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Moi, Sarah, musulmane, je jeûne le Carême avec mes frères chrétiens

Fasting - Lent - Empty cup with spoon - © Vetre / Shutterstock

Mathilde Rambaud - Publié le 11/02/16

Pour la première fois, elle a décidé de s’unir avec les chrétiens du monde entier et de jeûner avec eux jusqu’à Pâques. Une décision pas toujours facile à assumer.

Jeune trentenaire, Sarah, rompue à l’exercice du ramadan depuis son plus jeune âge, a décidé cette année de faire le Carême avec trois autres amies : une musulmane et deux chrétiennes. Et pas n’importe quel Carême, celui des premiers chrétiens d’Orient. Très impliquée dans le dialogue interreligieux, sa décision s’inscrit dans une démarche spirituelle de purification mais également de communion et de découverte de la religion de l’autre. Quelques jours après le début du Carême, elle se confie sur son choix et les difficultés à assumer sa démarche, en particulier auprès de son entourage musulman.

Un véritable retour aux sources

« Ce qui m’a vraiment décidé à jeûner pendant le Carême, explique Sarah, c’est le jeûne d’une de mes amies catholiques qui m’a accompagnée pendant tout le mois de ramadan en juillet dernier. Quand on m’a proposé de faire le Carême cette année, j’ai naturellement accepté. » Si la jeune femme a « plongé dans l’inconnu » quelques jours seulement avant le mercredi des Cendres, sa décision n’en est pas moins réfléchie. « Faire le Carême des premiers chrétiens d’Orient revêt une signification particulière, surtout dans le contexte actuel. Je le vis en pleine communion de jeûne avec ceux qui souffrent actuellement au Moyen-Orient. C’est pour moi le seul jeûne qui vaille la peine d’être pratiqué et celui qui se rapproche le plus du ramadan. Ce jeûne est ancestral, c’est un véritable retour aux sources. Je ne me voyais pas en vivre un autre que celui-ci. » C’est, pour la jeune musulmane, « celui qui se rapproche le plus de la définition même du jeûne ».

Mais ce fameux Carême des « premiers chrétiens », en quoi consiste-t-il vraiment ? « On ne mange rien le matin, on peut seulement boire des tisanes ou de l’eau, mais ni café, ni thé, ni sodas bien sûr, juste des infusions : ce jeûne est avant tout une période de purification. Ensuite, vers 14 h, on prend une collation sucrée : fruits, fruits secs, un carré de chocolat noir certains jours où l’énergie manque. Et le soir, juste des légumes, dans l’idéal cuits. En soi, on peut choisir n’importe quels légumes, mais pas en trop grande quantité. L’idée est de rester dans l’humilité, dans la condition d’une personne qui se contenterait du minimum ou dans le besoin. »

De nombreux chrétiens ont, à tort ou à raison, l’image d’un ramadan où la nourriture et la boissons coulent à flot dès la nuit tombée. « Nous avons cette réputation, mais ce n’est pas ce qui devrait se faire selon les préceptes de l’islam. J’essaie moi-même, au fur et à mesure des années, de réduire  mes apports en nourriture pendant ce mois saint en donnant à mon corps ce dont il a besoin et non plus ce qui me fait envie toute la journée par pure gourmandise. C’est vrai que, quand j’étais plus jeune, j’adoptais cette attitude de “gavage nocturne”, mais avec la maturité, la sagesse et la foi, je fais beaucoup plus attention et je mange plus équilibré à la rupture du jeûne. »

Le Carême presque plus difficile que ramadan !

Difficile à croire, mais le Carême, où l’on peut pourtant boire et manger — bien qu’en quantités restreintes — s’avère plus compliqué que l’on ne pense ! Plus que ce que s’imaginait Sarah en tout cas. « Le ramadan est difficile seulement depuis quelques années car nous sommes arrivés dans les périodes estivales, tempère-t-elle. Les journées sont les plus longues et peuvent atteindre les 18 heures de jeûne, de 4 h à 22 h. » Mais le ramadan peut aussi être « très facile en hiver », assure la jeune femme. Et on ne demande qu’à la croire.

