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C’est la guerre, soyons en paix !

© Thomas Oswald / Aleteia

Jean-Marie Dubois - Publié le 17/11/15

Par respect pour toutes les victimes de ce 13 novembre 2015, nous avons un devoir de vérité. Osons donc ce mot qui nous échappe et nous fait peur : nous sommes en guerre !

Nous sommes en guerre. Pour autant, ne cédons pas à la panique. Voyons plutôt ces événements comme une belle opportunité de retrouver l’humilité et l’espérance.

La guerre, c’était ailleurs ou autrefois…

Cela fait 70 ans que la France n’a plus connu la guerre sur son territoire. Les promesses de la construction européenne et le confort que nous offre notre société de consommation nous ont parfois laissé penser que la paix était définitivement acquise. Nous avons continué à faire la guerre bien sûr, mais loin de chez nous et persuadés que les armes obtiendraient la paix en diffusant les droits de l’homme à toute l’humanité.

La distance des combats combinée à la démesure de nos armes contemporaines nous empêchent de penser la guerre. Nous sommes ainsi incapables depuis des années de regarder la réalité en face. Nous avons tu les horreurs lorsqu’elles avaient lieu hors de nos frontières. Nous avons nié le danger du terrorisme en refusant de prendre les mesures préventives indispensables au maintien de la sécurité des français.

Mais ce 13 novembre, l’horreur était désormais chez nous. Elle était bien plus proche que l’attentat de Daesh à Beyrouth 24 heures auparavant, faisant 43 morts et 239 blessés dont nul ne parle. Alors soudain, nous sortons du déni. Mais tout juste avons-nous l’intuition d’une guerre.

Nous ne comprenons pas…

Pourquoi craignons-nous d’employer le terme de guerre ? Pourquoi nos politiques ont attendu si longtemps pour prononcer ce mot ? Parce que nous ne comprenons pas et que cela nous fait peur. Les sciences et la technique n’arrêtent pas le progrès ; la liberté et l’égalité nous apparaissent comme l’aboutissement de l’histoire de l’humanité. Nous pensions être sur le point de tout comprendre et pouvoir tout expliquer. Et voilà que ce qui se déroule sous nos yeux échappe à l’entendement.

Nous ne comprenons pas comment certains peuvent rejeter cet idéal que nous tenions comme une évidence. Nous ne comprenons pas comment l’homme peut être capable de telles horreurs. Nous ne comprenons pas que nous puissions être de nouveau en guerre. D’autant que celle-ci prend une forme nouvelle et inconnue avec le terrorisme. Nous ne comprenons pas même notre ennemi. Chacun croit connaître l’islam, mais rares sont ceux qui se sont vraiment penchés sur la question.

… mais cherchons nous seulement à comprendre ?

En réalité, si nous ne comprenons pas, c’est aussi parce que nous refusons de comprendre depuis bien longtemps. Nous avons été trop souvent certains de tout savoir. Dans une approche plus idéaliste que réaliste des relations internationales, nous avons voulu plaquer notre modèle idéologique à des cultures qui n’étaient pas prêtes à le recevoir. Refusant de comprendre l’autre, nous étions persuadés que l’autre allait nous comprendre. De ce présupposé découle une politique occidentale catastrophique aux Proche et Moyen-Orient.

Pour ne prendre qu’un exemple, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, déclarait en 2013 : « Sur le terrain, al-Nosra fait du bon travail ». Faut-il rappeler qu’al-Nosra est la branche syrienne d’Al-Quaïda et massacre, entre autres, bon nombre de chrétiens orientaux ? Et toute la société de croire ainsi que les opposants à Bachar el-Assad sont tous des musulmans modérés. La même erreur a conduit au Printemps arabe et à la prise de pouvoir des islamistes dans de nombreux pays. La situation actuelle n’y est pas étrangère.

Un appel à l’humilité

Reconnaître notre ignorance est la condition d’une recherche de la vérité. Je ne peux m’empêcher de me remémorer ces paroles de Socrate : « Il peut bien se faire que ni lui ni moi ne sachions rien de fort merveilleux ; mais il y a cette différence que lui, il croit savoir, quoiqu’il ne sache rien ; et que moi, si je ne sais rien, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc qu’en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir ce que je ne sais point. »

Je crois que les évènements actuels sont une formidable opportunité pour l’Occident de faire preuve de cette grande humilité qu’a eu notamment le pape François. Alors que le cardinal André Vingt-Trois notait le travail difficile des journalistes, qui devait essayer « de dire des propos sensés sur un événement qui n’avait pas de sens », le témoignage du Saint-Père s’est bien gardé de toute explication, préférant reconnaître que tout ceci nous dépasse : « Je suis bouleversé, je ne comprends pas ces choses, faites par des êtres humains ».

Un appel à l’espérance

Sûre d’elle-même, et ignorant systématiquement les souffrances pouvant menacer sa jouissance et son confort, notre société n’avait plus peur de rien. Mais son aveuglement ne pouvait durer indéfiniment. La réalité nous saute soudainement aux yeux. Nous prenons conscience de notre vulnérabilité et de notre faiblesse, et il nous faut l’accepter. Dans ce contexte, nous avons un choix à faire : espérer ou renoncer. Si nous n’espérons pas, nous n’aurons pas la force de combattre

Un appel à l’espérance se dessine ainsi à travers le malheur qui a frappé notre pays. Le défi s’offre à nous de surmonter notre peur pour lutter contre le mal. Paul Valery disait d’ailleurs que « la paix n’est pas le contraire de la guerre mais de la peur ». On peut également rappeler ces mots de Baruch Spinoza : « La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice. »

Dans ce contexte de guerre, gardons confiance et ayons soif de justice. Bref, soyons en paix !

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