir. L’Europe et notamment l’Allemagne porte un poids important mais ce que doivent supporter les pays voisins est bien pire encore. Il n’y a donc pas de solution simple. Notre principale volonté doit être de lutter contre les causes de cette fuite, de limiter l’immigration à celle qui est légale et de mettre un terme ainsi à l’activité des passeurs.

Pour réaliser ce que vous dites, Angela Merkel aura un rôle important. Que pensez vous de son attitude pendant la crise des Migrants ?
J’ai le plus grand respect pour Madame Merkel et pour sa politique, son courage et sa capacité à assumer ses responsabilités dans des situations très compliquées. Elle n’agit pas de manière simplement naïve mais fait de chaque acte une décision mûrement réfléchie. Faire de la politique signifie ne pas suivre simplement des voix mais aussi des buts et des principes.

Priez vous pour qu’Angela Merkel continue d’agir ainsi ?
Je prie pour tous les hommes politiques. Depuis le temps des premiers Chrétiens, cela fait partie de notre mission de prier pour ceux qui nous gouvernent.

De plus en plus d’attaques sont commises contre les centres d’hébergements des réfugiés, pas un jour ne passe sans qu’un homme politique locale lance un cri d’alerte parce qu’il se sent submergé. Les trois quarts des allemands craignent que de nouveaux réfugiés arrivent. La culture de l’accueil a-t-elle disparu ?
L’expression « Culture de l’accueil » est quasiment connotée négativement désormais. Il est pourtant très honorable de refuser de laisser des personnes en détresse à leur propre sort. Bien évidemment qu’avec un tel nombre de réfugiés notre regard sur la situation a changé. Beaucoup se demandent ce qu’il va se passer si tant de personnes arrivent en Allemagne. Mais la volonté d’aider reste immense. Nous devons nous soucier d’accueillir comme il se doit ceux qui sont déjà là. Si nous réussissons cette tâche, notre pays en sortira enrichi. Il faut ainsi faire tout ce que l’on peut pour y arriver

Êtes vous étonné par la force des violences contre les centres d’hébergements des réfugiés ?
L’Allemagne a malheureusement un certain potentiel à faire vivre l’extrêmisme de droite et le racisme. Cette idéologie semble se consolider de manière claire actuellement. Cette violence contre les réfugiés m’effraye énormément. Nous vivons une véritable campagne de dénigrement contre les étrangers. Le vernis de notre civilisation semble voler en éclats très facilement.

Dans quelle mesure les événements lors de la saint Sylvestre à Cologne ont changé les termes du débats sur les réfugiés ?
Ces actes ont suscité un immense effroi et ont conduit à un débat brûlant. De tels événements doivent être expliqués et même anticipés. Ceux qui ont agi de manière criminelle doivent être punie comme ils se doit et quitter le pays s’il le faut et si cela est possible. Mais beaucoup de considérations après les événements sont allées beaucoup trop vite avec une réaction en bloc. Bien sûr qu’il existe des différences culturelles considérables entre nous et les personnes originaires des pays du Proche Orient ou d’Afrique. Mais vis à vis des jugements à l’emporte-pièce sur les cultures et les religions, il faut toujours resté sur ses gardes. L’écrasante majorité des Réfugiés en Allemagne ne souhaite rien avoir à faire avec les criminels de Cologne et se comportent d’une toute autre manière.

Le parti politique eurosceptique AfD capitalise clairement sur la crise des migrants pour gagner des électeurs. Ce parti est-il dangereux ?
Leur proposition de tirer sur les réfugiés sans défense est absolument inacceptable et inhumaine. Des partis qui proposent de telles solutions ne sont pas une alternative pour l’Allemagne (c’est ce que signifie AfD : Alternative für Deutschland NDLR) Ce qui m’inquiète, c’est que ce genre de populisme de droite progresse très nettement. On voudrait croire qu’il y a des réponses simples pour faire face à l’afflux de réfugiés. Mais les réponses simples ne sont pas des solutions. Je souhaite donc que le gouvernement qui est une grande coalition reste soudé et construise une politique convaincante pour l’Allemagne.

Est-ce que les arrivées massives en Allemagne ne font pas grandir encore plus les inégalités sociales ?
Ce danger est abordé depuis des années par les Evêques en Allemagne. Les réfugiés se retrouvent tout en bas de l’échelle sociale pour ce qui concerne le logement, le travail, l’éducation. Ceux qui sont là depuis longtemps vivent encore dans l’insécurité. Il ne faut pas qu’ils aient l’impression que ceux qui arrivent vont les priver. Cela augmenterait encore les tensions dans notre société. C’est notre Etat social qui doit répondre à ces enjeux de solidarité et de redistribution.

Combattre les causes de l’exil, cela signifie également lutter contre la terreur exercée par l’Etat Islamique. Est-ce une juste guerre dans laquelle s’engage l’Allemagne en Syrie ?
L’option militaire est toujours la pire de toute. La solution à long terme en Syrie et au Proche Orient ne peut être trouvée uniquement via des victoires militaires. Nous savons cela aussi du fait de nos expériences en Afghanistan et en Irak. Que se passera t-il quand l’Etat Islamique sera vaincu ? La question cruciale sera de construire une paix qui permette la solidarité et la justice. Je reste sceptique là-dessus. Celui qui part au combat doit savoir comment il en sortira et ce qui suivra politiquement. Je ne peux rien dire là-dessus pour l’instant.

Il y a trois ans, peu après son entrée en fonction, le Pape François est allé à la rencontre des réfugiés à Lampedusa. Dans quelle mesure a-t-il changé l’Eglise depuis ?
Enormément de choses se sont passées. Bien sûr que certains auraient voulu d’autres choses ou différentes, mais de mon point de vue, en trois ans il a fait énormément de choses. Le Pape parle une langue différente, met l’accent sur des choses différentes. Bien sûr qu’il ne veut pas réinventer l’Eglise mais il veut mettre en œuvre un mouvement. Il veut tout simplement faire en sorte que l’Eglise ne reste pas sur sont quant à soi.

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