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Qu’est devenu le « premier Coran » ?

© CRISTIAN BORTES CC FLICKR
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François Deroche, titulaire de la chaire "Histoire du Coran" au Collège de France, utilise les dernières découvertes archéologiques pour scruter les origines de l’islam.

Le Coran ne fut pas inspiré par Dieu, mais dicté. La très grande majorité des musulmans n’admet pas, par conséquent, que l’on parle de « plusieurs versions du Coran ». Il n’y en a qu’un, tel qu’il a été compilé par le calife Othman, compagnon du prophète, au VIIe siècle.

Le Coran « retrouvé » au XXe siècle

Au début du XXe siècle, la grande mosquée Al-Azhar d’Égypte a souhaité mettre au point une version qui serait plus fidèle à cet original que celles qui circulaient alors et a décidé de proposer un Coran qui fait depuis autorité. Mais, observe François Deroche, elle l’a fait en se basant sur des traités qui remontent au Xe-XIe siècle, mais elle ne s’est pas appuyée sur les manuscrits les plus anciens qui datent de la seconde moitié du VIIe siècle. Dans ces versions les plus anciennes du Coran, dont l’orthographe avait ses spécificités, les voyelles brèves n’étaient pas notées : les scribes arabes anciens, comme les Hébreux, n’écrivaient pas les voyelles, mais il fallait les déterminer en fonction de leur contexte, à la lecture. Le Coran d’Al-Azhar en revanche est complètement vocalisé.

Texte perdu

Aucun manuscrit d’Othman n’est parvenu jusqu’à nous, assure François Déroche. Ceux qui lui sont attribués sont des copies ultérieures. On en trouve qui datent des VIIIe et IXe siècles, mais les musulmans qui s’essaient à revenir aux versions les plus anciennes, notamment en Turquie, sont plutôt mal reçus quand leurs travaux sous-entendent que ces manuscrits ne sont pas originaux. Par ailleurs, la tradition musulmane conserve le souvenir d’autres versions : deux d’entre elles contenaient un nombre de sourates différent de ce que contient la version d’Othman, ce qui pose la question de la fidélité au texte dicté par l’ange Gabriel à Muhammad.

Le palimpseste de Sana’a

La découverte du palimpseste de Sana’a donne pourtant raison à ces chercheurs isolés. Ce vieil exemplaire du Coran, redécouvert en 1972, présente la particularité d’avoir deux couches de texte : une première qui a été grattée, et par-dessus laquelle une version du Coran d’Othman a été écrite. François Déroche fait partie des rares chercheurs à avoir pu consulter cet ouvrage. Certains versets de la version recouverte sont lisibles et le chercheur constate : « Il ne s’agit pas d’une simple corruption du Coran d’Othman mais d’une forme indépendante ».

Par exemple, dans le verset 33 de la sourate 24, dite de « La Lumière ». Là où le Coran officiel prescrit « Donnez-leur quelque peu de ces biens que Dieu vous a accordés », le palimpseste de Sana’a détaille: « Donnez-leur une partie de l’argent que Dieu vous a donné ». Cette différence, même anecdotique, entre les deux textes remet sérieusement en question la croyance en un Coran  » incréé », rédigé et fixé de toute éternité.

Peine de mort pour les relecteurs du Coran

La croyance en un « livre éternel » fixé à la lettre près est remise en cause par certains musulmans éminents comme l’Algérien Mohamed Arkoun, mort en 2010. Cet islamologue mondialement reconnu rappelait une vérité historique : entre les VIIe et XIIe siècle, soufis, philosophes et autres théologiens dialoguaient sur le caractère révélé ou recomposé par Mohammed du Coran ! Ces dialogues ont été gelés par l’intervention du calife Al Khadir, qui en 1017, a décidé de mettre à mort quiconque proclamerait que le Coran était créé.

Et l’islam contemporain ne montre pas de signe de volonté de rouvrir ce dossier. Un musulman écrit ainsi sur le forum de dialogue islam-chrétien : « Depuis sa révélation, le Coran est considéré comme un verbe divin. Seulement à une certaine époque, la pensée discursive a eu le dessus dans le monde musulman et des philosophes sont apparus qui pensèrent comme le font nos amis athées. Heureusement qu’un grand imam de l’époque les a fait rentrer chez eux par les arguments de la sainte écriture ». Le « grand imam » dont il est question est bien Al Khadir, et ses arguments étaient ceux de la force brute !

Le monde chrétien comme repoussoir

L’une des raisons de la crispation de l’islam autour de son texte sacré est la confrontation du monde chrétien, envisagé comme un repoussoir. Selon l’islam, Jésus, comme d’autres prophètes avant lui, a reçu un livre de Dieu, mais les chrétiens l’ont falsifié. Pour un musulman, la falsification des Écritures est un péché abominable. De plus, Al Khadir avait constaté les dégâts provoqués par les hérésies dans le monde chrétien, et comme chef politique, il souhaitait avoir un peuple uni au sein d’une même religion, sans controverse possible. Cette décision politique vieille de presque mille ans s’impose encore de nos jours, et place l’islam dans l’incapacité d’appréhender son texte sacré avec sérénité.

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