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Dépistage du handicap in utero : « Des sommes énormes sont en jeu, et la personne humaine intéresse peu »

Fondation Jérôme Lejeune
Jean-Marie Le Méné. Président de la fondation Jérôme Lejeune, Jean-Marie Le Méné est l’auteur de plusieurs ouvrages dont "Le professeur Lejeune, fondateur de la génétique moderne", "La trisomie est une tragédie grecque", "Nascituri te salutant" et "Les premières victimes du transhumanisme". Dans une interview accordée à Aleteia en 2016, il expliquait que le transhumanisme était « un recyclage de toute la mythologie du progrès ». « Lorsque l’on a évacué toute notion de transcendance dans la société, il faut bien faire rêver. Affirmer que le progrès nous sauvera tous est une solution ».
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Rencontre avec Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune et auteur de l’ouvrage "Les premières victimes du transhumanisme".

Aleteia : La fondation Jérôme Lejeune fait déjà un gros travail de recherche, d’information et de soutien aux personnes trisomiques et à leur entourage… Pourquoi ce livre ?
Jean-Marie Le Méné : Pour expliquer au lecteur que nous sommes engagés dans une course de vitesse entre les progrès du dépistage et la lenteur des avancées en matière de recherche à visée thérapeutique. Il est normal qu’il soit plus facile de dépister que de trouver des remèdes bien sûr, mais il n’est pas normal que cela se retourne contre les malades eux-mêmes.

Il est si facile de compter des chromosomes sur un caryotype que des produits dérivés de dépistage se sont rapidement développés et considérablement perfectionnés au point que l’on est aujourd’hui capable d’analyser le génome complet de l’enfant par le biais d’une prise de sang de la femme enceinte.

Ces avancées du dépistage sont des réalisations techniques incroyables sur lesquelles je ne porte aucun jugement négatif, mais qui sont malheureusement utilisées à des fins commerciales : c’est facile et cela peut rapporter gros.

Ce que je dénonce, c’est donc la malhonnêteté des marchands de test qui font ça pour gagner de l’argent, la malhonnêteté des États qui les commande les yeux fermés, sans se soucier des victimes de bout de chaîne que sont les médecins, les femmes et les familles.

Vous expliquez que ce sont plusieurs déclarations politiques qui vous ont poussé à écrire… Quelles sont-elles ?
Il y a d’abord eu le refus, par le CSA, de la diffusion d’un clip vidéo dans lequel des adultes trisomiques expliquent qu’ils sont heureux. La vidéo s’appelle « chère future maman », elle a été interdite parce qu’elle aurait pu « culpabiliser » les femmes qui ne gardaient pas leur enfant trisomique. Le lien entre la trisomie et le bonheur a tout simplement été interdit : c’est une véritable stigmatisation des personnes trisomiques en réalité, puisqu’il n’était absolument pas question d’avortement dans cette vidéo.

Ensuite, j’ai participé à une émission sur France inter avec plusieurs personnes favorables à cette nouvelle forme de dépistage très performante. Il y avait parmi eux le professeur de médecine Jean-Didier Vincent qui a eu cette phrase incroyable : « Mais les trisomiques sont un poison pour les familles ! ».

Outre l’emportement qui peut arriver dans un débat, cette phrase est prononcée par un professeur de médecine… Si la médecine se met à dire qu’il faut supprimer les patients qu’on ne peut guérir, elle change de camp. Or cette pensée est assez répandue dans le monde médical.

Troisième événement, pendant les débats de bioéthique à l’Assemblée Nationale en 2011. Le député socialiste Olivier Dussopt s’était alors interrogé après avoir appris que 96% des enfants trisomiques étaient avortés : « Pourquoi pas 100% ? ». Ce culte de la performance montre qu’il n’y a aucune réflexion et que la question ne se pose même plus…

On m’avait dit que ce combat était passé, j’ai malgré tout voulu écrire dessus.

Vous parlez d’un marché juteux, pouvez-vous préciser un peu ?
Il y a dix ans, lorsque la firme américaine Sequenom – qui a été la première a fabriquer ce test de dépistage – a commencé à fantasmer autour de ce marché juteux, ils ont évalué le profit à 10 milliards dans le monde… C’est énorme.

C’est ce qui a fait monter les actions, puis les trafics de résultats, les délits d’initiés… Les actions ont fini par se casser la figure lorsque ces mensonges ont été révélés et la présidence a été limogée.

