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Le grand entretien (1/2). Jacques Julliard : « L’enseignement doit être orienté contre la violence dans la société »

Jacques Julliard © Hannah Assouline / Opale / Flammarion
Jacques Julliard © Hannah Assouline / Opale / Flammarion
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Comment rendre à l'école sa vocation de sanctuaire d'apprentissage, loin des pressions du monde ?

Dans son dernier essai L’École est finie paru cet l’automne, le journaliste et historien Jacques Julliard fait le constat d’un abandon de l’école et du corps enseignant par les gouvernements successifs. Alors qu’elle devrait être un sanctuaire, l’école est soumise à la double pression de l’argent et du politique qui interfèrent de plus en plus dans le rapport élève-professeur.

En sapant l’autorité des professeurs, les politiques ont livré les élèves à l’autorité du groupe, et l’école est devenue un lieu de souffrance pour de nombreux enfants, comme les cas de suicide le montrent.

Aleteia : Le corps enseignant vote historiquement à gauche. Pourtant, les dernières réformes ont fâché les professeurs et la base électorale des fonctionnaires proches du PS. Vers quel parti se tournent-ils à présent ?
Jacques Julliard : Cela reste difficile à dire tant qu’il n’y a pas eu d’élection. Néanmoins, on note que le dernier sondage connu donne François Bayrou comme candidat préféré – relativement, en tout cas avant François Hollande – du corps enseignant. C’est une nouveauté, et il est possible que les enseignants reviennent à leur vieux réflexe de gauche. Une chose est sûre : si François Hollande perd les prochaines élections ce sera à cause de sa politique en matière d’éducation.

Peut-on attendre de la droite qu’elle rétablisse l’autorité des professeurs à l’école (dans l’hypothèse où elle est élue en 2017) ?
La réponse dépend des candidats. Alain Juppé a fait un livre qui est un alignement presque complet sur la politique de François Hollande ; il n’y a donc pas de changement à espérer avec lui. En revanche, François Fillon a des idées en matière d’éducation. Il a d’ailleurs été ministre de l’Éducation. Il y a aussi Bruno Le Maire. Tous deux sont pour une politique de fermeté plus traditionnelle. Quant à Nicolas Sarkozy, il est imprévisible. Avec lui, on ne peut jamais savoir à l’avance.

Le projet de loi de Mme Vallaud-Belkacem a finalement réintroduit la dictée. Est-ce une marche arrière prudente face aux critiques ?
Elle l’a réintroduite alors que cela n’était pas dans les textes qui lui avaient été soumis. C’était une manière de dire qu’elle avait compris le mécontentement d’un certain nombre d’intellectuels et de la majorité des professeurs. Qu’en fera-t-elle ? Cela dépendra aussi des professeurs. On peut espérer qu’on leur laissera plus d’initiative et d’autonomie.

Les enfants sont-ils en attente d’autorité ?
Le rapport des enfants à l’autorité est aussi ambigu que celui des adultes. D’abord ils la refusent, se disent contents quand on les laisse faire ce qu’ils veulent. Puis ils réalisent vite qu’ils ont besoin d’une autorité. L’enfant est un être en formation, or on ne peut se poser qu’en s’opposant. Si les enfants ne trouvent pas d’opposition, ils n’arrivent pas à former leur personnalité. Il y a donc chez eux une demande implicite d’autorité. Un signe en atteste : un professeur démagogue est populaire au début mais devient vite méprisé. Un professeur ferme est au début détesté mais, s’il est habile et juste, il acquiert plus de prestige.

Propos recueillis par Camille Tronc 

Retrouvez la seconde partie de cet entretien dès demain sur Aleteia 

L’École est finie de Jacques Julliard. Flammarion, 2015, 12 euros.

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