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Quel sens donner à la Légion d’honneur pour les dessinateurs de « Charlie Hebdo » ?

Portrait de Cabu en mosaïque de l'artiste Moreje, posé rue Gaby-Sylvia non loin des anciens locaux de Charlie Hebdo. JOEL SAGET /AFP
A picture taken on January 5, 2016 on Paris shows an art piece made of a painting by French cartoonist Philippe Honore (known as Honore) and mosaic picturing French cartoonist Cabu on of the the victims killed on the attack of the satirical newspaper Charlie Hebdo on January 7, 2015.
A total of 17 people were killed in the three days of attacks dubbed "France's 9/11", marking the start of a string of jihadist strikes in the country that culminated in November's massacre in Paris. / AFP / JOEL SAGET / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY MENTION OF THE ARTIST UPON PUBLICATION - TO ILLUSTRATE THE EVENT AS SPECIFIED IN THE CAPTION
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Dans la promotion du 1er janvier de la Légion d’honneur figurent les dessinateurs Charb, Cabu, Honoré et Tignous. Pour certains, cette décoration est absurde. Pour d’autres, elle devrait être généralisée à l’ensemble des victimes du terrorisme.

La traditionnelle promotion de la Légion d’honneur du 1er janvier a distingué 600 personnes. Parmi elles, on retrouve de nombreuses victimes des attentats de janvier 2015, dont les dessinateurs Charb, Cabu, Honoré et Tignous. Ces nominations n’ont pas manqué de faire réagir, les membres de l’équipe de Charlie Hebdo n’étant pas connus pour être de grands défenseurs de cette distinction française.

Sur le réseau social Twitter par exemple, le journaliste Bruno Masure y est allé de son commentaire : « Si j’avais dit un jour à mon pote Tignous qu’il aurait la Légion d’honneur, à titre posthume, il m’aurait dit : “Faut que t’arrêtes de boire” ».

De son côté, le célèbre blogueur catholique Erwan Le Morhedec, alias Koz Toujours, s’est montré plus que réservé quant à l’attribution de ces nominations : « Avec tout le respect que l’on doit aux victimes, la Légion d’honneur n’est, toutefois, pas faite pour cela. Confusion permanente des esprits ».

« Ils ont défendu la liberté d’expression »

Établie en 1802, la célèbre décoration avait, selon Napoléon Bonaparte, l’objectif de « créer un ordre qui soit le signe de la vertu, de l’honneur, de l’héroïsme, une distinction qui serve à récompenser à la fois la bravoure militaire et le mérite civil ». Difficile de faire entrer les victimes civiles d’attentats terroristes dans cette définition.

Au téléphone, les services de la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur expliquent que ces nominations particulières reposent sur l’article 26 du Code de la Légion d’honneur. Ce dernier stipule qu’il est possible de promouvoir, « dans un délai d’un an, les personnes tuées ou blessées dans l’accomplissement de leur devoir et qui sont reconnues dignes de recevoir cette distinction ». Selon le service de presse de la Grande Chancellerie, « dans le cas des attentats de Charlie Hebdo, les personnes qui ont été tuées défendaient la liberté d’expression. Cela rentrait dans le cadre de leur mission ».

Les familles doivent donner leur accord

Si certains se posent la question de savoir si oui ou non ces décorations auraient été acceptées par les intéressés, une chose est sûre : les familles de Charb, Cabu, Honoré et Tignous ont autorisé le gouvernement à leur décerner la Légion d’honneur. « Les familles ont toutes été consultées et ont donné un accord explicite pour la décoration », confirme la Grande Chancellerie, qui rappelle également que le dessinateur Wolinski avait été décoré en 2005 par le président Jacques Chirac.

« Les bonnes et les mauvaises victimes du terrorisme »

Guillaume Denoix de Saint Marc, le fondateur de l’Association française des Victimes du Terrorisme (l’AfVT), estime que ces hommages posthumes de la nation sont importants pour les familles. « Je pense que ces dessinateurs auraient refusé ce geste de leur vivant, mais les choses sont évidemment différentes aujourd’hui. Pour les familles, cela revêt un sens particulier. »

Pour autant, s’il apparaît normal que les victimes du terrorisme soient honorées par la France, Guillaume Denoix de Saint Marc s’indigne que toutes ne bénéficient pas de la même reconnaissance : « Comment se fait-il que certaines victimes soient aujourd’hui oubliées ? Comment se fait-il qu’Aurélie Châtelain, qui est décédée en tentant d’arrêter son agresseur et qui a sans doute fait éviter un massacre dans une église de Villejuif en avril dernier, n’ait-elle pas, elle aussi, la Légion d’honneur ? »

« Pourquoi ne pas la donner à tous ? »

L’AfVT est en lien avec de nombreuses familles des attentats de janvier 2015. Aujourd’hui, par la voix de son fondateur, elle condamne les choix incohérents et sans concertation du gouvernement. « Dans les faits, il détermine les bonnes et les mauvaises victimes du terrorisme. Puisqu’il a accordé la Légion d’honneur à certaines, pourquoi ne pas la donner à toutes ? Ces choix arbitraires apportent de la colère à la colère et divisent au final la société. » Et de conclure : « Certaines familles sont furieuses de l’attitude de l’État ».