Pour la France, le chiffre avancé par le comité d’éthique pour le marché du dépistage de la trisomie 21 est d’un milliard d’euros ! C’est l’Assurance maladie qui achèterait ce test pour le mettre à disposition des patients que nous sommes tous, des familles, des femmes. Mais in fine, c’est une dépense supportée par les contribuables que nous sommes aussi, c’est donc bien un débat qui devrait concerner les citoyens.

Précisions toutefois que ce chiffre de un milliard d’euros doit être pris avec prudence puisque ce serait au cas où l’on proposerait ce test aux 800.000 femmes enceintes, au prix d’il y a un an ou deux. Or nous savons que le prix a très récemment été divisé presque par deux, le gouvernement attend d’ailleurs simplement qu’il soit plus avantageux pour l’acheter. Quoi qu’il en soit, des sommes énormes sont en jeu, et la personne humaine intéresse peu.

Vous expliquez dans ce livre que les premières victimes de cet eugénisme permis par le dépistage sont les trisomiques… Pourquoi eux ?
D’abord parce que c’est une maladie qui n’est pas rare puisqu’elle concerne une grossesse sur 700, donc tout le monde est plus ou moins concerné. Ensuite, c’est une maladie pour laquelle il y a une aversion, un handicap qui se voit beaucoup et qui fait peur.

En France ensuite, il y a toujours eu un lien très fort entre le dépistage de la trisomie et l’avortement puisque la première loi sur l’avortement, le projet de loi Peyret, concernait les enfants trisomiques.

Le dépistage est lié à l’avortement, et la France s’est passionnée pour la défense de l’IVG comme un « droit fondamental ». Ce dépistage de la trisomie a été considéré comme une autre victoire du féminisme, bien à tort d’ailleurs. Le dépistage lié à l’avortement est devenu un « acquis » : le droit de se débarrasser d’un enfant handicapé a été considéré comme partie intégrante du « droit des femmes ».

ll faut bien souligner que cette réflexion est propre à la France. Aux États-Unis, 60% des enfants trisomiques sont avortés, en France on atteint 96% !

Vous parlez de victimes du transhumanisme, quel est le but de cette idéologie selon vous ?
C’est un peu un recyclage de toute la mythologie du progrès. Lorsque l’on a évacué toute notion de transcendance dans la société, il faut bien faire rêver. Affirmer que le progrès nous sauvera tous est une solution.

Philosophiquement, il y a un véritable engouement pour cette idée très darwinienne selon laquelle il est normal que toutes les espèces évoluent, à commencer par l’homme. Et comme l’espèce humaine est intelligente, elle conçoit elle-même les conditions de sa propre évolution.

On ne parle d’ailleurs pas seulement d’amélioration mais d’augmentation de l’homme : certains affirment même que l’intelligence artificielle prendra un jour le dessus et qu’une nouvelle espère verra alors le jour.

Cela part d’une vision très matérialiste de l’homme puisque l’on balaie l’idée que l’homme soit le sommet de la création divine. La technique permet des choses qui n’étaient pas envisageables il y a dix ans, et c’est très bien, mais il y a également l’économie et la marchandisation du vivant qui sont en jeu. Ce qui est dramatique, c’est que sous-tende l’idée selon laquelle l’homme serait une espèce ratée et qu’il n’y a pas de raison de le protéger davantage que les autres créatures.

La tentation, c’est que l’on finisse donc par supprimer tout ce qui ne correspond pas aux critères de l’homme amélioré, « parfait ». Aujourd’hui, c’est la trisomie qui est éradiquée mais la tentation eugéniste sera irrésistible à chaque avancée scientifique.

L’Inde se demande déjà si elle ne va pas se servir du dépistage anténatal afin de garder les petites filles, pour des raisons démographiques et géo-stratégique… Moralement, il n’y a aucune raison de s’arrêter là et de continuer à interdire l’avortement en raison du sexe de l’enfant, en effet.

Cela existe d’ailleurs déjà dans le PMA, puisqu’il y a un choix des gamètes en raison de ce que sont les donneurs. Le transhumanisme est déjà une réalité, au delà des trisomiques.

Propos recueillis par Charlotte d’Ornellas

9782363711489
Les premières victimes du transhumanisme

Les premières victimes du transhumanisme de Jean-Marie Le Méné, éditions Pierre-Guillaume de Roux, fév. 2016, 171 p. 19,50€

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