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Pourquoi j’aime la France : « Je suis ému par cet élan de solidarité nationale que j’aurais cru inespéré naguère »

Thibaut Tekla © Marie-Ève Bourgois
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Thibaut Tekla, 29 ans, est le premier jeune à témoigner pour Aleteia des raisons de son amour pour son pays.

Comment retrouver l’espérance après les attentats qui ont endeuillé la France le 13 novembre dernier ? Comment ne pas succomber à la tentation de la division et du repli sur soi ? Comment nous prémunir du poison de la méfiance et du rejet que les ennemis de la France ont instillé dans nos veines ? Pour affermir nos convictions à l’heure de l’épreuve, Aleteia vous propose une série d’articles consacrés à la foule anonyme des amoureux de notre beau pays…

Thibaut Tekla, 29 ans, vit à Clichy dans les Hauts-de-Seine. Il est coordinateur de l’aumônerie de la paroisse Notre-Dame de la Gare, dans le 13e arrondissement de Paris et consultant au Collège des Bernardins pour le programme de formation Agapan.fr à la culture éthique et religieuse.

« En premier lieu, je dois dire que mon amour pour la patrie m’a été transmis par mon père, lui-même eurasien né d’une mère vietnamienne et d’un père français d’origine polonaise. Très tôt, il m’a éduqué aux valeurs de la République et au respect de ses symboles tels que le drapeau et l’hymne national. Libre penseur anticlérical convaincu, il m’a communiqué un fort attachement à la liberté de conscience que j’ai conservé depuis.

Aujourd’hui, je suis particulièrement ému par cet élan de solidarité nationale que j’aurais cru inespéré naguère. Mes compatriotes de toutes origines se sont en grande partie réappropriés des symboles fédérateurs qui étaient, il y a peu, considérés comme « kitch » dans les meilleurs des cas, ou au pire comme l’apanage de l’extrême-droite. Selon moi, l’identité, qu’elle soit nationale ou religieuse, ne devrait jamais être vectrice d’exclusion mais d’inclusion. Longtemps agnostique, me réclamant d’un athéisme militant, j’ai d’abord défendu le principe d’une laïcité plutôt dure et manifesté une certaine hostilité à l’égard du fait religieux.

Plus tard, au cours de mes études de droit, j’ai été confronté à la question du droit islamique. Cela m’a incité à discuter de religion avec des musulmans fermement ancrés dans leur foi, à étudier l’islam et la vie de son fondateur, Muhammad. Cette recherche m’a amené à croire au Dieu d’Abraham mais l’islam me faisait l’effet d’une certaine incomplétude, une insatisfaction que je ne savais définir. Je n’ai donc pas envisagé de me convertir à cette religion.

En revanche, la brèche vers la transcendance était ouverte et devait ne jamais se refermer. De manière inattendue, la découverte de la Bible et des Évangiles, m’a amené à côtoyer un mystère qui me dépassait. Cette rencontre avec un Dieu exprimant sa toute-puissance dans le sacrifice pour notre Salut devait bouleverser ma vie à jamais. Désormais chrétien convaincu, converti à la croyance au Dieu unique grâce à des musulmans, je considère désormais le dialogue et l’enracinement comme étant consubstantiels.

En d’autres termes, je suis convaincu que c’est la rencontre avec l’autre qui nous permet de nous découvrir nous-même. Cette motivation me guide tant dans mon engagement bénévole en faveur d’un dialogue interreligieux au sein de l’association Coexister, que dans ma vie professionnelle au Collège des Bernardins où je coordonne un enseignement e-learning des traditions religieuses et spirituelles. Il ne convient ni de s’enfermer dans un identitarisme exclusif ni dans un relativisme abstrait. Au contraire, l’inter-religieux permet l’intra-religieux et la rencontre de l’autre permet l’approfondissement de sa propre conviction.

Mon rêve pour demain est celui d’une France où chacun entretiendrait un rapport apaisé à son identité qui ne lui ferait plus craindre l’altérité. »

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