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La seconde vie des anciens prêtres

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Voyage chez les « démissionnaires » de retour dans la société, souvent avec une compagne.

Il y a le « converti » en assistant social, celui qui travaille en usine, ceux qui se réinventent chefs d’entreprise ou commerciaux. Les plus chanceux enseignent, les plus nombreux sont en quête désespérée d’un emploi. Pourtant, presque aucun d’eux n’affirme avoir perdu la foi.

Bienvenue dans le monde (compliqué) des anciens prêtres, de ces hommes qui ont raccroché la soutane pour réintégrer, souvent en compagnie d’une épouse, la société. Une société, dans laquelle ils doivent se débattre, confrontés à une vie nouvelle, à une identité nouvelle, à l’obligation de repartir de zéro sans jamais avoir rédigé un CV ou cherché un logement. Des hommes, orphelins de l’étreinte de l’Église et privés d’une retraite, quelquefois prisonniers d’une « terre du milieu » sans fin, tant sociologique que psychologique, car si celui qui quitte son ministère ne peut plus exercer, pour la foi catholique, le sacrement de la prêtrise demeure indélébile. Bref, on est prêtre à vie.

Combien sont-ils ? Difficile de répondre à la question, bien que certaines associations estiment qu’au cours de ces 50 dernières années, leur nombre serait en Italie, pays qui recense environ 50 000 prêtres, entre 5 et 7 000.

La question de l’armée des anciens prêtres est dès lors inscrite dans l’agenda du pape François.

« Espérons que le Saint-Père s’en préoccupe, mais n’y comptons cependant pas trop », lance Giovanni Monteasi, 76 ans, « défroqué » depuis 1983, président d’une association de prêtres mariés et père d’un enfant. « Nous ne sommes pas opposés au célibat, mais favorables à la liberté de choix. »

Un avis que partage Lorenzo Maestri, 83 ans : « Je suis content d’avoir quitté cette Église ‘médiévale’, même si le prix à payer en fut extrêmement lourd : après un engagement de 20 années dans la prêtrise, lorsque j’ai annoncé ma décision, tout le monde, du sacristain à l’évêque, m’a tourné le dos. J’ai été maçon, commercial, puis enseignant ».

Des décisions qui ébranlent tant la conscience que les fins de mois, comme en témoigne Giuseppe, 51 ans, qui a démissionné de son ministère en janvier 2014 avant de se marier civilement à Rome avec une ancienne sœur, dont le seul salaire d’enseignante assure actuellement les revenus du couple. « Je suis à la recherche d’un emploi, j’ai envoyé des dizaines de CV, tous restés sans réponse. J’ai besoin de travailler, c’est une question de dignité. »

Ernesto Miragoli, 61 ans, aujourd’hui à la tête d’une entreprise de construction employant quatre salariés, éprouve, lui aussi, l’amertume de l’abandon. « J’étais une promesse » pour le clergé local. « Passionné d’histoire de l’art, je pigeais pour la presse régionale, puis j’ai rencontré une femme, je suis tombé amoureux. Marié, j’aurais pu continuer de servir l’Église, mais ils m’en ont empêché. J’ai travaillé pour mon Église jusqu’à l’âge de 32 ans et pourtant le jour de ma décision, ce jour de 1986, je suis devenu invisible, une sorte de lépreux. L’aide d’un laïc, qui m’offrit un emploi de chroniqueur pour l’équivalent de 400 euros par mois, m’a permis de rester à flot, jusqu’à ce que je devienne chef d’entreprise dans le bâtiment. Aujourd’hui, nous avons trois enfants, j’ai obtenu ma dispense et nous allons régulièrement à la messe, néanmoins quand j’y étends parfois certaines inepties, l’envie me démange de monter à l’autel pour prononcer le sermon à ma façon… »

Le « secret » pour ne pas rester prisonnier d’une vie et d’un état d’esprit d’ancien prêtre ? Changer d’air, engranger de l’expérience et après, longtemps après seulement, revenir au pays.

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