« Je dirais que le Carême est plus difficile que le ramadan dans le sens où dans l’islam nous n’avons pas le choix, ajoute Sarah. Nous ne mangeons et ne buvons rien du lever au coucher du soleil, c’est écrit, c’est l’un des cinq piliers de l’islam et nous nous efforçons, en tant que croyant et pratiquant de le respecter peu importe les conditions météorologiques. Je pense que si l’on est bien préparé psychologiquement et spirituellement, nous sommes comme « verrouillés » et réussissons à ne rien avaler. » Les températures pourraient atteindre les 45°C en plein soleil, « je ne toucherais pas une goutte d’eau… La foi déplace vraiment des montagnes ! », ajoute-t-elle en riant.

« Le fait de jeûner, que ce soit dans l’islam ou dans le christianisme est avant tout un combat contre soi-même, ce que nous appelons chez nous le “djihad” — le vrai djihad c’est cela, précise-t-elle avec force, le combat contre nous-mêmes, nos vilaines habitudes, nos pensées négatives, notre facilité à juger l’autre, etc. Ce n’est pas un combat contre les autres ! » Pour Sarah, le plus compliqué est le contrôle constant qu’elle doit s’imposer à elle-même chaque jour de jeûne. « Je sais que je peux manger des fruits et des fruits secs vers 14 h, mais en même temps je dois me contenir car le principe est de me restreindre et de ne pas dépasser ce dont mon corps a besoin. »

La jeune femme va même plus loin : « C’est comme si j’avais l’impression d’avoir le contrôle sur l’inscription de mes péchés. Ce concept peut sembler très bizarre, mais, dans mon coeur, je sais que si je mange quelque chose qui ne m’est pas autorisé, je faute. En cela, le ramadan est plus simple : nous, musulmans, somme facilités dans notre combat car nous n’avons pas le choix : la manière de jeûner est écrite noir sur blanc. Dans l’interdiction claire, les gens sont souvent plus dociles et plus soumis que dans la permission ».

Rapprocher les religions

Le regard des autres, qu’ils soient croyants ou non, catholiques ou musulmans, n’est pas toujours évident à supporter. « Mes amis catholiques accueillent plutôt bien le fait que je fasse le Carême », confie Sarah. Le pas est plus difficile à franchir du côté des musulmans. À part sa mère très pratiquante et très croyante, « dont la première réaction a été la peur que je sois en train de devenir chrétienne », personne dans l’entourage familial de Sarah n’est au courant de sa démarche. « Mais quand j’ai rappelé à ma mère l’expérience de mon amie chrétienne, et qu’elle n’était pas devenue moins catholique par la suite, elle s’est apaisée et depuis elle me soutient dans ma démarche. »

En revanche, « je ne l’ai pas dit à la majorité de mes amis musulmans, car ils ne comprendraient pas. L’islam est une religion assez dogmatique et certains seraient trop fermés d’esprit à l’idée que je puisse pratiquer un jeûne chrétien alors que je suis musulmane ». Seules une poignée d’amies proches sont au courant et la soutiennent dans son jeûne : « Elle savent que le dimanche, je choisis le restaurant où l’on va déjeuner ! ». Privilège du jeûneur apprécié et utilisé à sa juste valeur par Sarah.

« Je suis seulement un être humain soumis à un Dieu unique »

Avec ce Carême, contrairement aux appréhensions de sa mère, la jeune femme ne sent pas qu’elle est en train de s’éloigner de l’islam : « Je suis née dans une famille d’origine musulmane pas vraiment pratiquante. J’ai choisi, adulte, d’être musulmane et je pense que je mourrai musulmane, “soumise à Dieu”. Mais cela ne m’empêche pas d’aller prier à l’église ou de jeûner le Carême, tout en me sentant complètement musulmane. Je suis juste un être humain soumis à un Dieu unique ».

« Si les chrétiens jeûnaient pendant le ramadan et si les musulmans jeûnaient pendant le Carême, avance-t-elle, je pense que le monde n’en serait que purifié… doublement même ! N’oublions pas que l’islam et le christianisme sont liés par quatre aspects communs essentiels qui sont le jeûne, la charité, la foi en un Dieu unique et le retour de Jésus. Ces jeûnes nous uniraient à travers l’épreuve, car se priver de nourriture et d’eau en est une. Nous nous rendrions davantage compte de ce que l

es autres, moins privilégiés, vivent au quotidien, et cela nous apprendrait beaucoup sur l’humilité. »

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CarêmeIslamJeûne
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