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Certaines révolutions laissent derrière elles un champ de ruines. Mais pas toutes…

© Emanuele-CC
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Tout dépend de notre réaction face à la haine.

Peut-on parler de processus de conversion et de changement sincères quand les bourreaux deviennent victimes de leur système ? Un des effets de la polarisation qu’a subi la société est de nous faire croire que ce n’est pas possible, que nous ne pouvons plus éprouver d’empathie pour ceux qui pensent différemment.

Dans une société idéologiquement divisée et moralement brisée, le mal moral obscurcit toute pensée rationnelle et toute possibilité de voir au-delà de catégories antagonistes et immédiates. Comme l’origine de tous les maux se trouve dans les décisions et actions de personnes autrefois guidées par de nobles idéaux, il est certain que ces personnes peuvent encore retrouver la voie de l’honnêteté humaine si elles décident de prendre des décisions et d’agir pour le « bien commun » plutôt que pour la survie face à l’inévitable chute du système.

Ernesto Che Guevara était un jeune homme qui croyait en la construction d’un monde plus humain. Il était mû par l’amour des pauvres et la lutte pour la justice sociale. Mais le désir a grandi en lui de les obtenir à tout prix, en conquérant le pouvoir politique et en imposant sa vision. Il changea, abandonna progressivement ces idéaux qui faisaient de lui un être honnête.

Lors de la Tricontinentale en 1967, il a pu dire ce qu’il n’avait jamais dit quand il était un jeune humaniste : « Un révolutionnaire doit opter pour la haine comme facteur de lutte ; la haine intransigeante de l’ennemi, qui pousse au-delà des limites naturelles de l’être humain et en fait une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer ». Le Che avait changé, il subissait les conséquences de s’être laissé pénétrer par le mal moral et il commença à justifier l’injustifiable. Dans sa nouvelle vision de la société, l’autre était un ennemi, un dommage collatéral. Il n’était plus guidé par le « bien commun » mais par le désir déshumanisant de ne pas laisser à l’ennemi « une minute de tranquillité, une minute de calme hors de ses casernes, et même dedans : l’attaquer où qu’il se trouve ; qu’il ait la sensation d’être une bête traquée où qu’il aille ».

Comment est-il possible qu’un homme qui avait prêché de nobles et justes idéaux soit devenu comme ces tortionnaires qu’il dénonçait ? Comment a-t-il pu se laisser entrainer par la soif de pouvoir politique et éprouver ce vil sentiment qui défigure l’humain ? La haine, fruit de la polarisation, comporte une dynamique psychologique d’autodestruction qui se nourrit de ressentiments. Mais ce n’est pas une force naturelle. Elle découle de décisions personnelles qui trahissent les idéaux les plus nobles par des pratiques viles et irrationnelles. Face à la haine, il faut une conversion, un changement, mais cela est-il possible ? Oui, certainement.

Nous le voyons avec les premières communautés chrétiennes. Elles vivaient clandestinement et subissaient les persécutions et les tortures, mais elles n’ont jamais répondu aux agresseurs avec les mêmes armes. Elles ont compris que la haine équivaut à tuer (1 Jean 3,15*). Haïr c’est renoncer à bien vivre, se laisser consumer par l’agressivité et les insultes. Changer signifie aimer l’ennemi. Cela ne signifie pas qu’il faut lui donner de l’affection, mais qu’il ne faut pas agir comme lui, il ne faut pas devenir tortionnaires et se laisser vaincre par la haine. La dépolarisation du pays dépendra de notre capacité à ne pas laisser la haine alimenter nos désirs, nos mots et nos actions. Nous pouvons retrouver la paix politique et la réconciliation sociale.

* « Quiconque a de la haine contre son frère est un meurtrier, et vous savez que pas un meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. »