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Peut-on encore croire au Progrès ?

Lifestraw
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Les événements du XXe siècle se sont chargés de ruiner le bel optimisme du XIXe. Ceux du XXIe arriveront-ils à inverser la tendance ?

Il devient difficile d’admettre que nous sommes sur la voie d’un Progrès irrésistible et irréversible, qui correspondrait à un sens de l’Histoire que l’ignorance et la sottise humaine ne pourraient que temporairement obscurcir et détourner de son cours. Les événements du XXe siècle se sont chargés de ruiner le bel optimisme du XIXe : deux guerres mondiales, les totalitarismes, la Shoah et le Goulag ont ruiné la foi séculière que l’homme finirait par se donner les moyens d’être heureux. La croyance que tout ce que la science et les techniques rendent possible est forcément bon n’est plus guère tenable aujourd’hui.

La contestation ne vient pas uniquement de la religiosité qui s’obstine avec une agressivité croissante et d’autant plus déconcertante dans les régions moins « avancées » de la planète. Elle est également le fait, en Occident même, du mouvement écologiste qui, « dopé » les craintes suscitées par les dérèglements climatiques, dénonce les dégâts de l’industrialisation, du consumérisme et du profit immédiat. De surcroît, on entend désormais des scientifiques qui ne voient en l’humanité qu’un accident sans cause ni but dans un monde indifférent, gouverné par des mécanismes infiniment complexes et en tout cas non maîtrisables.

Les prophètes de malheurs n’ont pas toujours raison

Et pourtant, la croyance au Progrès n’a pas disparu. On l’invoque pour justifier les manipulations de l’être humain depuis sa conception (avortement, PMA, GPA) jusqu’à sa mort (acharnement thérapeutique, euthanasie), en attendant son « augmentation » et le « transhumanisme » promis (au moins pour commencer) à quelques privilégiés. Le « mariage pour tous » est de même présenté comme l’étape qui suit comme immanquablement l’abolition de l’esclavage, la reconnaissance des droits des travailleurs et des femmes, le suffrage universel et la décolonisation. Malgré le pessimisme introduit dans la culture par les remises en question de l’humanisme scientiste né au temps des Lumières, tout se passe comme si l’on ne pouvait que continuer à chercher et adopter, sans se poser trop de questions, tous les moyens propres à non seulement préserver les acquis et les dépendances qu’ils créent, mais encore transformer le donné afin de l’adapter à la satisfaction des désirs qu’ils éveillent.

Ce qui interdit de donner raison aux prophètes de malheur est qu’en dehors de ceux-ci, personne n’a envie de revenir au temps de la lampe à huile et du pigeon voyageur. La leçon que tout ce qui est nouveau n’est pas automatiquement bénéfique a donné lieu, depuis quelques décennies, non pas à un retour de la morale (le mot reste abandonné aux nostalgiques d’un passé qui n’était certainement pas meilleur), mais à l’avènement de l’éthique. Et quand il s’agit non pas simplement de décider si telle ou telle pratique est à protéger par une loi qui interdit de la désapprouver, mais de justifier un style de vie attaqué par un fanatisme religieux qui, faute de moyens, substitue le terrorisme à la guerre, on invoque des « valeurs » censées universelles et même éternelles. Or on oublie là que le même Nietzsche qui a proclamé la « mort de Dieu » en a implacablement tiré cette conséquence que les « valeurs » n’existent pas davantage dans un absolu indépendant de leur cote du moment et du lieu.

On n’en est certes pas à une incohérence près. Est-ce à dire que le Progrès est une illusion superstitieuse, condamnée à plus ou moins brève échéance au même discrédit que celle (qui n’a cependant pas tout à fait disparu) que tout sur terre est régi par le cours des astres ?

D’abord, nul ne peut décemment soutenir que l’amélioration des conditions matérielles de vie est mauvaise en soi et qu’il n’est pas désirable qu’elle se poursuivre et s’étende. Et il y a plus, car il est permis de considérer que ces progrès ont accompagné ce qu’il faut bien appeler un perfectionnement moral. Entendons par là non pas un ensemble de principes déclarés indiscutables, mais prenons le terme dans son acception objective et première, c’est-à-dire les mœurs, le comportement des humains les uns vis-à-vis des autres. Si de nouvelles façons sont apparues de mépriser son prochain plus systématiquement qu’il n’était autrefois imaginable, il y a eu aussi le développement de la démocratie et de la protection sociale, qui ont mis en œuvre des idéaux d’égalité, de solidarité et même de fraternité. Rien n’autorise à se résigner à ce que ce progrès moral s’arrête là. Le risque est évidemment les déraillements ou la paralysie dans lesquels fourvoie la contradiction épinglée par Nietzsche entre l’incroyance radicale et la sacralisation de « valeurs » qui ne sont que des idoles.

En tout cas, le chrétien sait que le progrès est possible, parce que c’est plus qu’un devoir, et exactement la vocation de l’homme : il n’en a jamais fini de découvrir tout ce que Dieu lui offre et qui n’est pas platement quelque chose, mais lui-même et le secret de la créativité qui fait sa différence, laquelle n’est pas de garder de ce que l’on a pour en jouir, mais de le transmettre et de partager jusqu’à ce que l’on est en s’en dessaisissant.  C’est ce que le Christ a accompli. C’est ce qui unit et distingue les trois personnes divines. C’est le processus dans lequel entre le baptisé et où il n’avance qu’avec l’aide de Dieu et de ses frères et pères, autrement dit de l’Église. Cette progression n’est jamais achevée, tant le Dieu qui se fait proche reste autre. Le cheminement est bien sûr personnel, mais il est aussi collectif, tant il est non moins vrai que l’authentique sainteté se traduit dans les œuvres et que l’intimité avec Dieu et son imitation excluent la fuite du monde qu’il confie à l’homme et n’abandonne pas.

D’une certaine manière, les trois dimensions – matérielle, morale et spirituelle – du progrès sont inséparables. Les chrétiens ne peuvent se contenter de dénoncer l’oubli de la troisième parce qu’il rend incertaine la deuxième et risque par là de retourner contre l’homme la première. Leur mission est bien plutôt de témoigner que l’histoire n’est pas immobile jusqu’au retour du Christ, et que chacun pour sa part et tous solidairement sont appelés à y progresser.

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