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Le grand entretien (3/3). « Catherine de Sienne est extrême en tout »

© FR LAWRENCE LEW / CC FLICKR
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L’historien André Vauchez a accepté de répondre à quelques questions sur son nouvel ouvrage autour de la vie de sainte Catherine de Sienne (1347-1380).

Catherine de Sienne est une sainte particulièrement marquante de l’époque médiévale. Elle est intervenue dans les crises religieuses et politiques de son époque, marquée par la peste noire, la guerre de Cent ans, les luttes entre les principautés d’Italie, et l’exil des Papes à Avignon, avant le terrible épisode du Grand Schisme. André Vauchez, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et ancien directeur de l’École française de Rome, a choisi de rendre accessible à tous la vie de cette étonnante mystique en composant une biographie historique à la fois précise et plaisante à lire.

Dans ses lettres, Catherine n’hésite pas à s’adresser au pape, aux grands princes, ou aux évêques. Peut-on parler d’une « diplomatie épistolaire » ? Quelle est l’originalité littéraire de ces écrits ?
André Vauchez : Pour arriver à ses fins, Catherine utilise tous les moyens en sa possession. D’abord, elle se déplace beaucoup, elle va voir tous les grands de ce monde, elle essaie de se faire recevoir dans les cités italiennes, ce qui n’est pas simple. Mais elle ne peut pas être partout, et choisit donc d’écrire des lettres. Il est important de noter qu’elle ne les écrit pas elle-même, même si elle en est capable. Comme elle correspond avec beaucoup de monde, elle se fait aider par ses disciples, parmi lesquels il y a d’ailleurs plusieurs notaires.

On a conservé 383 lettres de Catherine, ce qui n’est pas rien. Elle ne sait pas le latin et dicte en italien à ses scribes. Au début, elle écrit surtout à des responsables politiques des cités italiennes, mais aussi des lettres de direction spirituelle à tous ceux qui lui demandaient conseil. Il ne s’agit donc pas toujours de lettres politiques. Mais elle écrit de plus en plus à des dirigeants politiques comme la reine de Naples qu’elle veut attirer du côté du pape Urbain VI, le roi de France, le roi d’Angleterre. Elle développe donc un travail épistolaire tout à fait remarquable qui participe de son originalité.

La personnalité de Catherine peut sembler austère. Ses hagiographes racontent que, dans ses dernières années, elle se livrait au jeûne perpétuel et ne se nourrissait que des saintes Espèces. Comment comprendre sa relation à la pénitence ?
C’est un des aspects de la vie de Catherine les plus difficiles à comprendre pour nous aujourd’hui. Son ascétisme est extrême, comme Catherine est extrême en tout. Certains lui ont reproché de vivre dans l’excès. Pendant les années où elle vit enfermée chez elle, elle réduit progressivement son alimentation. Elle s’en justifie elle-même en affirmant qu’elle n’y a aucun mérite parce qu’elle ne peut pas supporter les aliments.

Il s’agit sans doute d’un cas d’anorexie. Mais chez Catherine, il semble que cette anorexie soit plus une réaction de rejet matériel qu’une véritable maladie. La sainte recherche une vie purement spirituelle qui la conduit à se détacher de toute forme d’alimentation. Il faut dire aussi qu’elle est morte très jeune et qu’elle n’a pas pu pratiquer cela très longtemps… Ces pratiques ascétiques sont une donnée constante de la vie de tous les chrétiens au Moyen-Age, et pas seulement des moines. Pour autant, Catherine la pousse à l’extrême et essaie de se justifier en disant qu’il s’agit d’un fait physiologique.

Je pense qu’elle se situe dans la lignée des anorexiques volontaires, de ceux qui pratiquent l’anorexie comme une sorte de protestation contre la gloutonnerie ambiante, ou ce qu’on appellerait aujourd’hui la société de consommation. Catherine a donc une certaine actualité, et je la situe dans la même ligne qu’un personnage comme Simone Weil, qui s’est pratiquement laissé mourir de faim en 1943.

Catherine est-elle à l’origine d’une nouvelle manière d’agir de la part des femmes dans l’Église ?
Oui, très nettement, dans la mesure où elle sort du rôle habituel joué par les femmes dans l’église, même si on peut penser à des précédents comme Claire d’Assise au XIIIe siècle. Cette action des femmes était auparavant discrète ou indirecte, car il s’agissait en général de cloîtrées qui ne pouvait pas faire tellement plus qu’écrire. Catherine, elle, n’hésite pas à sortir de son univers féminin pour faire irruption dans les affaires politiques et celles de l’Église, que l’on considérait à l’époque comme des sphères uniquement masculines. Or, le souvenir que l’on a gardé de Catherine au départ tendait à minimiser cette action féminine un peu gênante, au profit d’une insistance sur la dimension mystique de la sainte, plus traditionnelle.

Elle va très loin, car la seule justification qu’elle a à intervenir dans ces affaires, c’est la revendication d’un message prophétique. Elle affirme que le Christ lui a parlé et lui a demandé d’agir à différents niveaux. Elle reprend à son compte l’idée d’un charisme prophétique que l’on trouve chez les grands prophètes et prophétesses de l’Ancien Testament.

En ce sens, elle fait beaucoup avancer la condition féminine. Mais elle n’est pas la seule à son époque, même si elle est la première. On peut par la suite compter sainte Colette en France, également modeste et inculte à l’origine, qui a fait réformer les Clarisses. Et puis évidemment Jeanne d’Arc, qui n’avait aucune raison d’avoir une autorité quelconque dans la société ou dans l’Église, et se réclame d’une révélation divine qui lui aurait demandé de convaincre le roi d’aller se faire sacrer à Reims.

Propos recueillis par Maëlys Delvolvé

Retrouvez la première partie de cet entretien ici 

Retrouver la deuxième partie de cet entretien ici

Sainte Catherine de Sienne
© Éditions du Cerf
Sainte Catherine de Sienne

Catherine de Sienne-Vie et passions, par André Vauchez, paru aux Editions du Cerf, 256 pages, 24 euros.

Pour en savoir plus, un entretien télévisé avec l’auteur, réalisé par les éditions du Cerf, est disponible ici

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