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La famille valait bien deux synodes

© Antoine Mekary / ALETEIA

<p> Pope Francis greets the crowd after a canonization mass for Vincenzo Grossi, an Italian priest and founder of the Institute of the Daughters of the Oratory, Maria of the Immaculate Conception, a

Jean Duchesne - Publié le 26/01/16

Car notre civilisation vaut bien une messe.

Les synodes romains des automnes 2014 et 2015 ont retenu l’attention des médias sur deux questions certes dignes d’intérêt, mais qui concernent des minorités : la communion pour les divorcés remariés, et l’accueil des homosexuels. Or le sujet était bien plus large, puisque c’était la famille, et le problème est nettement plus massif – et pas simplement « pastoral ».

C’est ce que confirment les statistiques publiées par l’OCDE : l’Organisation de Coopération et de Développement économique, fondée en 1948 avec son siège au Château de la Muette à Paris 16e. Elle regroupe une bonne trentaine de pays « riches » de par le monde entier et libéraux selon les trois acceptions du terme : politique (ce sont des démocraties), économique (les lois du marché prévalent dans une large mesure) et moral (les individus sont libres de se comporter comme ils veulent en privé).

Les études de l’OCDE donnent donc de précieuses indications sur l’état de sociétés dites développées. Et certains des derniers chiffres publiés permettent de comprendre à la fois pourquoi il y a aujourd’hui de sérieuses raisons de s’inquiéter pour la famille (alors que jusque vers le dernier tiers du XXe siècle, c’était une évidence qui n’était que marginalement contestée), et pourquoi en même temps d’aucuns sont d’avis que la réalité autrefois désignée par ce mot a changé au point qu’il peut s’appliquer à des enfants avec une maman mais pas de papa ou l’inverse, ou une femme du papa qui n’est pas la maman ou un mari de la maman qui n’est pas le papa, ou encore deux papas et pas de maman, ou deux mamans et pas de papa…

Il apparaît en effet que, dans les pays membres de l’OCDE, plus de 40% des couples de moins de 35 ans qui cohabitent ne sont pas mariés ni liés dans une union plus souple mais formalisée. La Suède, la France, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne sont au-dessus de cette moyenne. L’Allemagne, l’Espagne, le Canada et l’Australie tournent autour. Les États-Unis sont encore un peu à la traîne, mais bien moins que le Japon. On retrouve les mêmes proportions et pratiquement le même ordre de classement des pays en ce qui concerne le nombre d’enfants nés de femmes sans mari ni compagnon plus ou moins officialisé.

Du simple point de vue des gestionnaires et des services sociaux, ces situations de couples non mariés ne créent pas un monde meilleur : celui ou celle qui se retrouve seul au décès de l’autre ou en cas de séparation se retrouve souvent sans droits et en détresse ; et cela se répercute chez les enfants au niveau non seulement scolaire mais encore de la santé. Ce qui n’est pas un argument moralisateur, mais un constat sociologique : l’abandon par le « partenaire », et surtout s’il (ou elle) laisse les enfants, est incontestablement une cause de pauvreté, avec des conséquences sur la génération suivante.

Face à ces inconvénients, les gouvernements n’ont que deux remèdes, qui s’avèrent insuffisants. D’abord encourager la contraception (et faciliter les avortements), ou du moins inciter à ne s’encombrer d’enfants que lorsqu’on en a les moyens, soit individuellement, soit parce que l’on est dans une cohabitation jugée suffisamment stable. Mais cela veut dire moins d’enfants, avec les inconvénients des baisses démographiques. Et ça ne marche pas : dans les pays « riches », on se rapproche d’un enfant sur deux né d’une femme sans conjoint légal.

D’où la seconde solution : considérer qu’une formalité rapide et discrète confère à ce que l’on appelait jadis le « concubinage notoire » la même valeur que le mariage. C’est pratiqué en Australie, en Suède et dans certaines provinces canadiennes. L’ennui est qu’en cas de séparation (spécialement si elle est unilatérale), les litiges engorgent les tribunaux.

Ce type de problème est mieux traité par la formule française (et aussi belge et néerlandaise) d’une union civile (PACS chez nous) qui est dès le départ explicitement révocable. Le nombre des PACS en France (monté à environ 170 000 en 2015) rattrape peu à peu celui des mariages (autour de 225 000 ces dernières années), mais la durée moyenne d’un PACS est d’à peu près deux ans et demi. (Entre partenaires de même sexe, les PACS représentent un peu plus de 4% du total annuel, et pour les mariages, c’est descendu à moins de 3,5% après deux premières années à un taux comparable à celui des PACS). Cette souplesse n’efface toutefois pas les difficultés qui peuvent résulter pour les enfants de la séparation de leurs parents, en particulier si ceux-ci appartiennent à des milieux défavorisés.

Cependant, dans beaucoup de pays « développés » (Angleterre, Italie, Europe de l’Est qui s’occidentalise et nombre d’États américains), les unions de facto ou dénonçables ne sont pas prévues : c’est le mariage ou rien. Et, comme le libéralisme supprime dans les esprits tout obstacle à la cohabitation et à sa rupture, le partenaire qui se trouve abandonné est souvent désemparé moralement, voire sans ressources matérielles suffisantes, et c’est encore plus grave s’il ou elle garde la charge d’enfants.

Tout ceci montre le défi que constituent ces bouleversements dans les mœurs. La législation ne paraît plus adéquate et ses diverses adaptations sont loin de tout régler. Plus profondément, c’est une crise que l’on peut dire de civilisation, puisque des sociétés en paix entre elles, qui jouissent d’une prospérité sans précédent et s’honorent de laisser chacun faire son bonheur à sa guise, permettent que ces libertés – pas fatalement certes, mais indubitablement dans bien des cas – tournent à l’irresponsabilité vis-à-vis du prochain le plus proche – et des enfants engendrés, compromettant par là l’avenir collectif.

C’est aussi une crise culturelle, dans la mesure où devient variable le sens de mots comme « mariage » et « famille » qui nomment des réalités fondatrices. Quand le vocabulaire est ainsi dévalué, c’est le langage indispensable au lien social qui se délite. Dans 1984 de George Orwell, Big Brother l’a bien compris. Au même niveau culturel, un autre indice d’égarement est l’incapacité à concevoir que la liberté ne consiste pas à modifier indéfiniment le donné en fonction de ses envies du moment, et plutôt à le recevoir comme une opportunité qui n’est pas une contrainte mais une chance concrète, et à en faire quelque chose d’unique et de beau qui ne sera pas jalousement approprié et gardé, mais partagé et transmis.

C’est au fond de cela qu’ont traité les synodes de 2014 et 2015, pas seulement pour les pays développés, et aussi pour le reste du monde où la misère et des inégalités bien plus criantes pèsent sur la vie familiale. Les conclusions qu’il revient au pape de tirer dans son exhortation postsynodale ne seront sans doute pas centrées sur les points limités qui ont polarisé l’attention des nantis sécularisés. Il a déjà annoncé qu’il s’attacherait à « lire les réalités avec les yeux de Dieu ». Ce qui – peut-on présumer – veut dire rappeler d’une part la vérité de l’humanité dans la vocation de l’homme et de la femme à transmettre ensemble la vie qu’ils ont eux-mêmes reçue, et d’autre part l’aide inlassable de Dieu à travers son Église pour découvrir ou redécouvrir cette vocation et y rester ou y redevenir fidèle.

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