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Agressions et émigration tuent les chrétiens d’Orient à petit feu

Paul Malo / Aleteia

christian child in ankawa, iraq

Charlotte d'Ornellas - Publié le 26/01/16

Persécutés jusque dans les régions sanctuarisées où ils avaient trouvé refuge harcelés par l’État islamique en Irak et en Syrie, les chrétiens doivent fuir ou mourir.

Ces derniers jours, plusieurs attaques médiatisées ont touchés des villages chrétiens. Dans la nuit du 16 au 17 janvier, les troupes turques bombardaient le petit village irakien de Sharanish, essentiellement peuplé de chrétiens chaldéens et assyriens. Plus de deux heures de bombardements justifiés par la lutte contre les milices kurdes du PKK auxquelles la Turquie livre une bataille sans concession. En août dernier, ce village comme plusieurs autres avaient déjà été touchés par des raids turcs pour cette même raison. Sur un peu plus de 300 personnes, seules cinq sont restées sur place, les autres attendent l’accalmie pour venir constater les dégâts et reprendre tant bien que mal leur vie quotidienne.

19 morts à Qamishli en quelques semaines

Dans la Syrie voisine, c’est au contraire dans des zones kurdes que les chrétiens ont été attaqués. Dernier attentat en date, l’explosion d’une bombe dans un café d’un quartier arménien de Qamishli, dans le nord du pays. Bilan, trois morts et dix blessés dans ce quatrième attentat en seulement un mois. Le 31 décembre dernier, 16 personnes avaient péri dans trois explosions contre des restaurants de la ville.

Les attaques avaient été revendiquées par l’État islamique mais les Kurdes ont récemment accusé des milices pro-gouvernementales d’en être à l’origine… Difficile d’y voir clair dans une zone disputée par de nombreuses factions, et dans laquelle les forces kurdes et gouvernementales réussissaient jusqu’alors à s’entendre contre l’État islamique. Mais comme très souvent, les chrétiens se retrouvent victimes d’affrontements qu’ils ne maîtrisent pas.

À Alep, les quartiers chrétiens visés les jours de fête

À des dizaines de kilomètres à l’Est, les chrétiens d’Alep vivent eux aussi avec la peur d’une menace constante. Les terribles conditions de vies touchent le million et demi d’habitants resté sur place, et les bombardements récurrents des différentes factions armées qui encerclent la ville endeuillent tous les quartiers, qu’ils soient musulmans ou chrétiens.

Mais l’anti-christianisme des islamistes se mesurent les jours de fêtes chrétiennes. Ces derniers mois, les quartiers chrétiens de la ville ont été visés lors de la sainte Barbe, grande fête en Syrie, pour Noël et pour le jour de l’an, date tirée du calendrier chrétien et non musulman…

En Irak, beaucoup de chrétiens souhaitent quitter le pays, épuisés par 12 années de persécutions incessantes depuis l’invasion américaine. Certains, pourtant, continuent à se battre pour rester.

En Syrie, la guerre sévit depuis cinq ans « seulement », et les forces sont encore vives. Mais cela n’empêche pas un nombre dramatique de chrétiens de quitter le pays pour tenter d’offrir une vie paisible et un avenir à leurs enfants. À Alep, il n’en reste que quelques dizaines de milliers sur les 150 000 que comptait la ville au début de cette guerre.

Cette émigration est le véritable ennemi pour une majorité de chrétiens rencontrés dans la ville. Ils savent que les islamistes sont combattus, tandis qu’ils accusent les pays occidentaux d’encourager l’émigration en ouvrant grand leurs frontières plutôt que d’aider à trouver une solution politique au conflit.

« L’émigration est notre véritable ennemi »

« C’est l’émigration qui est en train de provoquer la disparition d’une Église deux fois millénaire », commente Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque grec-melkite catholique d’Alep qui se bat pour dissuader ses paroissiens de céder à la tentation d’un aller sans retour.

Les chrétiens de cette région n’ont pas été massacrés ni exterminés, ils ont été chassés ou menacés par des islamistes qui ne supportent aucune autre idéologie que la leur.

Au terme de leur exode, ou de cinq ans de guerre, nombreux sont ceux qui choisissent la fuite.

« Je ne peux pas en vouloir à ceux qui partent, j’y ai moi-même pensé, cette vie est infernale… Mais qui préservera une présence chrétienne indispensable dans cette région du monde qui a tant besoin de paix ? », s’interroge une jeune chrétienne alépine dont les frères et sœurs ont quitté la ville ces dernières années.

Ceux qui restent parlent bien plus de l’émigration de leurs frères que des menaces islamistes : ils savent que le voyage sans retour des différentes communautés chrétiennes est irréversible, et constatent que c’est cette hémorragie qui provoque aujourd’hui leur disparition.

« Si nous restons, s’il reste des milliers de chrétiens, c’est parce que c’est possible ! Nous avons aujourd’hui à nous battre pour rester c’est vrai, mais c’est aussi ici que sont nos racines… Quel bonheur est-il possible de trouver en se déracinant ? Je me pose la question tous les jours, et mes frères et sœurs qui ont rejoint l’Occident aussi », conclut la jeune femme.

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