Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Mardi 24 novembre |
Saints Martyrs du Vietnam
home iconTribunes
line break icon

Succès et ambigüités de la rencontre entre François et Cyrille

Catholic Press Photo

Marcin Przeciszewski - Publié le 15/02/16

La rencontre entre François et Cyrille ouvre un nouveau chapitre significatif dans l'édification de l'unité entre les Églises catholique et orthodoxe. Cependant, les motifs qui ont poussé Cyrille à promouvoir cette rencontre ne semblent pas dénués d’arrière-pensées…

La rencontre entre François et Cyrille ouvre un chapitre nouveau et significatif dans l’histoire de la reconstruction de l’unité entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe : ce sera celui de l’œcuménisme du témoignage. Certes le dialogue théologique qui aide à clarifier les différences de doctrine est important, mais le témoignage commun des deux Églises a une signification plus grande encore. En face de défis identique parce que désormais mondialisés, les deux poumons du christianisme doivent respirer à l’unisson.

La condamnation des crimes commis « au nom de Dieu »

La rencontre de La Havane a brisé la glace de la méfiance et des préjugés. Maintenant, les deux poumons de l’Église ont compris que le moment est venu pour eux de réagir conjointement à ce qui se passe dans le monde. Face aux menaces qui pèsent sur la paix, face aux guerres au Moyen-Orient, en Afrique et en Ukraine, face à tous ces conflits que le pape appelle « la troisième guerre mondiale livrée par morceaux », François et Cyrille ont pris conscience que les déclarations séparées des Églises ne font pas le poids. En Syrie, en Irak et en bien d’autres pays du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord, les chrétiens en très grand nombre ont quitté les territoires qu’ils habitaient depuis les temps apostoliques. Il y a un besoin urgent de solidarité internationale, de coopération et d’aide humanitaire pour un nombre de réfugiés sans précédent et il faudra aller jusqu’à assurer leur retour dans leur pays d’origine. Les deux pasteurs, d’une seule voix, appellent à la résolution des conflits par la négociation et la prévention du terrorisme. En outre, ils insistent sur la nécessité d’un dialogue interreligieux, sur le respect de ceux qui professent d’autres religions et sur la nécessaire condamnation des crimes commis « au nom de Dieu ».

Parler d’une seule voix pour être entendu

Au-delà des conflits armés, la déclaration duPape et du patriarcheinsiste sur le besoin urgent pour les deux Églises de prendre une position commune à l’égard des problèmes « de société » les plus pressants. La déclaration énumère plusieurs de ces problèmes : la laïcité agressive, la restriction des droits des croyants, l’injustice sociale flagrante, la crise de la famille, les agressions contre la vie humaine par l’avortement, l’euthanasie ou les manipulations génétiques. Plus particulièrement, les deux dirigeants reconnaissent la nécessité d’un témoignage commun des Églises dans l’Europe d’aujourd’hui, de telle sorte que la culture du continent conserve les valeurs qui ont toujours composé ses fondations, établies sur le socle d’un héritage judéo-chrétien.

Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais

Cependant, un des problèmes qui rendent difficiles les relations entre l’Église catholique et l’Orthodoxie russe demeure : le fait est que cette dernière a toujours été soumise à l’autorité du pouvoir séculier et a souvent agi « en phase » avec celui-ci, aussi bien sur les plans spirituels que politiques. La grande machine de la diplomatie russe, y compris le Patriarche lui-même, a tendance à parler d’une seule voix à l’extérieur, au nom des grands principes, mais à agir tout différemment en Russie. Ainsi, dans la déclaration commune, le Patriarche condamne-t-il les crimes « commis au nom de Dieu », mais il est le premier propagandiste de la justification religieuse, au nom de la « Russky mir » (La « Sainte Russie », impérialiste et orthodoxe, Ndlr) de l’invasion russe en Ukraine. Et il est un acteur déterminé de la censure qui touche toute dénonciation des crimes de guerre russes. En fait, l’Église orthodoxe ne cesse de fournir du carburant idéologique au néo-impérialisme russe. La crédibilité, fine comme du papier à cigarette, du patriarche Cyrille ne tient dès lors qu’au lancement d’une invitation du pape François en Russie… Mais la crainte de voir son autorité pâlir en comparaison de celle du Successeur de Pierre l’empêchera peut-être d’aller au bout de son dessein.

Moscou, seconde Rome ?

Pour apprécier en toutes ses dimensions la rencontre de Cuba et la Déclaration commune, il convient aussi de garder à l’esprit le contexte de la tenue, prévue en juin, du premier « Saint et Grand Concile » de l’Église orthodoxe. Indéniablement, la rencontre entre Cyrille et François a pour but de renforcer la position du patriarche de Moscou par rapport aux autres églises orthodoxes autocéphales. Dans cette perspective, le patriarche de Moscou ne recule devant rien pour passer de la position de « Troisième Rome » à celle de « Seconde Rome », c’est-à-dire pour restreindre les prérogatives du patriarche œcuménique de Constantinople comme celles du futur concile. La situation est tendue, comme en témoigne la confrontation entre Bartholomée (Patriarche de Constantinople) et Cyrille lors d’une réunion de préparation du concile qui s’est tenue fin janvier à Chambésy près de Genève (Suisse). Lors de la réunion, au cours de laquelle les ressentiments mutuels n’ont pas manqués de s’exprimer, le patriarche de Moscou a tenté de faire déplacer les réunions conciliaires à Moscou et d’empêcher la création d’une Église orthodoxe autocéphale en Ukraine, indépendante du Patriarcat de Moscou. Ses desseins ont été couronnés de succès, et nul doute qu’il saura profiter de la rencontre qu’il a eue avec le Pape François pour renforcer davantage sa position.

Tags:
Église
Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
Mathilde de Robien
« S’il te plaît Marie » : une grande suppliqu...
Sanctuaire Notre-Dame de Montligeon
Agnès Pinard Legry
Cas de Covid-19 au sanctuaire de Montligeon :...
Baptême à domicile chez Antoinette Faure
Timothée Dhellemmes
Confinée, Antoinette, 90 ans, a reçu le baptê...
Solenn Varennes
Créations originales et grands classiques, no...
christ en majesté
Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op
Le Christ-Roi, ou comment servir un roi qui s...
La rédaction d'Aleteia
Célébrer le dimanche 22 novembre à la maison
La rédaction d'Aleteia
L'ultime enregistrement de Michael Lonsdale s...
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement