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Centenaire de la Grande Guerre. Charles de Menditte, l’officier qui croyait en Dieu

Arthur Herlin - Publié le 11/11/15

"Je ne suis pas un héros mais comme je suis assez fier, j’ai réservé à Dieu seul le spectacle de ma défaillance."

Monocle, uniforme impeccable, foison de médailles sur le torse et cicatrices : le colonel Charles de Menditte collectionne tout l’attirail propre au vétéran de la Grande Guerre. Il n’est pourtant pas un officier tout à fait comme les autres : il est aussi profondément croyant. En ce début du XXe siècle et au lendemain de la séparation des Églises et de l’État, il n’était pas courant de croiser un fervent catholique dans les rangs de l’armée… À la veille de l’entrée en guerre, Charles de Menditte fait alors figure d’exception, comme en témoigne sa manière de s’en remettre totalement à Dieu dans ses carnets de guerre. Depuis son départ de Bordeaux en août 1914 jusqu’à son retour en 1920, son sens du devoir porté par sa foi en Dieu aura été le moteur de tout son engagement.

Charles de Menditte

Dès le 2 août 1914, il écrit :

« C’est le 1er jour de la mobilisation, c’est-à-dire l’ère ouverte aux drames les plus sanglants que l’on puisse imaginer. Quel sacrifice va nous demander Dieu ? Va-t-Il se contenter de l’accomplissement par moi de tout mon devoir militaire ? Voudra-t-il mon sang ? Voudra-t-il ma vie ? Je me pose ces question à l’église Sainte-Eulalie où je suis allé ce matin dès 5 h 30 pour me confesser et demander au pain des forts le secret des saintes énergies. »

En Belgique, à la veille des premiers combats il écrit :

« Tandis que le canon faisait toujours entendre au loin sa voix formidable, j’allai m’agenouiller dans l’église car ma rêverie m’avant rendu lugubre et j’avais bien besoin de demander à Dieu la mâle vigueur que je sentais indispensable pour résister à la crise du lendemain. »

« La prière ne tarda pas à m’apporter l’apaisement, le calme et la force. J’étais sûr de moi pour le lendemain »

Dans ses carnets, Charles de Menditte retranscrit la prière qui lui a permis de surmonter ses peurs dans les situations les plus critiques :

« Tout près de Dieu, dans cette église obscure où j’étais seul, je lui adressai une prière dans le style de la Hire se résumant en ceci : ‘Mon Dieu, pour ne pas avoir à m’occuper de ma peau dans le combat je vous la confie, faites en ce que vous voulez mais si je suis tué, chargez-vous des êtres chers que je laisse sur cette terre’. Je disais cela avec toute la sincérité de ma foi, je sentis passer sur mon corps le frisson de l’angoisse. Je ne suis pas un héros mais comme je suis assez fier, j’ai réservé à Dieu seul le spectacle de ma défaillance. La prière ne tarda pas à m’apporter l’apaisement, le calme et la force. J’étais sûr de moi pour le lendemain. »

« Mes hommes ne se sont pas doutés de l’ardente prière que je fis pour eux et au milieu d’eux »

Dans différentes circonstances profondément dramatiques, il attribua même sa survie et celle de ses hommes à sa confiance absolue en Dieu. Le 23 août 1914, il écrit :

« Dimanche, jour de repos, jour du Seigneur, tu as été pour nous jour de rude labeur, jour de sang et jour de deuil. J’avais rêvé le baptême de feu dans l’apothéose de la victoire, je n’eus pas cette joie mais j’ai eu du moins la consolation de voir l’Allemand reculer devant la menace de nos baïonnettes, et de ramener ma compagnie en ordre. (…) Mes hommes ne se sont pas doutés de l’ardente prière que je fis pour eux et au milieu d’eux. Une immense pitié remplit mon cœur au spectacle de cette belle jeunesse étendue autour de moi car je voyais dans l’avenir de nouveaux sacrifices et de sanglantes hécatombes. »

Dans une lettre à son épouse il souligne :

« Vous pouvez remercier la Providence et prier Dieu pour qu’Il continue la protection qu’Il a bien voulu m’accorder car sans Son intervention, je ne tracerais pas ces lignes. Le 144e a reçu le baptême du feu et le baptême a été sanglant… Plus que jamais j’ai remis mon sort entre les mains de Dieu, je me suis confessé avant hier et je vais au combat plein de foi. C’est sans doute pour cela que j’ai pu faire mon devoir aussi simplement. »

« Une intervention plus puissante que la mienne s’est produite »

Quelques jour plus tard, contraint de se replier avec ses hommes encore valides, il confie à son carnet de bord :

« Dieu protégea mes fidèles et je ramenai ma phalange intacte. Le soin avec lequel j’ai choisi le cheminement ne suffit pas à expliquer l’invulnérabilité de ma troupe. Une intervention plus puissante que la mienne s’est produite. Une chose reste certaine, c’est que le contraste si différent entre le sort des deux troupes, traversant le même terrain, sous la même pluie d’obus, frappa vivement mes hommes. À partir de ce jour, ils furent persuadés que leur salut était derrière moi et depuis je les ai vus se presser peureusement dans mes traces chaque fois que nous avons été dans une situation critique. »
Capitaine Charles de Menditte

Un mois plus tard, Charles est grièvement blessé à Craonne (Asine). Dans une autre lettre adressée à sa femme, il raconte :

« Cette lettre a été interrompue par un énorme obus qui a éclaté sur moi, me couvrant d’éclat et me transformant en écumoire. Mais si je détiens le record du monde des plaies, il paraît qu’il n’y en a aucune de grave… Remerciez Dieu, ma chérie, car j’aurais dû être coupé en deux par ce formidable projectile… Depuis un mois, au feu presque chaque jour, j’avais fait, je crois, tout mon devoir, Dieu m’impose le repos forcé, que Sa volonté soit faite et qu’Il me guérisse tout à fait s’Il veut que je puisse tenir ma promesse car je n’irais pas à Lourdes à pied en ce moment. »

Pour Charles, la guerre ne s’arrêtera pourtant pas là : remis sur pieds après des mois de convalescence, et malgré les 50 éclats d’obus de Craonne qu’il garda dans le corps jusqu’à la fin de sa vie, il reprit du service en France puis en Roumanie sur le front des Carpates au sein de l’Armée russe. Il assista à l’effondrement du front au moment de la Révolution. Rentré en France en 1918, il participa à la deuxième Campagne de France à la tête du 415e régiment d’infanterie et fut chargé par le maréchal Foch de mener la dernière offensive de la guerre sur la Meuse. L’opération pris fin le 11 novembre il y a 98 ans, à 11 h du matin.

9782845614048

Le vagabond de la Grande Guerre : souvenirs de la guerre 1914-1918 de Charles de Berterèche de Menditte, officier d’infanterie, d’Alain Fauveau, Geste éditions, 23 euros.

Tags:
Foigrande guerresoldatSpiritualité

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