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Les relations entre juifs et chrétiens entrent dans une nouvelle ère

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La "Déclaration pour le Jubilé de fraternité à venir", ouverture sans précédent du judaïsme en direction du christianisme, risque de rester dans l’Histoire.

On célébrait cet automne le cinquantième anniversaire de la déclaration Nostra Ætate du Concile Vatican II. Ce document rejetait vigoureusement la théorie de la substitution, qui avait permis de mépriser et de persécuter les juifs, accusés de n’avoir pas reconnu en Jésus le Messie promis par Dieu et de s’être par là rendus indignes de leur élection. Non, affirmait le Concile en s’appuyant sur saint Paul, c’est au sein du peuple d’Israël que le Fils de Dieu a pris chair, le Nouveau Testament n’a de sens qu’en recevant le Premier, et les descendants d’Abraham fidèles à la Loi reçue par Moïse « demeurent très chers à Dieu, dont l’appel et les dons sont sans repentance ».

À partir de là se sont développées des relations entre des organisations israélites et l’Église catholique. Le pape Jean Paul II a posé des gestes importants. D’abord en se rendant à la grande synagogue de Rome en 1986. C’est là qu’il a salué les juifs comme « en quelque sorte nos frères aînés ». Puis en allant à Jérusalem en 2000, pour déposer au mur occidental du Temple un billet signé de sa main, exprimant la « repentance » pour les souffrances infligées aux juifs.

Tout cela a été généralement bien accueilli par les rabbins, appréciant de se voir respectés et écoutés, expliquant volontiers, quand l’occasion s’en présentait, leurs traditions et leurs interprétations des Écritures, régulièrement stimulantes pour des chrétiens. Mais une réciprocité dans la reconnaissance restait attendue : comment les juifs voient-ils désormais les chrétiens ? Sont-ils pour eux toujours de simples goyim, c’est-à-dire des païens, des « Gentils », qui ne peuvent qu’abusivement s’inscrire au nom de Jésus dans la filiation d’Abraham, de Moïse et de David ? Ou bien la part d’héritage juif qu’ils revendiquent leur confère-t-elle une certaine proximité, qui mérite d’être admise à partir du moment où ils renoncent à accaparer cet héritage ?

C’est la seconde réponse qu’ont donnée récemment, un demi-siècle après Nostra Ætate, deux déclarations d’autorités juives, et ce double événement pourrait avoir une portée plus considérable que les attentats du 13 novembre, les élections régionales en France et l’accord obtenu à la COP21.

« Le christianisme comme la religion de nos frères et sœurs »

Le 23 novembre, le grand rabbin de France, le rabbin et le président de la synagogue « libérale » de la rue Copernic à Paris, un rabbin du mouvement « massorti » (plus traditionnel) et les leaders deux autres institutions juives ont solennellement remis au cardinal Vingt-Trois un texte intitulé Déclaration pour le Jubilé de fraternité à venir. Une nouvelle vision juive des relations judéo-chrétiennes. On y lit notamment : « Quel est notre devoir, maintenant que les plus hautes institutions chrétiennes ont exprimé le vœu de se réimplanter, de se regreffer sur le tronc d’Israël ? Accueillir, en synergie avec le judaïsme, le christianisme comme la religion de nos frères et sœurs ».

Le 3 décembre, 25 rabbins israéliens, américains et européens, conduits par le rabbin David Rosen de l’American Jewish Committee, ont signé un document dont le titre était : Faire la volonté de notre Père aux cieux : vers un partenariat entre juifs et chrétien. L’affirmation la plus saisissante est que « le christianisme n’est ni un accident, ni une erreur, mais le fruit d’une volonté divine et un cadeau fait aux nations ». Ce texte a été publié huit jours plus tard, conjointement avec un autre présenté par le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (y compris avec les « frères aînés »), confirmant vigoureusement les orientations définies par Nostra Ætate.

Cette double reconnaissance – en France et au niveau international – constitue assurément une avancée sensible. Sans doute n’est-ce qu’un pas, même s’il était encore inimaginable il y a peu, sur une route encore longue et dont le terme ne sera que la fin des temps, lorsque, comme l’écrivit en 2003 le cardinal Ratzinger au cardinal Lustiger, « Israël et l’Église formeront l’unique Peuple de Dieu ». En attendant, le rapprochement doit entrer dans les mentalités « à la base », aussi bien du côté chrétien que du côté juif.

Développer une fraternité fondée la volonté divine

La nouveauté est qu’ « au sommet », la proximité cultivée depuis 50 ans par une bonne part du judaïsme « libéral » et ouvert à la « modernité » (appelé « réformé » en Amérique) est désormais admise dans la mouvance dite « massorti » en Europe occidentale (et « conservatrice » aux États-Unis). Les communautés « orthodoxes » et « hassidiques », plus intransigeantes encore dans le souci de résister à la sécularisation, n’en sont, semble-t-il, pas encore tout à fait là.

Beaucoup cependant s’attachent à ne pas s’enfermer dans des ghettos alors qu’elles n’y sont plus contraintes. La conscience s’affine ainsi d’une vocation originelle au service de l’humanité, et c’est sur ce terrain, où le désir de coopération encourage à échanger afin de parler et d’agir avec d’autres, que peut se développer concrètement avec les chrétiens (spécialement, mais pas uniquement les catholiques, et même des musulmans, des bouddhistes, etc.) une fraternité fondée non pas sur des percées théologiques, mais directement sur la volonté divine.

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